Depuis le lundi 28 septembre dernier, dix-sept salariées de l’association Solidarité femmes Nantes sont en grève, quatre en arrêts de travail. L’ensemble de l’activité est à l’arrêt dans la Métropole. Elles dénoncent « des conditions de travail qui se sont dégradées de façon très insidieuse depuis un changement de direction il y a quatre ans, avec une prise de conscience collective il y a un an et demi », comme nous le confient deux salariées, élues au CSE et déléguées syndicales*. L’antenne de Saint-Nazaire, ouverte il y a un an, n’est pas concernée par ce mouvement de contestation.
Des salariées au service des femmes, maltraitées
L’association Solidarité Femmes accompagne les femmes victimes de violences conjugales et intrafamiliales de tout le département Loire-Atlantique via « une ligne d’écoute, un centre d’hébergement femmes enfants mais aussi via un accompagnement des bénéficiaires d’un téléphone grave danger, l’organisation de groupes de paroles, etc. ». Or d’après ce que relatent ces salariées, il y a comme un paradoxe entre la solidarité et la sérénité que sont venues chercher les plus de 1800 femmes reçues sur la cellule d’écoute ou la centaine de femmes accompagnée sur le pôle hébergement en 2025, et le traitement réservé à celles qui les reçoivent : « une communication impossible avec la direction, un flou grandissant dans notre organisation de travail lié à des ordres contradictoires qui fait que l’on ne sait plus ce qu’on a le droit de faire ou non, beaucoup de reproches et de critiques avec un ton hostile voir agressif de la part de la direction, etc. ». Résultat : cinq accidents du travail l’an dernier « liés au management toxique. Bien que tous contestés par la direction, quatre ont été reconnus d’origine professionnelle par la CPAM », livrent les travailleuses sociales, particulièrement inquiètes pour le pôle enfance parentalité. La dernière salariée en charge de ce pôle, « pourtant nécessaire », ne verra pas son CDD reconduit, « pour avoir mis l’association en demeure » pour défaut de paiement.

Un diagnostic sur les risques psychosociaux parlant
Un diagnostic sur les risques psychosociaux réalisé début 2026, et dont les salariées ont eu une restitution orale le 2 octobre dernier conforte ces témoignages : « 80 % des salariées ne sentent pas considérées », « 85 % des salariées sont dans la crainte de s’exprimer », « 7 salariées sur 10 expriment avoir eu, souvent à très souvent des troubles du sommeil, de la peur, des tensions, de la nervosité ces derniers mois », etc. Or, malgré ces constats « accablants », les discussions avec le conseil d’administration, bien que supervisées par un médiateur fraichement nommé, piétinent. « Nous ne nous sentons toujours pas entendues et avons peur de reprendre le travail. Maintenir le poste de notre collègue du pôle enfance parentalité serait pour nous un gage d’avancée et de sécurité pour la suite ». Un communiqué du conseil d’administration (CA) en date du jeudi 8 octobre, indique que la direction a « mis en place un dispositif permettant d’assurer la continuité des services et de garantir l’accueil et l’accompagnement des femmes et des enfants victimes de violences ». S’il exprime prendre les éléments du diagnostic [RPS] « au sérieux », le CA soutien particulièrement l’équipe dirigeante qui « doit également faire face à des expressions qui peuvent être éprouvantes ». Contactée, la direction n’a pas donnée suite à nos sollicitations à ce jour.

Pour maintenir leur piquet de grève installé chaque matin à Talensac, les salariées en grève peuvent compter sur leur sororité mais aussi sur la solidarité syndicale de la CGT et de Sud Solidaire. Alors que le froid arrive, quelques passant·es solidaires leur apportent un peu de réconfort. « Certain.e.s nous apportent même des pâtisseries« . Une caisse de grève a été mise en place pour combler le salaire auquel elles renoncent depuis des semaines. Plusieurs soirées de soutien permettent également de renflouer les caisses et les esprits. Après une soirée blind test féministe le 8 octobre dernier, un concert de soutien de Plastic Jesus alias Lechapus s’est tenu au bar Pioche, samedi 13 octobre. Jeudi 22 octobre, au bar associatif, l’Ortie Rousse de Rezé c’était au tour de l’artiste hip-hop nantaise Double C, de soutenir le mouvement de contestation. Une contestation qui trouve un écho dans les revendications du mouvement de grogne général. « Nous militons pour nos droits dont celui de travailler dignement, et pourtant nous n’avons pas l’impression de nous faire entendre ».
*Malgré leur fonction sensée les protéger, elles appréhendent des représailles de la part de la direction et préfèrent s’exprimer au pluriel.




