25 janvier 2026

Le Zygo Bar souffle ses 14 bougies : « l’âme du lieu, c’est la musique live »

Au milieu de l’ouverture du lieu, et de l’accueil du groupe Little Big 6ter, Fabien Winkler nous a parlé de son établissement : le Zygo Bar. Entre ses valeurs fortes, et ses difficultés à se projeter dans le contexte actuel, l'un des derniers cafés-concerts nantais prend une semaine pour fêter son 14ème anniversaire.

Le Zygo Bar souffle ses 14 bougies : « l’âme du lieu, c’est la musique live »

25 Jan 2026

Au milieu de l’ouverture du lieu, et de l’accueil du groupe Little Big 6ter, Fabien Winkler nous a parlé de son établissement : le Zygo Bar. Entre ses valeurs fortes, et ses difficultés à se projeter dans le contexte actuel, l'un des derniers cafés-concerts nantais prend une semaine pour fêter son 14ème anniversaire.

“Cette semaine, comme tous les ans pendant la semaine d’anniversaire, on a énormément de monde”, se réjouit Fabien Winkler, gérant du Zygo Bar. En ce début d’année 2026, le café-concert nantais invitait toute sa clientèle à venir fêter son anniversaire, avec une programmation sur 5 jours, du mercredi 7 au dimanche 11 janvier. Depuis 14 ans maintenant, ce bar situé rue des Olivettes rassemble une clientèle qui souhaite accéder à une programmation musicale éclectique dans un « bar de quartier à la culture bistro ».

La musique au service du lien social 

Depuis sa création, le Zygo Bar soutient “la promotion de spectacle vivant”, s’exclame son gérant depuis maintenant 9 ans. À ses débuts, l’établissement proposait « du stand-up, de la magie, du théâtre, des débats » avant de se recentrer complètement sur les concerts. Depuis plus d’une décennie, « l’âme du lieu, c’est la musique live ».

JC, un habitué venu assister au concert de Little Big 6ter, affirme que « c’est une petite scène, mais c’est une grande scène à Nantes”. À la fin de ce mois de janvier, le lieu emblématique aura proposé une quinzaine de concerts d’artistes varié.e.s, en solo comme en groupe, de la musique blues à la pop électro, en passant par des influences balkaniques ou encore berbères. Cette programmation est représentative de ce qu’on peut retrouver dans ce bar toute l’année.

Little Big 6ter, un groupe de Folk / Trash Blues Angevin, ne tient pas sur la « petite scène » du Zygo Bar. @Ewen Le Pennec 10/01/2026

Le Zygo Bar se veut avant tout un lieu de rencontre et de partage. La musique en étant le premier vecteur là-bas, c’est par la programmation que Fabien tente de « métisser » sa clientèle. « On va avoir du blues, on peut avoir du jazz, on peut avoir de la musique africaine, on peut avoir de la musique latine, ça joue beaucoup, tu vas parler à des communautés », indique-t-il. Il travaille également pour « avoir plus de femmes sur scène, pas forcément que chanteuse, mais aussi musiciennes ».

« J’espère être une oasis de bienveillance », nous dit le patron du café-concert en souriant. Si une chose lui tient à cœur, c’est bien que chacun.e puisse se sentir bien et en sécurité. « J’ai pas mal de mes copains qui m’ont dit que c’était chouette ici. », confirme Sam au sujet du café dans lequel elle se rend pour la première fois. Parmi les enjeux de ce véritable lieu de vie, la solitude fait partie de ceux qui restent à la porte. « C’est un peu notre rôle, il y a une part de social dans ce qu’on fait. », soutient le tenancier. « Même quand je vivais à 50 km, je venais spécialement parce qu’il y a aussi un côté chaleureux, il y a cette proximité, moi je me suis carrément fait des potes, parce que la musique ça rassemble. », nous rapporte Séverine, une cliente des premières heures de l’établissement.

Le Zygo Bar plus que plein pour assister au concert live. @Ewen Le Pennec 10/01/2026

Une nécessité de s’adapter face à une précarisation de la sphère culturelle

Dans un contexte où la culture est de moins en moins soutenue par les collectivités locales, l’avenir du Zygo Bar est plus que jamais dépendant de son niveau de fréquentation. Fabien déplore avoir eu à « réduire la voilure » en passant de 5 à 3 concerts hebdomadaires, et à imposer un prix d’entrée à 5€ les soirs d’évènement. Ces changements étaient néanmoins nécessaires pour respecter une des convictions majeures du lieu : la rémunération des artistes. « C’est un vrai combat que je tiens, auquel je n’ai pas du tout envie de céder », souligne-t-il. Séverine, comme d’autres client.e.s, semble apprécier le souci que le bar porte à sa clientèle, comme aux professionnel.le.s de la culture : « Ça aurait pu être 8€ aujourd’hui, ou 10. ». « Tu as plein d’endroits où quand t’es Zikos, tu as le droit à une vache qui rit et un bout de pain. »  confirme JC, également actif dans la scène musicale nantaise.

« Tant que les gens continuent à venir, on peut le faire. »

L’établissement fait partie du collectif Bar-Bars, et en défend les valeurs : l’accès à l’offre culturelle pour tous.tes, et la reconnaissance de la place privilégiée des petits lieux de spectacle auprès de la population. Le soutien de Zygo Bar aux cafés-concerts nantais et celles.eux qui l’incarnent ne s’arrête pas là. Fabien tient seul l’établissement depuis 9 ans, et fait appel à du renfort l’hiver, ou lors des périodes de forte affluence. Il a notamment choisi d’embaucher l’ancien patron du Rouge Mécanique, un café-concert nantais aillant dû mettre la clé sous la porte au printemps 2023. Lui-même avait fait ses armes au Zygo Bar avant d’ouvrir son établissement en 2015.

Fabien est très conscient que la clé de voute de la pérennité de son établissement est sa clientèle : « Tant que les gens continuent à venir, on peut le faire. ».

À savoir sur le Zygo Bar 

  • Horaires d’ouverture : du mardi au samedi, de 18h à 2h.
  • Adresse : 35 rue des Olivettes, 44000 Nantes
  • Sur les réseaux : Instagram | Facebook

Ewen, éducateur spécialisé, a rejoint l’équipe de Fragil à Nantes depuis septembre 2025. Il y voit dans ce média associatif, un espace pour créer du lien et défendre ses valeurs.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017