Nicolas Clauss, rencontré lors du vernissage de son exposition le 22 octobre dernier, présente « Traverser » comme un projet personnel que le Lieu Unique a choisi d’accueillir. Il ne s’agit pas, dit-il, d’une mise en lumière de Nantes ou des Nantaises et Nantais : « c’est pas tant le portrait d’une ville ou d’habitants, c’est plutôt de travailler sur une notion d’espace public ». Cette installation est, pour lui, plutôt d’une invitation à regarder à nouveau les gens « qu’on croise, qu’on ne voit plus ».

« Mon sujet, c’est toujours l’humain, le geste, le corps, le mouvement ».
Filmés au téléobjectif depuis 15 ou 20 mètres, les 217 sujets, assis sur un tabouret au milieu du flux, ressortent ultra-zoomés sur un décor flou : « On ne voit pas vraiment la ville, donc ça pourrait être Nantes, Marseille, Tokyo… » nous explique Nicolas Clauss qui ne souhaite pas montrer « la foule, mais des gens qui s’arrêtent ». L’exposition, plongée dans un univers sonore voulu lent et introspectif, invite les spectateur·ices à déambuler parmi ces 17 maxis-écrans en prenant le temps d’observer chaque protagoniste sous différents aspects. Car, en effet, côté technique, l’artiste a défini sept types de plans et programmé une diffusion aléatoire à partir de règles et de probabilités propres à chaque écran. Chaque visiteur·euse découvre ainsi une exposition unique, qui varie selon la programmatique de l’instant T. Un code qui reste pour lui un médium : « Mon sujet, c’est toujours l’humain, le geste, le corps, le mouvement », nous précise Nicolas.

La fabrique d’un projet collectif
Pour réunir ces nombreux·ses participant·es, Nicolas Clauss a lancé un appel à projet en janvier dernier, enthousiasmant directement les Nantais·es, comme Pascal, participant présent lors du vernissage. Il raconte avoir été contacté par le Lieu Unique, car il avait déjà été bénévole pour un spectacle de théâtre. Le projet lui a paru « séduisant, intéressant » et peu exigeant en énergie. Rue du Calvaire, installé au milieu des passant·es, il a dû s’asseoir, puis descendre et remonter la rue, de dos et de face. La séance a duré environ une heure. Pour lui, la difficulté était « d’avoir toujours un regard fixé à la caméra et de ne pas être perturbé par les passants ».
Morgane, une autre participante, a elle aussi répondu à l’appel à participation que lui a transmis une amie. Elle reconnaît que l’exercice n’était pas évident pour elle : « J’aime pas trop qu’on me prenne en photo ou qu’on me filme, ça me met pas très à l’aise ». Elle retient pourtant un bon souvenir de l’expérience, qu’elle juge « rigolote », et souligne la gentillesse de l’équipe encadrante.
À noter que l’œuvre se construit aussi d’images de personnes issues d’un casting sauvage, directement effectué pendant le tournage et au fil de « croisements de regards spontanés », raconte l’artiste.

Un lieu où « se raconter des histoires »
Les avis récoltés ce soir-là sur le résultat sont plutôt positifs : entre découverte de soi, plaisir de déambuler autour des écrans et étonnement devant l’ampleur de l’installation. Morgane trouve en effet le projet réussi et exprime sa satisfaction face au lieu, qui « mérite d’y passer du temps pour pouvoir s’imprégner et se raconter des histoires ». Elle perçoit l’ambiance comme introspective, parfois trop grave à cause de la musique, mais « avec un peu de poids ». Pascal, lui, même s’il ne s’est pas encore vu à l’écran, apprécie la disposition de l’exposition, à laquelle il ne s’attendait pas, et la longueur des plans : « C’est plaisant de circuler au milieu des écrans. »
Reportage photos réalisé en collaboration avec Amélie Fortin.
Pour aller plus loin
- L’artiste présente également Endless Landscapes, un autre ensemble d’œuvres vidéographiques cette fois-ci plus minimalistes, à retrouver le temps de l’exposition dans la Tour LU.
- Découvrir la programmation complète du Lieu Unique




