Sac à dos jaune vissé sur le dos, Elina, travailleuse sociale au Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud), fait l’inventaire : « On a un kit contenant des pipes à crack avec plusieurs embouts, pour éviter les transmissions de virus, du bicarbonate de soude, utilisé pour ‘baser le crack’ (préparer un mélange pour transformer la cocaïne en crack). Parfois c’est de l’ammoniaque qui est utilisé, ce qui est très nocif. » Louise, infirmière, complète : « On a aussi des seringues, des cups, des doses d’eau, de vitamine C (qui sert à débaser l’héroïne, la dissoudre, NDLR) et de la naloxone pour éviter les overdoses aux opioïdes. »

Un lieu d’accueil et de soins pour tous-tes les usager·ères
Ce mardi 27 octobre 2026, à 18h, les deux collègues sortent de leur local pour partir en maraude. « On tient des permanences tous les jours mais les maraudes restent le meilleur moyen de venir en aide à des personnes qui n’auraient pas forcément accès au local », résume Elina. Cela fait sept ans que la Nantaise effectue ces rondes du soir.
Arrivées place du Commerce, elles repèrent une première consommatrice qui leur demande un « pipo » et du « bica » : une pipe à crack et du bicarbonate de soude. L’échange est cordial mais rapide. Elina et Louise rappellent alors l’existence du Caarud, qui est un lieu d’accueil et de soin anonyme et gratuit pour tous-tes les usager·ères.

La HSA, un lieu qui « préviendrait un tas de soucis de santé »
Lieu de prévention de la réduction des risques, le centre n’est pas habilité à encadrer la prise de drogues. Mais un projet de Halte soins addictions (HSA) pourrait venir compléter le travail des professionnel·les de l’addiction à Nantes. Le 9 octobre dernier, le conseil municipal de Nantes a adopté, à l’unanimité, un vœu demandant à l’État de permettre l’ouverture d’une HSA à Nantes. « Ça serait un lieu adapté à la prise de drogues avec du matériel stérile, qui préviendrait un tas de soucis de santé », défend Louise qui a travaillé à la HSA de Paris.

En France, ces centres sont en expérimentation depuis dix ans. « Les études documentent le fait qu’ils répondent à un besoin d’aide aux soins. Au-delà de la problématique de la tranquillité, il s’agit d’une question de santé publique », juge Sterenn Gousset, directrice de l’association Oppélia 44, en charge du Caarud à Nantes. Malgré l’espoir que constitue ce projet, « ça va prendre du temps », tempère-t-elle. L’élection présidentielle de 2027 pourrait aussi le requestionner.

« J’ai perdu dix kilos en une semaine. C’était très dur »
Sur le cours des 50 otages, un homme interpelle les deux maraudeuses afin de leur demander une pièce de monnaie. « Je ne vous ai pas reconnu », réalise-t-il alors. Slim, Nantais d’une trentaine d’années, vit dans la rue. Il raconte : « Cet été j’ai passé 23 jours à l’hôpital parce que j’avais une infection et un staphylocoque doré. J’ai perdu dix kilos en une semaine, c’était très dur. Tout ça à cause d’une levure présente dans un citron qui m’avait servi à baser ma drogue. »
Des usager·es indentifié·es et des services qui « saturent »
De retour au bureau, Elina et Louise recensent chaque échange qu’elles ont eu ce soir dans leur logiciel. « Nous avons vu sept personnes à qui on a donné du matériel. Elles étaient toutes déjà dans notre base de données », analysent-elles. Hors maraudes, l’association enregistre entre trente et quarante passages par jour au local de Nantes. « Les services saturent. Il faut renforcer », souligne Sterenn Gousset.
Pour aller plus loin
– Le Caarud à Nantes




