« Je voulais vraiment faire un objet concret », dévoile Margaux Manchon, autrice et illustratrice qui a fait ses débuts sous le pseudo Instagram @chatnoir_chatblanc. Ancienne éditrice de livres jeunesse, Margaux a quitté son emploi il y a trois ans et s’installe à Nantes pour poursuivre une carrière d’artiste de bande dessinée (elle est également une ancienne rédactrice pour Fragil). En octobre 2025, elle sort son premier livre, Des faits marquants, aux Éditions l’Agrume.
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Un style issu de l’enfance, mais pas enfantin
Le voyage vers son style artistique actuel, reconnaissable à ses longs nez caricaturaux, a commencé très jeune. Elle porte fièrement une « bosse d’écriture ». Elle dit qu’elle a finalement développé son style de signature « en dessinant tous les jours et en dessinant beaucoup les expressions des gens. Et je m’intéresse surtout aux portraits, aux caractéristiques des gens. C’est ainsi que j’ai commencé à dessiner ces nez ».
Le sens de l’humour de Margaux s’est également manifesté dans son enfance, où elle dit être souvent toute seule. « Ça te force à observer les choses, à synthétiser les choses que tu entends, les choses que tu vois », analyse-t-elle. « Je trouve que l’humour que j’utilise dans mes BD c’est beaucoup lié à de l’humour d’observation. Un truc un peu cynique sur ce qui se passe autour de toi. Les choses sur des faits d’actualité, mais sur des faits du quotidien aussi. »
Une mission visant à « décaler » des faits marquants
« J’avais très peur qu’elle soit prise pour une BD pédagogique », avoue Margaux à propos de Des faits marquants. Le but du livre est plutôt, selon elle, « le regard d’une personne de ma génération sur ces faits marquants. Ce que je voulais, c’était les décaler et en faire quelque chose d’un peu drôle ».
Des faits marquants est né d’une idée pour Inktober, dans laquelle des artistes créent une œuvre d’art pour chaque jour du mois d’octobre. Après avoir réalisé un mois de faits marquants, Margaux s’est dit « que ce serait sympa d’envoyer ce projet à un éditeur et de faire ça sur toute une année. Je n’étais pas forcément partie sur 365 jours, mais en tout cas, c’était le projet ». Le livre final s’est avéré être un recueil de cinquante nouvelles, chacune avec les prises personnelles et les commentaires politiques de Margaux.
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L’un de ses faits marquants préférés dans l’ouvrage est celui du 19 juillet, première diffusion de « l’émission phare de l’été », Intervilles. Dans le récit de Margaux, elle se concentre sur la gêne secondaire qu’elle a ressentie pour les joueurs lorsqu’elle était enfant, suivie d’une analyse des changements intervenus dans le redémarrage d’Intervilles en 2025, notamment la suppression des vachettes de l’original. « C’est assez amusant de voir que maintenant, les gens, en tout cas les producteurs de télé, ne sont pas plus pro-animaux. Mais ont compris que ça ne se faisait plus de faire ça. Je trouve ça assez intéressant. Et puis aussi, j’aime bien parce que je me dessine petite », dit Margaux en souriant.
D’éditrice à éditée
Son expérience d’éditrice de littérature jeunesse a été à la fois un avantage et un obstacle à la création du livre. « J’avais un peu l’envie de m’occuper de tout », se souvient Margaux. « Je trouve que ça m’a rajouté de l’angoisse, dans le sens où j’étais toujours en train d’aller au-devant des soucis qu’il pourrait y avoir. Alors que justement, quand tu publies dans une maison d’édition, l’éditeur doit vraiment prendre cette charge-là pour toi. »
Pourtant, les 168 pages de Des faits marquants ont été achevées en deux ans. Ses étapes préférées du processus de création d’un livre étaient le nettoyage numérique de ses croquis et la phase de colorisation : « C’est cool parce que tu vois vraiment le produit fini de ce que tu as fait, de tout ton labeur ».
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Un avenir créatif, en ligne et sur papier
En plus d’être une autrice publiée, Margaux publie depuis environ six ans des bandes dessinées sur son Instagram, principalement sur la santé mentale et des sujets féministes. Elle souhaite que son compte soit un espace « où les gens peuvent s’identifier. Peuvent en rire un peu. Voir qu’on est beaucoup à vivre la même chose. Ça fait relativiser ».
Aujourd’hui, cependant, Margaux publie moins sur Instagram, citant le fait que si les médias sociaux constituent un excellent outil pour les artistes, il existe une sursaturation de bandes dessinées en ligne, ce qui rend difficile de se démarquer en tant que créateur·trice. Pourtant, même sous format physique, des millions de bandes dessinées sont publiées chaque année. « Même les auteurs qui sortent des BD, ça reste compliqué », soupire Margaux. « Ça reste un métier très instable. »
Pourtant, Margaux n’est pas sans espoir. Son conseil aux artistes de bandes dessinées qui débutent est de faire preuve de patience et de persévérance. « Il faut vraiment aimer ce que tu fais, parce que tu vas beaucoup le faire. »
Depuis la parution de Des faits marquants, Margaux a « plus envie de faire des projets courts ». Elle travaille actuellement sur une histoire pour Georges, un magazine pour enfants de 7 à 12 ans, qui sortira en septembre. Pour d’autres projets à venir de Margaux, « c’est vraiment au stade encore juste d’écriture pendant l’été. Je vais vraiment me mettre dessus pour sortir quelque chose ».




