Dès le premier coup d’œil à la devanture des Vagues, l’engagement est clair. « Librairie queer », peut-on lire sur la vitrine. « La grande majorité du fonds, ce sont des livres en lien avec les questions queer, féministes, antiracistes, antifascistes », résume Amandine Heulard, à la tête de la librairie depuis juin 2024 avec son associé Maxime Blanc.
Cette intersectionnalité se retrouve également aux Bien-aimé·e·s. « On est une librairie-café engagée sur différentes luttes et valeurs qui nous ressemblent. On est donc une librairie féministe, queer, antiraciste, anticapitaliste », détaille Marie Guinement, l’une des quatre associées ayant repris en février 2022 ce commerce ouvert 9 ans auparavant. « On ne peut pas faire toutes les manifestations, on ne peut pas tout le temps être partout. Je pense qu’il y a différentes manières de militer et la librairie en est une », ajoute-t-elle.
Clara Da Silva, gérante de Maison Marguerite, qu’elle a ouverte en novembre 2021, précise que l’engagement de sa librairie est à prendre « au sens très très large : féministe, queer, allié·es, écoféminisme. » Elle poursuit : « J’avais envie d’apporter quelque chose d’évident, une sorte de militantisme qui n’en est pas un. Ce qui est important dans nos existences ce sont nos luttes, comment sortir de ce monde capitaliste et patriarcal. »

« C’est tous les mois, la fierté »
Si leur militantisme est commun, leur identité respective est bien définie. « On avait envie de proposer un espace communautaire autour des littératures à notre communauté et à ses allié·es », déclare Amandine. « Les gens viennent ici pour un motif très spécifique. »
Clara, au contraire, tient à l’aspect généraliste de sa librairie, tout en souhaitant éveiller les consciences. Pour elle, « c’est normal dans une librairie généraliste de quartier de trouver des livres engagés. » Il y a donc chez Maison Marguerite des ouvrages de tous genres, neufs ou d’occasion, « sans que ce soit forcément estampillé queer. L’idée c’est de dire “C’est comme ça.” »
De son côté, Marie constate que Les Bien-aimé·e·s sont « un refuge pour beaucoup de personnes, qui viennent pour avoir un instant suspendu dans la librairie. On a tendance à créer beaucoup de liens avec les personnes, par la partie café et puis dans notre manière d’être. J’espère qu’on fait du bien aux gens. »
A l’occasion du mois des fiertés, les trois lieux ont bien évidemment paré leur vitrine du drapeau LGBTQIA+ mais, comme le souligne Marie, « on ne peut pas limiter qu’à un mois, nous c’est toute l’année. » « Pendant le mois de juin, on affiche nos couleurs sur nos vitrines de façon à réaffirmer que c’est important parce que ça fait partie des luttes essentielles », estime Clara qui accueillera ce moi-ci le lancement d’un zine sur la non-binarité. « Mais pour ma vitrine comme pour mes tables, je n’ai pas fait de commande particulière, j’avais déjà tout sur place. », précise-t-elle. Amandine, de son côté a préparé une programmation riche « mais qui n’est pas plus riche que ce qu’elle est habituellement. Le mois des fiertés c’est un moment où on va visualiser notre communauté mais nous c’est tous les mois, la fierté. »

![]()
Plus qu’une clientèle, une communauté
Les trois librairies partagent également une volonté de créer un lien fort avec leur public. Pour Marie, il s’agit de « faire famille autrement. » Amandine souligne l’importance de sa librairie pour sa clientèle : « il y a beaucoup de gens qui disent que c’est la place du village pour la communauté queer. »
C’est sans doute grâce à ce sentiment de communauté que ces trois librairies tirent aussi bien leur épingle du jeu, alors que le secteur a le moral en berne. Si Les Bien-aimé·e·s ont récemment fait un appel à dons, c’était pour financer un nouveau frigo et des travaux dans la partie café, « ce n’est pas la partie librairie qui a péché », précise Marie. Du côté des Vagues, les affaires vont bon train également. « Niveau business, ça marche très bien », déclare Amandine. Les librairies indépendantes étant des commerces peu rentables, « on ne va pas faire énormément de sous », nuance-t-elle, « mais suffisamment pour que ce lieu continue d’exister et que je puisse me payer. »

Amandine a d’ailleurs bénéficié du soutien sans faille de sa clientèle après l’attaque dont la librairie a été la cible l’année dernière : « Pendant un mois, il y a des gens qui se sont relayés toutes les deux heures pour que je ne sois jamais toute seule ici », se remémore-t-elle. Marie a également fait cette expérience : « On est dans le centre-ville donc ça nous arrive d’avoir des personnes qui sont un peu virulentes. Je me souviens d’une fois où une personne a élevé la voix, elle a dit deux mots et quasiment toute la librairie s’est levée pour faire corps. »
Lire aussi
La librairie queer « Les vagues » vandalisée
Si l’avenir financier est plutôt serein, Amandine souligne l’importance encore aujourd’hui des revendications LGBTQIA + : « Si on continue d’être des cibles, si ça insupporte des gens au point de casser des vitrines la nuit ou de péter des gueules en soirée, c’est bien la preuve qu’on doit continuer de se rendre visible et de lutter. »
Article écrit en collaboration avec Louise Bret
Pour aller plus loin :
- Les Vagues, 31 rue de Strasbourg, du mardi au samedi de 11h à 19h
- Les Bien-aimé·es, 2 rue de la Paix, du lundi au samedi de 11h à 19h et le vendredi jusqu’à 21h30
- Maison Marguerite, 6 boulevard de Satlingrad, du mardi au samedi : 10h-13h30 puis 15h-19h sauf jeudi : 15h-21h




