Montrer des jeunes adultes, dans la vingtaine, une génération sous-représentée au cinéma : c’est le point de départ du film Un grand raccourci pour ses réalisateurs, Armand Foëx et Clément Devilliers, tous deux âgés de 23 ans. « Forcément, la question de l’anxiété et de l’incertitude par rapport à un monde qui est en crise dans plein de dimensions, c’est un des visages de notre génération et de la jeunesse. Mais il y en a d’autres aussi », défend Clément. « Face à cette anxiété, plutôt que la paralysie, certains optent justement pour des stratégies de survie, pour un élan. Et nous, c’est ça qu’on voulait célébrer. »
Des jeunes qui font des choses
Le titre du film, un oxymore qui fait référence aux parcours des personnages comme au processus de création de ce long métrage à petit budget, résume bien la démarche des deux réalisateurs : « Nous aussi, on a pris le grand raccourci en faisant le film comme ça », rappelle Armand. Une manière de faire écho à ce qu’ils souhaitent mettre en avant dans tous leurs films : « des jeunes qui font des choses », à leur échelle.
Aujourd’hui partagés entre Nantes où ils ont grandi et Paris, pour les études et le cinéma, les citadins Armand et Clément restent profondément attachés à la Bretagne. C’est pourquoi ils ont souhaité confronter leurs personnages à une réalité différente de celle des grandes villes : « Nous on voulait vraiment essayer d’imaginer comment des personnages qu’on poserait dans ces villes où il faut toujours prendre la voiture, où l’emploi est ce qu’il est, où les perspectives, les possibilités et leurs questions se posent différemment que lorsqu’on grandit en ville. » Le soutien de plusieurs maires de Centre-Bretagne (Kreiz Breizh) s’avère alors déterminant pour réaliser leur projet de long-métrage : « Ils nous ont vraiment ouvert leurs portes, nous ont donné les ressources et les moyens. »
L’histoire suit deux cousins, interprétés par François Le Bris et Julien Porier, qui s’improvisent dératiseurs pour sauver le restaurant familial, et deux jeunes femmes, jouées par Sara Montpetit et Louise Labèque, qui trafiquent un concours de beauté, dans une Bretagne rurale. Le film s’ancre dans des réalités sociales concrètes, alternant humour et tendresse. Loin des stéréotypes, les réalisateurs ont créé des personnages incarnés, qui passent de petits boulots en magouille « par sentiment d’urgence ».
Pour autant, les réalisateurs revendiquent un cinéma qui ne se limite pas à un constat social. « Avoir ce message d’espoir, c’était hyper important pour nous. Que le film soit lumineux, chaleureux, qu’il y ait de la comédie, qu’en réalité ce soit aussi un bon moment et une vague de fraîcheur dans le quotidien des gens quand ils vont voir ce film, que ce soit quelque chose qui réunisse, qui soit familial. »
Une énergie collective
Si la figure du duo structure tout le film, c’est avant tout pour son interêt narratif, explique Clément : « En tant que spectateur, on aime les duos, on aime tous les jeux de contrastes, de difficultés de compréhension, de quiproquos, qui peut venir du fait que les personnages soient deux, qu’il y a deux points de vue sur le monde, deux manières de sentir les choses. On trouve que c’est ça, le sens de la vie aussi, c’est être avec quelqu’un », confie-t-il.
Un état d’esprit qui se reflète également dans leur vie quotidienne, comme le révèle Armand : « Tout ce qu’on attaque, on le fait à plusieurs, on est hyper soudés. Et l’aventure collective est l’élément numéro un dans le cadre professionnel et amical. » Si la moyenne d’âge de l’équipe du film Un grand raccourci se situe autour de 24 ans (acteurices et technique compris), ils n’en sont pas à leur premier tournage. Avec leur « bande de copaines », Armand et Clément ont déjà produit 7 courts-métrages.
Depuis trois ans, les deux amis documentent les coulisses de la création du film à travers de courtes vidéos publiées sur leur compte Instagram commun, avec pédagogie, spontanéité et humour.
« Je pense qu’on a cette chance-là depuis qu’on est petits d’avoir un feu intérieur, de vouloir toujours plus, et de toujours faire quelque chose de notre temps. » Pour Clément, cette énergie se nourrit avant tout du plaisir de faire : « Ce plaisir-là d’être actif, d’avoir un rêve, de le réaliser, je pense, depuis qu’on est tout petits, on ne vit que comme ça. ». Leur complémentarité constitue le moteur du projet, rapidement rejoint par Hector Belgodère-Soria, leur producteur.

Une sortie nationale
Pendant tout le mois de juillet, le cinéma le Concorde à Nantes a programmé le film Un grand raccourci en avant-première. Un dispositif exceptionnel pour le premier long métrage de deux amis d’enfance.
« On a deux maisons maintenant à Nantes, le Concorde et nos parents. Je pense qu’on passe plus de temps ici que chez nos parents. » s’amusait Armand, début juillet. Pour les deux amis, le Concorde est un lieu chargé de souvenirs, ils y ont vu de nombreux films : « C’est quand même un hasard que notre cinéma d’enfance soit géré par quelqu’un qui est aussi pionnier, défricheur et preneur de risques que Sylvain et toute son équipe. »
Depuis, les deux jeunes hommes ont arpenté toute la France pour le promotion du film, et enchaîné les interviews et plateaux.
Ce mercredi 12 août, le film sort officiellement au cinéma avec pour objectif d’obtenir un maximum d’entrées lors des quatre premiers jours de diffusion en salles, explique Armand, espérant que le public sera au rendez-vous « parce qu’ensuite ça donne un signal très clair aux salles de cinéma » pour programmer le film ou le prolonger.
Les deux amis profitent du moment présent avant de faire de nouveaux projets : « on attend vraiment de sortir le film, de voir ce qui se passe, de tout donner pour ça […] mais c’est sûr qu’on va vouloir réécrire un film. »
Pour aller plus loin
- Séance au Pathé Nantes le jeudi 13 août, à 19h45 en présence de l’équipe du film.
- Le compte instagram armand.et.clement
- Le site du film
- Leur chaîne Youtube




