Quinze ans après l’affaire Dupont de Ligonnès, Capucine Coudrier a choisi de raconter l’histoire autrement. Publié en avril sur YouTube, son documentaire : “Dupont de Ligonnès : qui est le VRAI coupable ?”, interroge le traitement médiatique de cette affaire criminelle devenue phénomène de fascination collective. « Au final, les victimes de cette affaire ont été complètement oubliées et personne n’a qualifié ça de ce que c’était : un féminicide et un quadruple infanticide. », estime la créatrice de contenus, connue sous le pseudo Ovaires the Rainbow.
Passionnée depuis toujours par les affaires criminelles, la Nantaise de 26 ans porte pourtant un regard critique sur le “true crime*”. « Il y a beaucoup de fascination autour des criminels et les victimes sont souvent laissées de côté. On sait plein de choses sur leur mort mais peu sur leur vie avant. »
Le projet est né après sa rencontre avec un proche de Thomas Dupont de Ligonnès, l’un des fils et victime de Xavier Dupont de Ligonnès, qui souhaitait qu’un documentaire engagé soit réalisé sur cette affaire. « J’ai été touché qu’il pense à moi pour ce projet. Pour ce documentaire, je voulais aussi avoir des interviews d’expertes pour avoir d’autres regards. »
*true crime : type de documentaire originaire des États-Unis, aujourd’hui largement diffusé à la télévision et au cinéma. Il vise à dépeindre la réalité des crimes et des criminels qui ont réellement existé.
De podcast féministe à créatrice de contenus engagée
Derrière le compte Ovaires the Rainbow, lancé en juin 2020, se cache une ancienne étudiante en lettres et langues. En plein Covid, alors qu’elle hésite entre des études de journalisme et de communication, Capucine s’oriente vers la deuxième option et en parallèle de créer un podcast pour mettre en avant des parcours de femmes. « Mon compte Instagram ne servait qu’à relayer le podcast », se souvient-elle.
À partir de 2023, les réseaux sociaux prennent une place centrale dans son activité. Elle co-fonde une agence de communication ODUNA. « Je ne me qualifie pas forcément comme journaliste mais plutôt comme créatrice de contenus militante. » Une liberté éditoriale qu’elle revendique. « Ce qui me freinait dans le journalisme, c’était de devoir faire des contenus trop lisses, pas assez engagés. »
Témoigner pour sensibiliser
Son engagement féministe trouve aussi racine dans son vécu personnel. À 18 ans, après avoir été victime de violence conjugale, elle se tourne vers des contenus féministes pour comprendre ce qu’elle a traversé. En 2020, elle partage à la petite audience de son podcast, son témoigne.
Pourtant ses mots résonnent. « J’ai énormément de filles qui m’ont envoyé des messages et qui avaient vécu ce genre de relation. J’ai eu une première prise de conscience, je me suis dit : “ mais comment ça se fait que ces filles-là, que je croisais tous les jours dans les couloirs, vivaient exactement la même chose mais que personne au lycée ne nous a prévenu ?”. » Pour continuer ce travail de sensibilisation, en mars dernier, elle publie “J’avais 15 ans. Je croyais l’aimer. Je me taisais.”, un livre « entre l’autobiographie et l’essai ».

Installée à Nantes depuis ses études, la créatrice de contenus a fait le choix de ne pas rejoindre Paris, malgré un milieu de l’influence très centralisé. « Je préfère mille fois mon confort nantais », affirme-t-elle. « C’est important d’avoir des créatrices de contenus qui ne viennent pas de Paris et qui parlent d’expériences différentes. Le militantisme ce n’est pas que là-bas. » Depuis 2021, elle intervient aussi dans des collèges et lycées pour sensibiliser aux violences conjugales.
Le cap des 200 000 abonné·es, prochainement une vidéo sur Michael Jackson et d’autres affaires criminelles, pour celle qui espérait une pause, la liste des projets ne s’arrête plus. « Voir que la vidéo plaît, ça donne envie de développer d’autres concepts. »




