« CinéPride apporte une fraîcheur, une ouverture et un moyen de décentrer son regard » déclare Caroline Grimault, directrice du Katorza. Qu’il s’agisse de cinéma, de spectacle vivant ou de fête, plusieurs lieux nantais profitent du mois des Fiertés pour renforce les engagements cultivés le reste de l’année. Entre programmation culturelle, représentation des personnes LGBTQIA+ et travail avec les associations locales, chacun le fait à sa manière, mais toujours avec conviction.
Des engagements qui dépassent le mois des fiertés
Derrière les différents rendez-vous proposés au public nantais, les structures interrogées partagent un point commun : ces initiatives ne sont pas pensées comme des événements isolés, mais comme le prolongement d’engagements déjà présents au quotidien.
Au Warehouse, l’after Pride nocturne du 13 juin est organisé en co-production avec NOSIG depuis 2022, en charge de la programation et de la direction artistique de la soirée. « Nous trouvions important de nous positionner sur cet événement », explique Rienzo Tandé, chargé de communication. Le club est engagé dans plusieurs dispositifs permanents : formations régulières d’une soixante de personnes à l’accueil, au respect et à la sécurité des publics et artistes LGBTQIA+, toilettes non genrées, dispositif Angela ou encore adhésion au programme national Ici c’est cool contre les violences et discriminations.
Au Macadam, la réflexion est également présentée comme un travail de longue haleine. Pendant le Covid, l’équipe a questionné la place accordée aux personnes minorisées dans sa programmation. « Le constat était un peu sans appel », résume Emmanuelle Cavarlé, responsable communication. Malgré un public déjà composé de personnes queer, les artistes femmes, queer ou racisé·es restaient sous-représenté·es. Depuis, le club travaille régulièrement sur des formats dédiés, comme les fêtes en non-mixité et les ateliers à la production évènementielle portée par Accalmie. Des collaborations régulières avec NOSIG sont établies, notamment pour les soirées GISON, en plus de la Gloria Pride du 15 juin, à partir de 7h. L’objectif est « autant artistique que social » pour permettre à des publics minorisés de se reconnaître dans les personnes présentes sur scène comme dans celles qui occupent le dancefloor.

Le Théâtre 100 Noms inscrit lui aussi son festival au cœur de ses valeurs. D’abord conçu pendant 5 ans comme un festival féministe autour de la journée internationale des femmes, l’équipe intègre depuis cette année « les questions de genre et de fiertés queer » à travers Dégenré·es et son programme de 8 spectacles joués entre le 26 mai et le 6 juin. Le lieu réserve une place dans son hall d’entrée aux stands et appels aux dons de NOSIG, Endomind ou aux collectes solidaires pour Règles Élémentaires. Par ailleurs, un euro du prix du billet leur est reversé. « On essaie de nourrir ces partenariats tout au long de l’année et de leur donner de la visibilité », avance son directeur, Clément Pouillot. Le festival Dégenré·es cherche à sensibiliser aux normes de genre pour « des spectateur·rices qui « se perdent » », venu·es voir un spectacle sans en connaître le sujet et qui repartent touché·es par des problématiques qu’ils ou elles n’avaient jamais explorées.
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Au Katorza, la programmation de CinéPride est entièrement pensée par les bénévoles de NOSIG, dans « une relation de confiance ». Du 23 au 28 juin, le festival est un « espace de découverte de récits et de personnages » encore peu visibles auprès du grand public, selon Caroline Grimault, la directrice du cinéma. « Les gens viennent voir de bons films LGBTQIA+, même s’ils ne sont pas LGBTQIA+ », constate-t-elle. Yanis Teillard, membre de l’équipe CinéPride, apprécie également la continuité dans la programmation des films queer au Katorza, au fil de l’année : « On n’a pas l’impression que notre festival est le seul moment de l’année où les films avec des représentations queer [sont à l’affiche]. »
Des rendez-vous désormais bien installés
Concernant les évènements festifs, l’after Pride 2025 du Warehouse a rassemblé plus de 2 000 personnes, sur une jauge de 2 600. Au Macadam, la Gloria Pride attire généralement entre 1 000 et 1 200 participant·es, soit davantage que les soirées classiques qui réunissent 800 à 1 000 personnes. « Les gens attendent cette Gloria », assure avec enthousiasme Emmanuelle Cavarlé.

Pour les évènements culturels, le Katorza évoque lui aussi un rendez-vous solidement installé. La fréquentation de CinéPride est comparable à celle des autres festivals du cinéma. Pour Caroline Grimault, « les spectateur·rices viennent avant tout pour la qualité des films proposés ». Créé il y a 22 ans, le festival a traversé les évolutions du paysage culturel et de la visibilité des personnes LGBTQIA+. « Je me suis rendue compte que c’était aussi très important pour un public plus jeune dans la construction de son identité », souligne la directrice.
Du côté du festival Dégenré·es, cette édition 2026 a atteint une moyenne de 80 % de remplissage sur les 330 places du théâtre, ainsi que des « retours très positifs du public, des artistes et des associations » selon David Carnel, en charge du marketing et de la communication du lieu.
Des choix de programmation suscitant quelques vives réactions
Cependant, les réactions négatives existent encore, mais elles semblent davantage se manifester en ligne que dans les salles ou les clubs. Le Théâtre 100 Noms en a fait l’expérience lors du changement de nom de son festival. « J’ai découvert le monde des haters », raconte Clément Pouillot. Selon lui, l’apparition du mot “genre” dans le titre a suscité « des commentaires homophobes et misogynes » sur les réseaux sociaux. Une situation qui contraste avec l’accueil réservé au festival par son public.

De même pour le Warehouse qui reçoit parfois des « commentaires haineux », de la part d’internautes ciblé·es par les publicités sans être des habitué·es du club, remarque Rienzo Tandé.
Le Katorza se souvient également d’une période plus tendue au moment des mobilisations contre le mariage pour tous de 2012. Caroline Grimault évoque une édition durant laquelle « le cinéma avait envisagé des mesures de sécurité supplémentaires » après des réactions hostiles observées en ligne.
Pour autant, aucun des quatre lieux ne décrit aujourd’hui un rejet marqué de la part de son public habituel. Au contraire, les organisateur·rices interrogé·es présentent ces rendez-vous comme des temps forts attendus, fréquentés et désormais intégrés à la vie culturelle nantaise, comme le démontre la programmation de MIXT, l’établissement culturel pour le spectacle vivant sorti de terre en décembre 2025, qui poursuivra cette dynamique pour sa prochaine saison 2026/2027.
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