30 novembre 2025

Art to Play : un festival « de passion et de bienveillance »

L’Art to Play ouvrait sa 14e édition le week-end du 16 et 17 novembre 2025. Véritable point de rendez-vous pour tout.es les passionné.es de pop culture et de culture japonaise, le festival se déroulait au Parc des Expositions dans un cadre qui se voulait le plus inclusif possible.

Art to Play : un festival « de passion et de bienveillance »

30 Nov 2025

L’Art to Play ouvrait sa 14e édition le week-end du 16 et 17 novembre 2025. Véritable point de rendez-vous pour tout.es les passionné.es de pop culture et de culture japonaise, le festival se déroulait au Parc des Expositions dans un cadre qui se voulait le plus inclusif possible.

On se sent en sécurité ici”, confiait une festivalière à propos du Grand Palais, en plein cœur du festival Art to Play. Elle précisera « au milieu de tout les artistes on est dans un environnement plus queer friendly qu’ailleurs. On sent une vrai évolution d’éducation par rapport au pronom. » L’événement Art to Play se déroulait le week-end du 16 et 17 novembre 2025. Ce festival de pop culture et de culture japonaise, qui entre ses stands de nourritures asiatiques, séances de dédicaces et initiations au jeu de rôle proposait une fenêtre sur la place des femmes et minorités de genre dans la culture d’internet.

Un festival volontaire

Situé au Parc des Expositions, les mots d’ordres de cette 14e édition étaient “passion et bienveillance” rappelle Elodie Nopre, cheffe de projet. Car oui, cette année, la convention poursuivait un tournant engendré depuis l’édition précédente. L’objectif était d’améliorer son écoute auprès de ses visiteur.euses et de toujours veiller à leur bien être. Ainsi, un nouvel “espace calme” a émergé, lieu où toute personne souhaitant s’éloigner du bruit constant peuvent venir se ressourcer.

Fort de son succès, Art to Play a vu sa popularité augmenter depuis sa création en 2013. Malheureusement cela ne s’est pas accompagné que d’avantages : en 2023, l’organisation a pu avoir vent de 3 plaintes concernant des violences sexistes et sexuelles (VSS). Afin d’améliorer la prévention concernant ces violences,  le festivalArt to Play a collaboré avec l’association les Catherinettes pour la seconde année consécutive en 2025.

Une association veille au bien-être

Les Catherinettes est une association de prévention contre les VSS, ces dernières regroupent les violences « dans la classification pénale qui comprennent l’outrage sexiste jusqu’au viol en passant par l’exhibition sexuel, le voyeurisme… Mais comprennent aussi toutes les micro-violences, discrimination à l’embauche, refus de promotion car on est enceint.e […] et enfin les violences de genre. » nous explique Mélanie Gourvès, directrice de l’initiative. Pour lutter iels suivent deux axes : la prévention, en formant les équipes des festivals, et un dispositif de prise en charge des victimes. 

Stand des Catherinettes au grand Palais, niveau 3. le 16/11/25 crédit: Brunaud Nathan

Avec un stand situé dans le Grand Palais, iels pouvaient y sensibiliser les visiteur.euses et y recueillir les témoignages. L’équipe se tenait prête à réagir en cas d’agression et à assurer la sécurité et l’écoute des victimes, leur accompagnement vers des structures de soutien et l’isolement de l’auteur.ice via la sécurité du festival. 

L’équipe des Catherinettes a rencontré des défis uniques à Art to Play. « L’absence de consommation d’alcool ou de produit stupéfiants laisse place à un public plus familial où même des mineur.es peuvent être exposé.es » soulignait la directrice de l’association, avant de compléter : « c’est l’un des seuls évènements où il y a autant de public neuro-atypiques » ce qui « nécessite une préparation supplémentaire pour un accompagnement plus adapté. »

La communauté du cosplay particulièrement exposée

Le parc des expositions a vu passer dans les « 17 000 de festivalier.es par jour« . Une bonne partie d’entre elleux sont venu.es cosplayé.es ( déguisé.es en personnages de fiction). Cependant lors d’évènements similaires, il n’est pas rare qu’iels se retrouvent confronté.es à des comportements intrusifs : photo prise sans accord, contacts physiques non consentis, non-respect des accessoires… 

Cosplayer Iron man posant dans l’espace extérieur du festival. Le 16/11/25 crédit brunaud nathan

Ainsi, en prévention à de tel actes, un gigantesque panneau rappelait que les zones intimes (hautes et basses) devaient être couvertes peu importe le sexe. La cheffe de projet précisait ici que « le but n’est pas de rejeter la faute sur les cosplayer.euses » mais bien « d’éviter certains extrêmes« . De plus, le festival Art to Play interdisait la pratique des free hug ( câlin gratuit) qui a vu des excès par le passé. Ces règles visant à réduire le nombre de débordements doivent cependant être soutenus par une meilleure instruction des visiteur.euses, affirmait Elodie Nopre: “De réels changements ne sont possibles que par une évolution de mentalité dans le rapport au cosplayeur.euses”.

Une place pour tout le monde

Art to Play était « très accessible au PMR » se réjouit un festivalier en fauteuil roulant, « les infrastructures sont déjà prêtes » soulignait t-il en parlant des rampes d’accès, « les couloirs suffisamment larges« , ajoutant qu’il pavait pu entrer « sans frais« . Une ombre au tableau : l’absence de tarification adaptée pour les foyers les plus modeste.

De l’autre côté des stands, la convention a déployé un dispositif « vu nul part ailleurs » selon un vendeur. Il s’agissait de gratuités pour les artistes exposant.es. Iels ont été sélectionné.es par un concours réunissant près de « 1000 candidatures » pour plus de « 200 places » sur critères de la « qualité des productions » et « d’une recherche de diversité créative » précisait Elodie Nopre. Une démarche qui semblait être acclamée, «  la gratuité des stands pour les créateurs est vraiment cool en comparaison à d’autres convention où la table peut être dans les 500 » dit une artiste.

Art to Play de 2025 aura recensé 11 signalements de VSS en 2025 contre 8 en 2024.  Une majorité  de ces signalements “concernaient de la violence vécue en dehors de la convention”.  Bien que toutes les mesures  prises ne soient que palliatives, elles jettent la lumière sur ces problèmes concrets et permettent de donner plus de visibilité à ces injustices. Mélanie Gourvès conclut :”Quand on est témoin il est important de réagir, sans se mettre en danger bien sûr. C’est toujours difficile d’être la première personne à agir mais très souvent cela entraîne les autres personnes alentour à réagir avec nous. C’est très important de réagir car ça peut sauver quelqu’un”.

Novice en journalisme mais conscient du poids de l’information dans la société, Nathan a rejoint l’équipe bénévole de rédacteur·ices du webzine Fragil en octobre. Il espère profiter de cette expérience pour découvrir la vie locale nantaise avec une plus grande ouverture mais également mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de l’information.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017