« Se rendre compte que ça ne va pas, déjà, ce n’est pas facile ». Chez les adolescent·es, les mots manquent, les repères aussi. « Trouver les bons interlocuteurs, arriver à se livrer… c’est difficile », souligne Béatrice Gourmaud. C’est pourquoi son association Effervescence Jeunes a choisi d’agir en amont, sur la prévention et l’accompagnement du mal-être des jeunes. Autour de Béatrice Gourmaud et Rayan Laribi, respectivement présidente et vice-président de l’association, une centaine de bénévoles et de nombreux partenaires associatifs seront réuni·es pour aborder, sans tabou, la santé mentale et ses moyens de prévention. Cette deuxième édition sera également marquée par la présence de l’auteur et illustrateur Mathieu Persan et d’un mini-concert du groupe MPL.
La première course Run for Lorène avait été initiée par Rayan Laribi et d’autres lycéens à Notre-Dame-de-Toutes-Aides, quelques semaines après la mort de Lorène, lycéenne de 15 ans mortellement poignardée par l’un de ses camarades dans leur établissement le 24 avril 2025. Un moyen, pour Rayan, de permettre aux élèves de finir l’année sur une énergie plus positive et de pouvoir récolter des fonds pour la famille de Lorène. L’association Effervescence Jeunes est née de cette cagnotte.
Cette année, avec son village de la santé mentale, l’association souhaite proposer des alternatives accessibles au parcours de santé médicalisé pour prévenir le mal-être des jeunes. Art-thérapie, médiation animale, musique, groupes de parole… Des approches qui « permettent de passer le premier cap » et qui répondent à « une demande très forte, notamment entre pairs », explique Béatrice, évoquant le besoin de former les jeunes à mieux réagir face à la détresse de leurs ami·es.
Libérer la parole
Ravi de participer à cette journée, l’auteur et illustrateur Mathieu Persan souligne la rareté d’événements comme celui-ci, qui rassemblent autour d’un sujet sensible, dans un cadre festif, avec une volonté commune d’agir et de « faire bouger les choses ». « C’est important parce que ça donne une énergie qui va au-delà de ce qu’on peut faire dans les journaux, sur les réseaux sociaux, en écrivant des livres. C’est qu’à un moment, il faut se regrouper, il faut se parler, et c’est de là que peuvent sortir des idées et des actions. »
Son roman graphique Le Passage, paru en mars 2026, est un moyen de transmettre son expérience et de la rendre accessible au plus grand nombre. Il y raconte de façon imagée la dépression de sa propre fille, à l’âge de 15 ans et le parcours du combattant qui en découle. « Transmettre des choses par des histoires c’est important », confie-t-il, car finalement « une histoire qui n’est pas racontée c’est une réalité qui est masquée. » Samedi, il prendra la parole pour présenter son livre : « Plus on racontera ces histoires, plus ces enfants seront reconnus dans leurs souffrances. Et je pense que c’est un préalable pour qu’ils puissent aller mieux. »

Mathieu Persan fait le constat d’ « un manque énorme en termes d’investissement public. Ça devrait être une urgence nationale avec des plans dans tous les collèges, tous les lycées, pour alerter, pour essayer de mieux détecter, pour aussi former tous les personnels enseignants et éducatifs à connaître cette maladie » qui va « toucher 25% des enfants ».
Lutter contre la stigmatisation
Les interventions en milieu scolaire, c’est justement le créneau de l’association Kit Ou Double, « une jeune association nantaise » créée en 2021. Elle a pour objectif principal de « sensibiliser à la santé mentale » et de lutter contre la stigmatisation des troubles psychiques. Ses actions se concentrent pour l’instant sur les collégien·nes et lycéen·nes du département de Loire Atlantique, car « beaucoup de troubles apparaissent entre 15 et 25 ans », explique Brigitte Anceaux, membre de l’équipe d’animation. L’association forme des intervenant·es qualifié·es, issu·es soit « du monde de l’éducation » comme elle, soit « du domaine de la santé », afin de garantir des interventions adaptées auprès des jeunes. L’association inclut aussi des jeunes qui interviennent comme témoins : « on intègre aussi dans l’animation des jeunes en phase de rétablissement ».
Kit Ou Double cherche notamment à informer les jeunes afin qu’ils reconnaissent les signes et comprennent « qu’il faut absolument se faire accompagner ». Brigitte Anceaux insiste sur le fait que « ce sont des maladies dont on n’a pas à avoir honte », et que l’information permet « d’aller plus vite vers les soins » et donc d’augmenter « les chances de se rétablir ».
Comme l’an dernier, l’association sera présente à Run for Lorène avec un stand de sensibilisation à la santé mentale et par la mise en place d’une fresque d’expression collective pour tous·tes.

Se joindre à un élan solidaire collectif
Samedi, « pour soutenir la famille de Lorène, l’association et toutes les personnes qui se battent pour la santé mentale des jeunes », les cinq membres du groupe de musique MPL monteront sur scène pour jouer quelques morceaux, à la guitare, « le plus simplement possible ».
« Ce n’est pas un concert MPL » précise Andreas Radwan, bassiste du groupe. « Notre crainte c’était de voler un peu la vedette à l’événement, et du coup on a essayé de trouver quelque chose de simple qui nous permettait de participer, et d’amener un peu de lumière sur cette journée. » Sur cette scène, et pendant le passage des coureur·ses, se succéderont toute la journée des groupes de musique locaux, des groupes d’ami·es, des groupes du lycée de Notre-Dame-de-Toutes-Aides, ou même de parents.

Leur venue fait suite à un message de sollicitation bouleversant reçu d’un proche de la famille de Lorène. Actuellement en tournée dans la région, leur présence samedi a également été rendue possible grâce au soutien de leurs équipes technique et de tournée. « On est contents de participer à cet événement, c’est un sujet qui nous parle, et auquel on est attentif. » Sensibles à la dimension sportive de l’événement, ils participeront aussi à la course : « Nous on trouve ça super, en plus on est tous personnellement assez sportifs. On va tous mettre les shorts et les chaussures, après on aura des allures de course différentes. » assure Andreas Radwan.
Redonner du pouvoir d’agir aux jeunes
« Organiser une course solidaire de 1 000 personnes en 6 semaines… pendant les révisions du bac » : pour les jeunes bénévoles de l’événement, le défi était de taille, rappelle Béatrice Gourmaud. Pourtant, ils l’ont relevé avec succès : plus de 2 000 coureur·ses sont attendu·es samedi au parc du Grand Blottereau. Deux fois plus que l’an passé.
Au delà de cet événement, l’association Effervescence Jeunes a de nombreuses ambitions pour les mois et années à venir : réalisation et partage d’un « état des lieux de la santé mentale », projet de podcast, exportation du concept Run for Lorène dans d’autres villes… Un appel à projets a également été lancé ce 31 mars pour soutenir financièrement des initiatives locales de prévention, grâce à la cagnotte actuelle de 93000 €. Les bénéfices récoltés ce week-end serviront à financer l’appel à projets de l’an prochain.
Plus qu’une course, il s’agit de prévenir d’autres drames.
INFOS PRATIQUES
- Course solidaire Run for Lorène, samedi 4 avril de 10h à 18h, au parc du Grand Blottereau à Nantes.
- Le site de l’association Effervescence Jeunes
- Son compte Instagram




