11 février 2026

Le Marché du Kiff : « un autre champ des possibles » pour questionner le désir

Le Marché du Kiff explore le désir, l'intimité et leurs représentations. Porté par l'illustratrice Aysel, l'événement revient pour une deuxième édition les samedi 14 et dimanche 15 février 2026, quartier Dalby. Marché de créateur·ices, ateliers, projection de film et DJ set attendront les Nantais·es.

Le Marché du Kiff : « un autre champ des possibles » pour questionner le désir

11 Fév 2026

Le Marché du Kiff explore le désir, l'intimité et leurs représentations. Porté par l'illustratrice Aysel, l'événement revient pour une deuxième édition les samedi 14 et dimanche 15 février 2026, quartier Dalby. Marché de créateur·ices, ateliers, projection de film et DJ set attendront les Nantais·es.

« J’avais envie de créer un espace de rencontre avec des artistes qui questionnent la notion de désir », explique Aysel, organisatrice du Marché du Kiff et illustratrice sous le nom de Torrent de Lune. Après une première édition centrée sur un marché artistique, l’événement évolue cette année, accueilli par le bar associatif La Dérive, les 14 et 15 février 2026. Cette fois-ci, des temps d’échange et de sensibilisation permettront d’approfondir les enjeux abordés et de s’évader des représentations dominantes.

Aysel / Torrent de Lune présente cette illustration où une sirène recueille un marin. Une représentation du désir sans domination ni injonction à la performance. Le 21 janvier 2026 © Amélie Fortin

Un week-end pour voir le désir autrement

Le Marché du Kiff repose sur la diversité des œuvres de la dizaine d’artistes ayant répondu présent·es. Illustrations, dessins, photographie, fanzine, objets et accessoires, arts plastiques ou encore tatouage… Le désir y est abordé comme une expérience multiple, loin d’une vision unique ou figée. Et surtout, comme l’a souhaité Aysel, loin du male gaze, qui sexualise la femme d’un point de vue masculin. Pour cette artiste installée à Nantes depuis deux ans : « Les arts visuels sont importants, mais le désir peut aussi passer par les textes et plein d’autres formes. » Sur les stands, chaque artiste proposera une lecture singulière du désir, qui dialoguera avec celles des autres.

Marcel Bretelle par exemple, qui se définit comme une barbouilleuse de chair, raconte : « J’utilise beaucoup de médiums pour représenter et modeler les corps, mon sujet préféré. » Elle porte une attention toute particulière aux « corps gros », peu représentés : « Ça permet de montrer qu’on existe et d’érotiser ces corps trop souvent asexualisés. »

Marcel Bretelle (à gauche) et Clarisse / Claermind (à droite), chacune entourée de ses œuvres respectives. Le 3 février 2026 © Nathan Brunaud

Même volonté d’élargir le regard chez la photographe autodidacte Clarisse, dont le nom d’artiste est Claermind, également présente tout le week-end : « Je travaille beaucoup avec les questions de corps, de sensualité et de représentation des diversités. » À travers son objectif, elle entend proposer « des corps et des vécus différents pour les retranscrire au mieux », ce qui permet à chacun.e de se reconnaître dans les images exposées et aux modèles photos de se réapproprier leurs corps.

Parmi les créatrices présentes, Marion Chapelain, plus connue sous le nom de Maria Cara, propose des objets faits main en sequins et paillettes. D’abord pensée pour tourner en dérision le sexe masculin, sa démarche a évolué, à l’approche du Marché du Kiff, vers une réflexion plus militante : « J’ai choisi de représenter uniquement des vagins, pour les mettre en valeur et les afficher fièrement, car ce n’est pas tabou. »

Marion Chapelain / Maria Cara présente l’une des créations : un porte-clé vagin en broderie et en perles. Le 31 janvier 2026 © Louise Bret

Des ateliers pour trouver les mots et poser des bases

Le Marché du Kiff proposera plusieurs ateliers pour embarquer les visiteur·rices au cœur de la thématique. Parmi eux, deux ateliers d’écriture animés par Léa Cavaro, autrice de fanzines et de poésie érotique, axés autour de « l’expression du désir » et de la manière de « trouver les mots pour le dire ». Les séances reposeront sur des jeux d’écriture guidés, dans une pièce à part, à l’écart du marché : « Je vais guider tout le long, personne ne sera obligé de parler de sa vie intime », tient à préciser l’ancienne professeure de français.

Léa Cavaro déplie son recueil Haïculs, mélange de photos, collages et courts poèmes. Le 21 janvier 2026 © Amélie Fortin

Autre temps fort du week-end, un atelier de sensibilisation autour des violences sexistes et sexuelles en milieu festif, animé par l’association disQutons. « L’idée, c’est de poser des bases communes », annonce Marion De Almeida Braga, animatrice socio-éducative. Plusieurs situations concrètes, notamment comment s’en protéger et réagir en tant que témoin, seront abordées le samedi à 17h. Intervenir dans un événement grand public est essentiel pour « redonner le contrôle non pas aux agresseurs, mais à toutes les autres personnes qui peuvent intervenir et qui n’osent pas ». Une approche qui s’inscrit pleinement dans l’esprit du Marché du Kiff, où plaisir et sécurité vont de pair.

À noter que le dimanche après-midi à 15h, un atelier de fabrication d’anneaux contraceptifs, animé par le collectif Les Gonades, abordera la contraception masculine, sous un angle pratique et accessible.

Un « espace safe » pour créer, apprendre et se rencontrer

Pour Aysel, parler de désir amène à poser un cadre sécurisant, car « quand il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir ». D’où l’importance de penser l’événement dans un lieu accueillant, bien configuré et associatif, comme La Dérive, où elle se sent bien. Elle le reconnaît : « Ça matchait bien avec le projet. »

Cette organisation bénéficie aussi aux artistes. Plusieurs d’entre elles expliquent que leur travail a du mal à trouver de l’écho dans des manifestations plus conventionnelles. « J’ai souvent été refusée [dans les expositions] car ça peut déranger », confie Clarisse, photographe pluridisciplinaire. Marcel Bretelle partage cette même expérience : « On m’a déjà dit : “je ne mettrais pas ça sur mes murs”. »

C’est en Italie, lors d’un séjour en Erasmus, que Camille Deschiens découvre sa passion pour les crayons de couleur. Le 31 janvier 2026 © Louise Bret

Le Marché du Kiff permet alors de légitimer des œuvres parfois confidentielles, en plus d’être un moment propice au partage. Même pour Camille Deschiens, illustratrice habituée à une reconnaissance de la presse et des maisons d’édition, ce type de rencontre compte « pour ouvrir son regard ». Dans son travail, centré sur l’intimité et les relations hétérosexuelles, elle revendique une approche sensible et attentive : « Le dessin permet de faire circuler quelque chose ». Une manière, pour elle aussi, de penser le désir dans le silence, l’observation et la nuance, au-delà des représentations attendues. Un espace où différentes sensibilités peuvent coexister, sans hiérarchie.

Léa Cavaro constate aussi qu’« on manque de mots et d’endroits pour parler de désir, de tendresse, d’amour ». Clarisse la rejoint : « On s’est fait notre propre endroit et je trouve ça chouette ! »

En réunissant artistes, intervenant·es spécialisé·es et public autour du désir, le Marché du Kiff propose plus qu’un simple marché de créateur·ices pendant la Saint-Valentin. Il ouvre un espace de réflexion, d’expérimentation et de rencontres, accessible à tou·tes. Comme le résume Maria Cara : « Il ne faut pas avoir peur d’explorer, de s’explorer. »

 

Article écrit en collaboration avec Louise Bret et Nathan Brunaud.

 

Informations pratiques

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Aysel (@aysel_madhatter)

Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017