Mouvement Rotatif : des éclairagistes contre le patriarcat

Le mois dernier, un post a été diffusé sur le compte Instagram Mouvement Rotatif pour dénoncer la présence du patriarcat dans le secteur de l’éclairage scénique. Cette publication a été la première action publique de ce collectif. Nous avons rencontré quatre membres nantaises pour échanger sur leurs expériences.

Marilou Boulay, Salomé Tendav, Alice Lepage et adl. ohx, quatre membres nantaises du Mouvement Rotatif. Photo : Mimi Huelster, 16/06/2026

Il y a un mois, un post est apparu sur le compte Instagram Mouvement Rotatif : « Technicien·nes lumiere, femmes et minorités de genre, épuisé·es par le système patriarcal dans l’industrie de la musique ! Nous exigeons une égalité de chances dans nos carrières. »

Mouvement Rotatif est un collectif national récemment formé, regroupant des éclairagistes qui ne sont pas des hommes cisgenres. Iels revendiquent une reconnaissance ainsi que des conditions et opportunités de travail plus équitables. Le post d’Instagram a marqué la première action publique du collectif, qui existait déjà à plus petite échelle depuis quelques mois. Deux semaines après la publication du post, quatre membres basées à Nantes — Marilou Boulay, adl. ohx, Salomé Tendav et Alice Lepage — se sont rencontrées en personne pour discuter de leurs expériences et de la nécessité d’un tel collectif.

 

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Survivre dans un environnement hyper-masculin

À elles quatre, elles cumulent près de quarante ans d’expérience dans le secteur du spectacle vivant, en tant qu’éclairagistes, régisseur·ses de plateau et membres d’équipes de tournée. Pourtant, elles affirment que, malgré leur expérience, elles continuent de se heurter au scepticisme et au mépris en raison de leur genre.

« On a toutes ressentie du doute à un moment donné en arrivant dans un milieu très masculin », confie Marilou, qui travaille dans le spectacle vivant depuis 2018. «  Je sais qu’au début, je n’étais pas capable de prouver mille fois que j’étais en mesure de faire ce métier. »

« Et puis double peine pour les gens qui commencent », ajoute Alice, éclairagiste forte de dix ans d’expérience et musicienne sous le nom d’Alice H.A. Elle explique que le volet technique du spectacle repose largement sur des réseaux et des relations préexistants, favorisant le recrutement — masculin ou féminin — de personnes déjà connues des organisateurs·trices d’événements. « D’autant plus, quand tu n’es pas une personne masculine, tu seras encore moins comptée, parce que tu es déjà invisibilisée. »

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« Ça ferme énormément la porte à des personnes féminines », renchérit adl., une femme trans travaillant également dans l’éclairage depuis une dizaine d’années. Elle explique faire face à des difficultés professionnelles depuis des années, « ne serait-ce que maintenant par le regard qu’on me porte en lien avec ma transition  ».

Un espace de partage pour se « sentir plus solide  »

Mouvement Rotatif est né essentiellement du bouche-à-oreille, alors que des collègues et camarades partageaient leur vécu face au sexisme rencontré au travail. En l’espace de trois mois, selon elles, le collectif est passé de dix à plus de quarante membres. L’organisation fonctionne principalement en ligne via un groupe WhatsApp, ce qui permet à des membres de toute la France de la rejoindre. « Grâce à ça, on a pu se connecter aussi à Nantes », explique Alice. Notre entretien marquait la première rencontre en personne des quatre membres du collectif basées à Nantes, bien qu’elles se connaissent déjà par d’autres biais — comme Alice et Salomé, qui avaient été mises en relation dans le cadre d’un binôme mentor/mentorée via le programme Pulse !

Salomé est la technicienne lumière le moins expérimentée du groupe. Elle a terminé sa formation il y a tout juste deux ans. Elle affirme que faire partie d’un collectif comme Mouvement Rotatif a favorisé sa carrière dès le début « parce que ça t’arme directement pour rentrer dans le bain ».

« J’ai beaucoup plus confiance en moi pour aborder certains sujets avec des lighteuses », confie Salomé. « C’est hyper chouette parce que, si un jour j’ai un souci, je sais très bien à qui m’adresser aussi. C’est vraiment cool en termes de ressources. »

Au-delà du soutien technique, le collectif offre également un filet de sécurité social pour gérer les conflits inévitables liés au métier. Alice souligne que l’une des raisons pour lesquelles elle a rejoint Mouvement Rotatif était de se « sentir plus solide pour discuter avec [ses] collègues masculins ». Dans le secteur du spectacle — même en coulisses — explique-t-elle, « il faut se vendre et on est moins éduqués à se vendre en tant que femme. Et donc, on part déjà avec une petite balle dans le pied de “il ne faut pas trop qu’on fasse de bruit” ».

Avant tout, selon Marilou, Mouvement Rotatif est un espace de partage. « D’exprimer les expériences de chacune permet aussi de se dire, je ne suis pas toute seule. Il y a de l’entraide et il y a de la solidarité. Ça aide soi et les autres en même temps. »

La nécessité de « créer des modèles  »

L’entraide et la solidarité sont également les raisons pour lesquelles elles ont toutes choisi de devenir techniciennes lumière. « C’est plus ça qui me fait vibrer dans mon travail », sourit Marilou. « L’entraide, le collectif, de travailler avec des gens chouettes qui ont envie de faire des trucs chouettes. »

« Faire des trucs chouettes avec des gens chouettes, c’est chouette », surenchérit Alice en riant.

Pour l’instant, Mouvement Rotatif fait davantage office d’espace de convivialité que de structure de programmation événementielle — contrairement à l’organisation More Women On Stage, qui organise un festival annuel. Pour autant, les quatre éclairagistes soutiennent que cela comble un vide qui perdure depuis bien trop longtemps.

« Il faut se créer des modèles », insiste Alice. « Ces modèles, ça va être nous, ça va être nos copines, ça va être les personnes du collectif qu’on vient de monter. Si on ne nous donne pas des modèles, on va se les créer. »


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