L’appartement de Marie Boiseau, situé dans le quartier Madeleine, est à l’image de son univers artistique : « joyeux, coloré » et « foisonnant ». Dans chaque recoin du salon et de son atelier, des livres et œuvres illustrés cohabitent avec une multitude de plantes vertes et d’objets déco issus des années 90 / 2000, souvenirs retrouvés d’enfance.
Si Marie Boiseau est aujourd’hui connue et reconnue pour ses illustrations qui mettent en valeur la femme dans toute sa diversité de représentation, le dessin a toujours fait partie intégrante de sa vie. « Je dessine depuis toujours », confie-t-elle, révélant que c’est en 2017 que les thèmes mêlant représentations de fleurs et de femmes sont arrivés dans son travail. Elle trouve dans la nature une richesse de formes et de couleurs qui l’inspire, et dans la technique de peinture à la gouache une vivacité de rendu.

Une illustratrice connectée
Après des études aux Beaux-Arts d’Angoulême, exposer son travail sur Internet lui a permis de se constituer un réseau professionnel : « Je crois que j’ai fait toutes les plateformes qui existent : Skyblog, Tumblr, Deviantart, … Et donc, moi, je suis extrêmement à l’aise avec ça. » Aujourd’hui Marie publie régulièrement des contenus sur ses comptes Instagram, Patreon, Youtube, TikTok et Twitch . « J’ai trop grandi avec Internet. Par exemple, le fait de poster mes dessins sur Internet, je fais ça depuis que j’ai 12 ans, je pense. »
Si Marie est très suivie, avec près de 78 000 abonné·es sur Instagram, elle modère l’importance des réseaux dans une carrière artistique : « En 2017, quand j’ai lancé mon compte Instagram, c’était plus facile d’être visible parce qu’il y avait beaucoup moins de monde. Alors que maintenant, quasi tout le monde a un compte Instagram. Ça rend la chose d’autant plus difficile de te faire connaître. » Un constat qu’elle réalise également pour le milieu de l’illustration où « le marché est saturé ». Mais les réseaux restent avant tout un moyen « de créer du contact, du lien de manière sincère avec d’autres artistes », souligne la Guérandaise venue s’installer à Nantes en 2019.
Depuis son atelier, Marie observe l’arrivée de l’intelligence artificielle dans son métier. « Je ne sais pas si je me sens menacée par l’IA, parce que moi, pour l’instant, j’ai encore du travail », confie-t-elle. « Je pense qu’il y a quand même une réelle menace parce que l’on est dans un monde capitaliste » où, analyse-t-elle, « plein de clients recherchent le profit, l’argent facile et le gain de temps aussi ».
L’une de ses dernières publications, dénonçant une vidéo témoignage d’une artiste totalement générée par l’intelligence artificielle, a récemment fait le buzz. L’argument que l’IA pourrait engendrer un retour bénéfique au « goût du fait main et de l’artisanal » circule. Mais Marie reste critique : « Ça rend aussi, du coup, l’art encore plus élitiste. »
Promouvoir d’autres formes de représentation féminine

Sa visibilité sur les réseaux, Marie la met au service d’une cause qui lui tient à cœur : lutter contre l’invisibilisation des personnes grosses et des clichés négatifs véhiculés sur la grosseur. « Ça passe surtout parce que je sais faire, c’est à dire le dessin. »
Marie a notamment fait plusieurs illustrations pour Fat Friendly, une association de lutte contre la grossophobie et de défense des droits des personnes grosses, basée à Bruxelles. Son homologue, le Fat Collectif Nantes vient d’être monté. « Je ne le connais pas encore mais je trouve que ce serait cool si, dans l’avenir, on pouvait faire des choses ensemble. »
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Les personnages féminins de Marie arborent des rondeurs et assument leur pilosité. Une attitude body positive, d’acceptation de soi, portée par le militantisme puis reprise massivement par le marketing de nombreuses marques il y a une dizaine d’années mais qui tend aujourd’hui à reculer.
« Quand je me suis lancée en 2017, j’ai l’impression qu’il y avait vraiment une vague et que justement, je suis arrivée au bon moment de body positive, un peu fat positive, avec une espèce d’ouverture de la parole aussi, avec des personnes grosses qui venaient témoigner. »
Un changement de mentalité qui semble malheureusement avoir été éphémère, tel un effet de mode, pour Marie : « Depuis 2024-2025, j’ai l’impression que le body positive, ça ne fait plus vendre, c’est fini et qu’il y a un retour au culte de la minceur. »
Ces nouvelles représentations sont pourtant importantes pour l’illustratrice et de nombreuses personnes viennent régulièrement lui témoigner de la reconnaissance : « Toute cette diversité que je vois autour de moi, dans mon cercle proche, ne ressemble pas du tout à ce qu’on voit dans les médias. » L’illustration est un moyen de « représenter des gens que je côtoie, que je connais, qui ressemblent plus aux gens de tous les jours, en quelque sorte », explique-t-elle.

Un nouveau projet lié à la ville de Nantes
Entre la gestion de sa boutique en ligne, de sa page Patreon et des collaborations régulières avec Canevas Fatal, la marque de canevas de son compagnon Gauvain Manhattan, Marie renoue en ce moment avec le plaisir de peindre des illustrations pour elle-même.
Elle travaille également sur deux nouveaux projets professionnels, encore confidentiels. Le premier projet, « ça va être pour une déclinaison sur des objets, ce que je n’ai jamais fait jusqu’à présent », se réjouit-elle avec une petite pointe d’appréhension. Le second « concerne un événement à Nantes. Donc ça, c’est chouette, j’ai hâte ! ».
Pour aller plus loin
- Le site de Marie Boiseau
- Son compte Instagram
- Son Patreon




