Reportage photos. La mobilisation sociale s’est poursuivie ce samedi partout en France pour la troisième semaine consécutive. Si les revendications sont de plus en plus larges – soutien au mouvement lycéen, dénonciation des violences policières, coût de la vie -, la joie était aussi présente parmi les 15 000 manifestant·es nantais·es, en témoignent les déguisements et pancartes vu·es sur place.
Samedi 31 octobre, près de 15 000 personnes (chiffre de la CGT) se sont rassemblées place de la République pour l’Acte III de la mobilisation sociale actuelle. La date coïncidant avec Halloween, certain·es manifestant·es étaient venu·es déguisé·es. Une façon pour elles et eux de porter leurs revendications d’une façon décalée. Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Comme la semaine précédente, la préfecture de Loire-Atlantique a interdit les manifestations dans le centre-ville de Nantes. Le rassemblement s’est donc fait place de la République, à l’appel de l’intersyndicale. Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Cookie, étudiante, dénonce « l’augmentation des frais de scolarité à l’Université, la quantité d’étudiants dans les amphis », mais aussi « l’utilisation des OGM et des pesticides ». Sa pancarte et son choix de costume reflètent ses préoccupations écologiques. Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Charlotte est street medic depuis trois semaines. En ce début de manifestation, elle distribue des bonbons végétaliens mais se tient prête si des manifestant·es ont besoin de sérum physiologique ou de masques pour se protéger des gaz lacrymogènes. Celle qui est serveuse dans le secteur de la restauration entend protester contre l’attitude du gouvernement. « La jeunesse est censée être l’avenir du pays et tout ce qu’ils font, c’est leur taper dessus. J’ai 30 ans, mais j’ai peur pour l’avenir », confie-t-elle. Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
« On est là pour défendre nos droits et pour défendre le droit à manifester », déclare Emmy (centre), étudiante en histoire de l’art. Elle et ses amies Marie (gauche) et Enola (droite) se sont déguisées « parce que ça allie aujourd’hui le côté festif à la manif ». Enola a choisi de faire référence à la série La Servante écarlate : « Ce qui s’est passé ces derniers jours, ça portait une vibe un peu autoritaire et La Servante écarlate, c’est comme ça que ça commence dans la série. Les femmes n’avaient plus le droit de manifester pour tout le monde et on n’avait pas le droit d’être contre le régime autoritaire. Je pense que ça fait un parallèle. » Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Antoine (nom d’emprunt) suit la mobilisation des lycéen·nes depuis un mois et demi « sans y prendre part ». Il a finalement choisi de manifester parce qu’il se sent « concerné par ce qui se passe en manifestations à propos des violences policières ». Se définissant comme « prolétaire », il dénonce la vie chère : « Je ne m’y retrouve pas financièrement. » Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Morgane (nom d’emprunt) était présente à la manifestation car elle se dit « choquée par toutes les violences qu’il y a eu, par les violences policières et par les interdictions de manifester ». Elle est également inquiète quant à l’issue des élections présidentielles de 2027. « Il y a aussi tout un mouvement d’extrême droite qui prend de plus en plus de place et qui fait de plus en plus peur », déclare-t-elle. Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Juliette, 22 ans, participait à « la toute première manifestation de [s]a vie ». L’étudiante en animation, dont le cochon est « l’animal totem », avait choisi une citation du film d’animation Porco Rosso, d’Hayao Miyazaki. Pour elle, la manifestation est « le seul moyen qu’on a de se faire entendre parce qu’il y a pas trop d’autres choses qu’on peut faire ». Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.Z. et S., lycéennes de 17 ans, avaient opté pour des déguisements colorés et pailletés. « C’est drôle les déguisements, on montre qu’on peut manifester aussi par la joie, qu’on n’est pas battu par tout ce qui se passe », déclare Z. « On ne peut pas accepter la violence qui est mise en réponse face à des revendications qui sont normales de notre part », ajoute-t-elle. S. était également présente en réaction à l’attitude de sa famille : « Je vois mes parents qui sont alarmés par des magasins qui sont cassés. » Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Caroline, 27 ans, n’avait pas participé aux manifestations des deux semaines précédentes. Elle était présente samedi avec des ami·es « en réaction à toutes les violences qu’on a vues ». En plus de son déguisement et de sa pancarte, elle avait prévu masque et sérum physiologique, que la police lui a confisqués. « Il y a quelques études qui sont en train de remonter sur les dangers du gaz lacrymogène sur les femmes et je me dis qu’on nous empêche de nous en protéger », se désole-t-elle notamment en référence au recueil de témoignages lancé par le collectif Lacrymos de sang. Son déguisement est pour elle « un joli pied de nez » à Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, qui a donné la consigne aux manifestant·es de ne pas se couvrir le visage : « J’ai un truc sur la tête mais mon visage est découvert. » Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.
Sur sa pancarte, Émilie propose sa version du slogan satirique « Bismillah c’est les ténèbres », phrase issue d’un message envoyé il y a quelques semaines par un policier infiltré à un lycéen sur Snapchat afin de recueillir des informations sur des blocages. « J’ai lu un article qui expliquait les problèmes que pouvait poser l’utilisation de cette expression », explique cette trentenaire. « Je suis de plus en plus remonté », affirme son ami Alexis. « Normalement tu rentres chez toi après une manif et tu te sens mieux, là tu rentres chez toi et tu es encore plus en colère », renchérit Émilie. De son côté, Léa, la troisième amie du groupe, avoue ne pas être « très à l’aise avec les mouvements de foule » mais a tenu à être présente pour « ne pas juste râler sur [s]on canapé ». Photo : Amélie Fortin, le 31/10/2026.