« Pendant un moment, je ne disais plus directement les mots “Israël” ou “génocide”. Mais à force, je trouve ça ridicule. On devrait pouvoir nommer les choses. » Ann a ouvert son compte TikTok en 2018. Depuis, elle a intégré différentes stratégies de contournement à ses contenus, pour continuer de parler des sujets politisés qui lui tiennent à cœur, car c’est toujours « dans un élan d’indignation » qu’elle prend « [son] téléphone pour faire une vidéo ».
Adapter son discours pour rester visible
Comme beaucoup de créateur·ices, Ann explique avoir modifié certaines formulations pour éviter que ses vidéos soient supprimées ou moins diffusées, ce qui peut arriver « si on utilise des termes trop directs ». Elle dit par exemple « G » à la place de « génocide » ou « V » pour « viol ». À force, ces adaptations deviennent presque automatiques. « Du coup, on finit par s’habituer à ça », se résigne-t-elle.
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La créatrice a aussi le sentiment que la visibilité de ses contenus les plus controversés est affectée : « Quand je parle beaucoup de la Palestine, j’ai conscience que certaines vidéos sont ralenties. Je le vois au niveau des vues. » Selon Nympheann, cette logique dépasse largement son propre compte. En 2023, Human Rights Watch a documenté de nombreux cas de restriction de contenus liés à la Palestine sur les plateformes de Meta (en anglais).
Les sujets consensuels ou compatibles avec les logiques d’engagement des plateformes obtiendraient alors davantage de visibilité : « Je sais très bien que mon contenu ne sera jamais propulsé comme il pourrait l’être si je lissais complètement mes discours. »
Des témoignages qui trouvent un « espace collectif »
Malgré ces limites, Ann continue de publier sur TikTok, qui lui paraît être un espace proprice aux récits peu présents ailleurs. « Si on n’avait eu accès qu’aux médias traditionnels, je ne pense pas qu’on aurait eu conscience de ce qui se passe actuellement », analyse-t-elle à propos de la Palestine.
La créatrice aborde aussi régulièrement sur son compte les violences médicales. Après avoir partagé sa propre expérience de maltraitance en cabinet médical, elle raconte avoir reçu « des milliers de témoignages ». Des récits qui l’ont marquée autant par leur nombre que par leur diversité. « J’ai vraiment l’impression que ça crée une sorte d’espace collectif où les gens se réunissent pour parler de choses très difficiles qu’ils ont vécues », explique-t-elle.
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« À partir du moment où mon contenu peut avoir un impact, je considère que j’ai une responsabilité », reconnaît Ann. Cette prise de conscience l’a conduite à modifier sa manière de publier. Si elle insiste bien sur le fait qu’elle n’est « pas journaliste », elle explique avoir désormais plus de recul : moins de réactions à chaud, davantage de vérifications et un regard plus critique sur sa propre production.
Des récits numériques qui dépassent les réseaux sociaux
Cette réflexion sur la visibilité des contenus amène aussi Ann à s’interroger sur la manière dont se construisent les récits collectifs. Arrivée récemment à Nantes, elle dit avoir été frappée par le décalage entre certains récits médiatiques sur l’insécurité et sa propre expérience de la ville. « J’ai vraiment eu l’impression de voir à quel point les campagnes de désinformation peuvent fonctionner », explique-t-elle.

Pour la créatrice, l’exemple nantais illustre la capacité de certains récits médiatiques à s’imposer durablement dans le débat public. Une fois installés, ces discours circulent ensuite largement sur les réseaux sociaux, où ils continuent d’être diffusés et commentés.
Malgré la censure qu’iels subissent de la part des plateformes, l’essor de créateur·ices comme Nympheann interroge surtout sur l’importance de la bataille culturelle qui s’y déroule, hors des médias dits traditionnels.




