“On se sent en sécurité ici”, confiait une festivalière à propos du Grand Palais, en plein cœur du festival Art to Play. Elle précisera « au milieu de tout les artistes on est dans un environnement plus queer friendly qu’ailleurs. On sent une vrai évolution d’éducation par rapport au pronom. » L’événement Art to Play se déroulait le week-end du 16 et 17 novembre 2025. Ce festival de pop culture et de culture japonaise, qui entre ses stands de nourritures asiatiques, séances de dédicaces et initiations au jeu de rôle proposait une fenêtre sur la place des femmes et minorités de genre dans la culture d’internet.
Un festival volontaire
Situé au Parc des Expositions, les mots d’ordres de cette 14e édition étaient “passion et bienveillance” rappelle Elodie Nopre, cheffe de projet. Car oui, cette année, la convention poursuivait un tournant engendré depuis l’édition précédente. L’objectif était d’améliorer son écoute auprès de ses visiteur.euses et de toujours veiller à leur bien être. Ainsi, un nouvel “espace calme” a émergé, lieu où toute personne souhaitant s’éloigner du bruit constant peuvent venir se ressourcer.
Fort de son succès, Art to Play a vu sa popularité augmenter depuis sa création en 2013. Malheureusement cela ne s’est pas accompagné que d’avantages : en 2023, l’organisation a pu avoir vent de 3 plaintes concernant des violences sexistes et sexuelles (VSS). Afin d’améliorer la prévention concernant ces violences, le festivalArt to Play a collaboré avec l’association les Catherinettes pour la seconde année consécutive en 2025.
Une association veille au bien-être
Les Catherinettes est une association de prévention contre les VSS, ces dernières regroupent les violences « dans la classification pénale qui comprennent l’outrage sexiste jusqu’au viol en passant par l’exhibition sexuel, le voyeurisme… Mais comprennent aussi toutes les micro-violences, discrimination à l’embauche, refus de promotion car on est enceint.e […] et enfin les violences de genre. » nous explique Mélanie Gourvès, directrice de l’initiative. Pour lutter iels suivent deux axes : la prévention, en formant les équipes des festivals, et un dispositif de prise en charge des victimes.

Stand des Catherinettes au grand Palais, niveau 3. le 16/11/25 crédit: Brunaud Nathan
Avec un stand situé dans le Grand Palais, iels pouvaient y sensibiliser les visiteur.euses et y recueillir les témoignages. L’équipe se tenait prête à réagir en cas d’agression et à assurer la sécurité et l’écoute des victimes, leur accompagnement vers des structures de soutien et l’isolement de l’auteur.ice via la sécurité du festival.
L’équipe des Catherinettes a rencontré des défis uniques à Art to Play. « L’absence de consommation d’alcool ou de produit stupéfiants laisse place à un public plus familial où même des mineur.es peuvent être exposé.es » soulignait la directrice de l’association, avant de compléter : « c’est l’un des seuls évènements où il y a autant de public neuro-atypiques » ce qui « nécessite une préparation supplémentaire pour un accompagnement plus adapté. »
La communauté du cosplay particulièrement exposée
Le parc des expositions a vu passer dans les « 17 000 de festivalier.es par jour« . Une bonne partie d’entre elleux sont venu.es cosplayé.es ( déguisé.es en personnages de fiction). Cependant lors d’évènements similaires, il n’est pas rare qu’iels se retrouvent confronté.es à des comportements intrusifs : photo prise sans accord, contacts physiques non consentis, non-respect des accessoires…

Cosplayer Iron man posant dans l’espace extérieur du festival. Le 16/11/25 crédit brunaud nathan
Ainsi, en prévention à de tel actes, un gigantesque panneau rappelait que les zones intimes (hautes et basses) devaient être couvertes peu importe le sexe. La cheffe de projet précisait ici que « le but n’est pas de rejeter la faute sur les cosplayer.euses » mais bien « d’éviter certains extrêmes« . De plus, le festival Art to Play interdisait la pratique des free hug ( câlin gratuit) qui a vu des excès par le passé. Ces règles visant à réduire le nombre de débordements doivent cependant être soutenus par une meilleure instruction des visiteur.euses, affirmait Elodie Nopre: “De réels changements ne sont possibles que par une évolution de mentalité dans le rapport au cosplayeur.euses”.
Une place pour tout le monde
Art to Play était « très accessible au PMR » se réjouit un festivalier en fauteuil roulant, « les infrastructures sont déjà prêtes » soulignait t-il en parlant des rampes d’accès, « les couloirs suffisamment larges« , ajoutant qu’il pavait pu entrer « sans frais« . Une ombre au tableau : l’absence de tarification adaptée pour les foyers les plus modeste.
De l’autre côté des stands, la convention a déployé un dispositif « vu nul part ailleurs » selon un vendeur. Il s’agissait de gratuités pour les artistes exposant.es. Iels ont été sélectionné.es par un concours réunissant près de « 1000 candidatures » pour plus de « 200 places » sur critères de la « qualité des productions » et « d’une recherche de diversité créative » précisait Elodie Nopre. Une démarche qui semblait être acclamée, « la gratuité des stands pour les créateurs est vraiment cool en comparaison à d’autres convention où la table peut être dans les 500€ » dit une artiste.
Art to Play de 2025 aura recensé 11 signalements de VSS en 2025 contre 8 en 2024. Une majorité de ces signalements “concernaient de la violence vécue en dehors de la convention”. Bien que toutes les mesures prises ne soient que palliatives, elles jettent la lumière sur ces problèmes concrets et permettent de donner plus de visibilité à ces injustices. Mélanie Gourvès conclut :”Quand on est témoin il est important de réagir, sans se mettre en danger bien sûr. C’est toujours difficile d’être la première personne à agir mais très souvent cela entraîne les autres personnes alentour à réagir avec nous. C’est très important de réagir car ça peut sauver quelqu’un”.