8 mars 2026

Exposition Sorcières : défaire la fabrique de l’ennemie

Reportage photos. Au château des ducs de Bretagne, l’exposition Sorcières interroge la construction d’une figure longtemps associée au danger et à la transgression. De l’Antiquité à aujourd’hui, le parcours montre comment peurs collectives, croyances religieuses et discours politiques ont contribué à désigner les sorcières comme des menaces, pour mettre en lumière les mécanismes de domination exercés contre les femmes.

Exposition Sorcières : défaire la fabrique de l’ennemie

08 Mar 2026

Reportage photos. Au château des ducs de Bretagne, l’exposition Sorcières interroge la construction d’une figure longtemps associée au danger et à la transgression. De l’Antiquité à aujourd’hui, le parcours montre comment peurs collectives, croyances religieuses et discours politiques ont contribué à désigner les sorcières comme des menaces, pour mettre en lumière les mécanismes de domination exercés contre les femmes.

Jusqu’au 28 juin 2026 au musée d’histoire de Nantes, Sorcières invite à regarder autrement une figure longtemps reléguée aux contes et aux légendes. Pendant plusieurs siècles en Europe, des femmes ont été accusées de sorcellerie, jugées et exécutées. Derrière ces procès, des mécanismes sexistes ont transformé certaines femmes en coupables idéales. L’histoire des sorcières explorée par l’exposition montre ainsi comment une société peut fabriquer une ennemie pour maintenir son ordre social.

L’exposition s’ouvre sur une immersion dans l’imaginaire des sorcières. Des œuvres contemporaines, comme Into the Woods d’Iris van Dongen, convoquent les motifs familiers des contes et de la culture populaire. Une entrée en matière qui montre combien cette figure hante encore les représentations actuelles. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

À l’étage, l’exposition quitte l’univers des contes pour adopter une approche chronologique, de l’Antiquité aux chasses aux sorcières de l’époque moderne. En fil rouge, montrer comment la figure de la sorcière s’est construite progressivement dans les sociétés européennes. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

La statue de la déesse Hécate rappelle que les pratiques magiques existaient déjà dans l’Antiquité, où les rituels font partie du quotidien. La figure de la sorcière criminelle apparaît plus tard, lorsque la magie commence à être associée à une menace pour l’ordre social. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

Au Moyen Âge, magie, religion et croyances populaires coexistent. Contrairement aux idées reçues, la grande chasse aux sorcières n’a pas encore commencé. À partir de la fin du Moyen Âge et à l’époque moderne, les autorités religieuses et politiques associent la sorcellerie à l’hérésie et au crime, contribuant à construire une figure inquiétante, très souvent féminine. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

La commissaire de l’exposition, Krystel Gualdé, devant Circé la magicienne de John William Waterhouse. Cette œuvre du début du XXᵉ siècle illustre un retournement progressif du regard porté sur la sorcière : d’ennemie redoutée, elle devient parfois une figure de femme puissante et mystérieuse. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

Les visiteur·euses circulent entre peintures, gravures, manuscrits et objets historiques. Le parcours rassemble près de 180 œuvres issues de musées et de collections européennes. Ensemble, elles permettent de comprendre comment les accusations de sorcellerie ont nourri un imaginaire persistant autour de la peur des femmes jugées dangereuses. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

À la fin de l’exposition, des photographies de manifestations féministes témoignent d’une réappropriation contemporaine de la figure de la sorcière. Dans plusieurs pays, elle devient un symbole de résistance face aux violences et aux discriminations subies par les femmes. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

Le catalogue de l’exposition prolonge la réflexion sur cette figure complexe, jusqu’à la pop culture et les mouvements féministes actuels. L’exposition elle-même aborde ces usages contemporains plus brièvement, en privilégiant une approche historique centrée sur les faits et les imaginaires. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

L’entrée du château des ducs de Bretagne annonce l’exposition Sorcières. Présentée au musée d’histoire de Nantes jusqu’au 28 juin 2026, elle rassemble près de 180 œuvres consacrées à cette figure, entre histoire, croyances et imaginaires. Le 5 février 2026 © Amélie Fortin

Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise. Son portrait

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017