Reportage photos. Dimanche 18 octobre 2026, le collectif féministe Nous Toutes 44 organisait un femmage, pour la sixième année consécutive, sur la place du Commerce, à Nantes. Cette mobilisation en soutien aux victimes de féminicides et d’infanticides entendait dénoncer les violences sexistes et sexuelles et rappeler leur caractère systémique.
Allongées à même les pavés de la place du Commerce, 119 personnes incarnent symboliquement les femmes tuées depuis le début de l’année 2026. Leurs silhouettes sont progressivement tracées à la craie, transformant l'espace public en lieu de mémoire. Ce « femmage », contraction de « femme » et « hommage », prend la forme d'une mise en scène collective et silencieuse. Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Noémie, militante Nous Toutes 44, explique l’objectif de la mobilisation : « Le femmage a pour but de visibiliser tous ces meurtres qui sont invisibilisés, qu’on a tendance à faire passer pour des faits divers. C’est tout un système qui le permet et ce n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Et maintenant, il faut faire en sorte d’exiger des moyens concrets pour endiguer ce phénomène. » Photo : Jeanne Huchet, le 18/10/2026.
Pendant le discours d’ouverture, Noémie (à gauche) rappelle que « Nous Toutes se positionne contre la loi intégrale, qui se focalise uniquement sur le côté judiciaire, alors qu’on sait qu’il n’y a que 10 % des victimes qui portent plainte ». Elle dénonce « une position carcéraliste » qui ne correspond pas aux valeurs du collectif, en plus d’une absence de budget qui la révolte : « On ne va pas se battre pour des miettes. » Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Interrogée pendant la mobilisation, Noémie annonce que le collectif Nous Toutes « est en cours d’écriture d’un plan global d’action féministe chiffré, qui recoupe tous les domaines de la vie, que ce soit l’éducation, le social, le judiciaire, le politique et qui se veut beaucoup plus intégral que la loi intégrale ». Ce plan d’action est élaboré conjointement par une dizaine de structures, dont Médecins du Monde, Inter-LGBT, l’Observatoire du sexisme en politique et le Syndicat du travail sexuel (STRASS). Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Pour Noémie, la mobilisation des bénévoles constitue déjà une « victoire ». Les organisatrices du femmage ont « facilement » trouvé « le bon nombre de personnes », soit 119 personnes chargées de représenter les victimes, auxquelles s’ajoute la quinzaine de bénévoles de l’association pour « faire les contours des corps à la craie » ainsi que « la médiation et la sécurité ». Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Le dispositif de sécurité est mobilisé lorsque des militantes du collectif d’extrême droite identitaire Némésis font irruption dans le femmage. Huées par le public et sommées de partir par les militantes Nous Toutes 44, elles quittent les lieux sous escorte policière après une dizaine de minutes de tension. Exaspérée, Noémie déplore cette altercation : « C’est rageant parce qu’elles viennent se faire de la visibilité sur un événement solennel et que les gens qui assistent au femmage puissent croire qu’elles sont avec nous, c’est quelque chose qu’on refuse. » Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
NDLR : La photographie de cette scène a été remplacée, suite à des menaces de Némésis à l’encontre des militantes Nous Toutes 44.
Cécile, 31 ans, déclare participer au femmage pour « rendre visible ces femmes qu’on invisibilise et qui n’ont plus de voix ». Marion, 26 ans, également participante, explique sa présence pour « porter le fait que rien n’est fait actuellement par le gouvernement » et « soutenir ces femmes et leurs familles ». Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Bérénice, 24 ans, Nantaise et bénévole au sein de Nous Toutes 44, exprime quant à elle « beaucoup de colère et de la tristesse car personne n’en parle » mais précise que de « se rassembler toutes ensemble, ça fait du bien ». Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Noémie détaille la méthode de décompte annuel des féminicides : « C’est un travail de veille médiatique qui est immense : vérifier les faits divers, vérifier les journaux locaux, les journaux nationaux et les réseaux sociaux. » Elle reconnaît cependant les limites de l’exercice : « Il y a des féminicides dont on passe malheureusement à côté, qu’on a du mal à décompter, par exemple les suicides forcés. » Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Au-delà des féminicides largement médiatisés par la presse nationale, certaines victimes restent invisibilisées, comme les femmes en situation de handicap, les femmes âgées ou racisées, les personnes LGBTQIA+ ou encore les travailleuses du sexe. Noémie déplore que « plus on cumule de critères de discrimination, plus on est à même d’être victime de violences, et de la plus haute forme de violence qu’est le féminicide ». Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Sur leur stand, les bénévoles de Nous Toutes 44 sensibilisent également au sexisme ordinaire et au masculinisme. Selon Noémie, ce dernier engendre « plus d’insultes et de violences physiques contre les femmes » ainsi que « des attentats contre des endroits réservés aux femmes, [qu’on a vu] se multiplier ces dernières années. » Photo : Jeanne Huchet, le 18/10/2026.De gauche à droite : Léa, Gladys, Frédérique, Claire et Angélique du collectif Enfantiste 44 se sont associées à Nous Toutes 44 pour le femmage, en inscrivant les prénoms d’enfants victimes d’infanticides sur les pots de fleurs de la place du Commerce. Léa, militante du collectif, souligne d’ailleurs qu’« il y a beaucoup de jeux de pouvoir au sein des couples conjugaux, et souvent des violences exercées de la part des hommes sur les femmes, qui ont un impact sur les enfants qui vivent ces violences intrafamiliales et en souffrent pleinement. » Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Le collectif Enfantiste 44 défend la « création d’un ministère de l’enfance », qu’il considère comme « une urgence de santé publique ». Elles manifesteront le samedi 14 novembre 2026 à Nantes contre les violences faites aux enfants et aux adolescent·es. Léa insiste également sur la responsabilité collective : « S’il faut tout un village pour élever un enfant, les violences sont aussi permises par tout un village, parce qu’un infanticide ou un féminicide est un échec de société ». Photo : Amélie Fortin, le 18/10/2026.
Reportage photos réalisé en collaboration avec Jeanne Huchet.