Après des parcours de 8 années dans la restauration-bar, de l’hôtellerie de luxe à la mixologie, c’est à Nantes, derrière le bar de l’Industrie, que Charlotte Crenn et Pauline Barbier se rencontrent. Une collaboration coup de cœur qui les mène à l’ouverture de leur propre bar le 14 Février 2025, jour de la “Sainte-Carnage”. Pied de nez à la Saint-Valentin, l’événement marque la naissance d’un nouveau concept où cocktails et culture se mélangent pour créer une expérience créative et furieusement militante : Sœurs Carnage.
De Sœurs à Carnage : la métamorphose
Situé en plein cœur de Nantes, rue Léon Blum, Sœurs Carnage est d’humeur changeante. En première partie de soirée, dans une ambiance intimiste et décontractée, le bar propose à la dégustation ses 12 cocktails signatures, accompagnés de boissons et de « grignotages façon restauration gastronomique ». C’est le moment Sœurs, un instant suspendu où les goûts et les émotions fusionnent avec volupté. Puis, à 21h30, le bar passe en mode Carnage. La finesse sophistiquée laisse place à l’intensité débridée : “On change les rapports de force : la scéno, la lumière, la playlist, plus énergiques et enragées… et la carte des cocktails, plus simple et plus accessible. Plus de service à table, c’est au bar que ça se passe !” explique Charlotte.

Charlotte, 32 ans, mixologue et cogérante du bar, en mode « Sœurs » puis « Carnage », deux facettes de la personnalité du bar nantais – Photos Louise Bret
« La nuit appartient aussi aux femmes »
Calme et tempête, sérénité et chaos, peu importe l’heure et son humeur, Soeurs Carnage reste un lieu artistique vivant. Un espace engagé où les cultures féministes, se croisent, se mélangent et se savourent en toute liberté : “Il était important pour nous de rendre visible les femmes dans le monde de la nuit, un bar féministe comme Les Impertinantes ou La Licorne Noire” poursuit Charlotte. Dj set en non mixité choisie, en compagnie d’artistes de la scène rap et hip hop nantaise comme Shadéblauck ou encore Hvrley Qveen : “La nuit appartient aussi aux femmes et aux minorités de genre” défend Charlotte. Une fois par mois, le bar passe en mode “full Carnage”. Une soirée entière de DJ set exclusivement féminins, comme à l’occasion du festival Culture Bar-Bars, en novembre dernier.
« Relier arts, saveurs et émotions »
Pour Charlotte et Pauline, “le goût est un art”. Un postulat qui les a menées à la création d’une carte des cocktails directement inspirés d’œuvres exclusivement féminines. Si la 1re carte, intitulée “Recueil” rassemblait les œuvres de 10 poétesses, la 2nde appelée “Corpus” réunit aujourd’hui 12 peinteresses issues de différentes époques et territoires. Rendre l’art accessible à toutes et à tous, tel était l’objectif des deux femmes lors de la création de leur établissement : “On ne vient pas de famille où il y a eu une grande culture de l’art. Aujourd’hui, on devient actrices de notre culture, on explore, on fait découvrir des femmes souvent oubliées, ostracisées, enterrées dans l’histoire de l’art parce que l’art n’était réservé qu’aux hommes”, raconte Charlotte.

« Émancipation de l’Humanité » : cocktail doux et umami, inspiré de l’œuvre « Emancipation of Humanity » (1947) de Toshi Marukini – (1) photo Louise Bret (2) photo @robiflette
Des noms, pour beaucoup méconnus, défilent aux côtés de cocktails aux saveurs exotiques, fraîches et épicées : Lili Elbe (première femme transe a avoir été opérée et peinte par Gerda Wegener), Georgette Agutte (une des premières femmes divorcées, invisibilisée de l’histoire), Mickalene Thomas (artiste afro-américaine contemporaine au style vibrant et passionné) : “Pour les saveurs on s’inspire autant du tableau, de son esthétique, la chromatique, l’atmosphère mais aussi l’origine et l’histoire de la peinteresse. Ensuite on voit comment on a envie de le retranscrire” nous explique Charlotte en feuilletant la nouvelle carte du bar, fraîchement imprimée.
“Plus de femmes derrière les bars !”
Pour Sœurs Carnage, le combat continue en 2026 : “Plus de femmes derrière les bars !” scande Charlotte. En 2025, en France, les femmes représentaient seulement 34,5 % des cadres ou dirigeantes de cafés, hôtels et restaurants (source Rosk).