« Le principe du prix libre, c’est que les gens puissent mettre ce qu’ils veulent, ou en tout cas ce qui leur paraît juste en fonction de leurs moyens », explique Mathilde Berthelot, chargée de projet pour l’association OCEAN. Sur le stand, les poireaux, courgettes et patates douces attirent les riverain·es. Si la majorité des produits provient actuellement de la seconde exploitation de l’association à Couëron, la production sur le site des Dervallières reprend progressivement après une phase de travaux. Pour orienter les acheteur·rice·s, un prix repère est affiché mais chacun·e reste maître de sa contribution, uniquement en espèces.
Le prix libre comme levier de justice alimentaire
Après un an d’expérimentation, le bilan est parlant : les client·es déboursent en moyenne « 70 % du prix initial des légumes ». Ce modèle, qui pourrait sembler fragile, est sécurisé par un partenariat avec la collectivité. « La Ville nous subventionne à hauteur des 30 % restants pour qu’on soit à l’équilibre », précise Mathilde Berthelot. Un projet supervisé par Marine Brochu, coordinatrice des services de proximité chez OCEAN, dont la présence a permis à l’équipe d’apprendre une véritable « culture de travail » axée sur le lien social.
« Les gens jouent le jeu et mettent vraiment en fonction de ce qu’ils veulent et ce qu’ils peuvent. »
Ce soutien public s’inscrit dans une convention d’occupation de neuf ans pour le terrain du parc municipal, financée en partie par une enveloppe de l’Agence nationale de renouvellement urbain (ANRU). Pour OCEAN, structure d’insertion par l’activité économique (SIAE), la vente de légumes est moins une source de profit qu’un outil social. Les revenus plus stables issus d’autres chantiers, comme les espaces verts, permettent de compenser la faible rentabilité du maraîchage bio. Comme le souligne Mathilde Berthelot, « les gens jouent le jeu et mettent vraiment en fonction de ce qu’ils veulent et ce qu’ils peuvent ».
Recréer du lien en quartier
Le choix de vendre sur la place publique plutôt qu’à la ferme est stratégique. Validé par un comité d’animation regroupant les associations locales, ce lieu permet de « croiser un peu tous les habitant·es du quartier ». Pour Camille Rohan, qui travaille au tiers-lieu Plan B avec Marine, le marché est avant tout un espace de convivialité. « C’est aussi l’occasion de papoter et de prendre le café avec les habitués », confie-t-elle alors qu’elle vient prêter main-forte à l’équipe d’OCEAN.
Cette solidarité entre structures de proximité est le moteur du quartier. Camille, qui gère déjà une boutique de réemploi place des Lauriers vendant des t-shirts à deux euros, voit dans ce marché une extension de sa mission. « J’aide pour la vente car nous savons ce que c’est, nous vendons nous-mêmes des légumes à Plan B le lundi en panier. L’échange de services se fait dans les deux sens », souligne-t-elle.

Un tremplin vers l’emploi durable
Au-delà de l’étal, la ferme est un lieu de travail pour huit à dix salarié·es en insertion. Ces personnes, éloignées de l’emploi, bénéficient d’un accompagnement pouvant durer deux ans pour construire leur projet professionnel ou régler des démarches administratives. L’ambition pour les années à venir est de stabiliser ce « rythme de croisière » avant d’envisager des activités de transformation ou des espaces de formation. Le projet continue de se construire « avec les acteurs et les habitant·es », pour que la ferme reste un bien commun au cœur des Dervallières.
Prochaine date du marché (nouvelles dates à venir) :
- Mercredi 22 avril de 15h à 17h sur la Place des Dervallières.




