« On met tout ce qui nous plaît dans la prog’. » Depuis presque 7 ans, Belle de Jour revendique une culture de quartier, ouverte et plurielle, où la programmation sert autant à créer du lien qu’à donner un espace à la création artistique. À sa tête, les trois Nantais·es d’adoption Jeanne, Benoît et Quentin fabriquent l’agenda culturel au quotidien, façonné par leurs goûts différents et des contraintes bien réelles.
Des choix esthétiques assumés
La programmation de Belle de Jour se veut d’abord « assez éclectique », annonce Benoît, à l’initiative de la création du lieu. Concerts, DJ sets, théâtre d’improvisation, stand-up, expos et autres formats se succèdent au fil des soirs. Pour structurer l’ensemble, l’équipe parle de « cases » et de « rendez-vous », des repères réguliers pour le public, qui rythment le lieu.

Jeanne Caillaudeau, Benoît Dalle et Quentin Hadj Tayeb, réunis dans le bar aménagé à l’étage de Belle de Jour. Le 27 janvier 2026 © Amélie Fortin
Ces choix se construisent à plusieurs voix. « On n’a pas tous les mêmes goûts, même entre nous trois », rappelle Benoît, en souriant. Jeanne, qui a rejoint le projet dès ses débuts, évoque un rapport intime à la culture : « Ça reste de prime abord des choix esthétiques. » Ici, pas de ligne artistique figée, ni de grille de sélection formalisée.
Sur la question de la parité et de la mixité dans le choix des artistes, Jeanne le reconnaît : « Quand un groupe nous plaît, on ne se pose pas forcément la question. » Une position assumée, mais pas figée. « On aimerait tendre là-dedans », ajoute-t-elle. Quentin, associé de l’aventure depuis 2021, complète : « On aimerait faire davantage, peut-être l’intégrer plus systématiquement. »

Depuis 2019, Belle de Jour est un lieu incontournable du quartier Saint-Donatien, à l’est du centre-ville de Nantes.
L’esthétique n’exclut pas les partis pris. Belle de Jour héberge régulièrement des événements féministes et en mixité choisie. Benoît évoque « un rendez-vous féministe tous les mois », précisant que « ça fait partie de l’ADN du lieu ».
Faire se croiser des publics
Pour Quentin, ex-ingénieur du son, l’agenda culturel a une fonction sociale : « L’ambition, c’est de se faire croiser plein de personnes différentes » qui, ailleurs, ne se croisent pas. « Même s’ils ne se connaissent pas et qu’ils ne sont pas du même monde », précise-t-il.
Cette intention a aussi une portée politique, au sens large. Quentin parle « d’un lieu qui représente la société telle qu’on aimerait qu’elle soit ». Pour y parvenir, Belle de Jour refuse de se spécialiser. Quentin souligne : « On ne s’enferme pas à être un bar à DJ set ou un bar de théâtre. »

Belle de Jour accueille chaque mois un atelier d’illustration botanique, animé par Anaïs. Le 27 janvier 2026 © Amélie Fortin
Certains événements rassemblent un public militant, d’autres des habitant·es du quartier. Jeanne, ancienne professionnelle des ressources humaines, observe que ces publics se mélangent, parfois de manière inattendue. Elle raconte aussi que le lieu accueille gratuitement des associations en début de semaine, en cohérence avec les valeurs sociales et environnementales portées par le lieu.
Pour que ces croisements se fassent dans un climat de respect, l’équipe pose des limites. Une partie du personnel a suivi une formation de sensibilisation aux discriminations, proposée par Nosig, le centre LGBTQIA+ de Nantes. « Ils ont tous des clés pour intervenir », explique Jeanne. Benoît ajoute : « On a déjà blacklisté des gars et des nanas qui avaient des remarques déplacées. »
Composer avec les réalités du secteur
Concernant la programmation de concerts, Benoît, qui a longtemps travaillé dans le monde du cinéma et de l’édition vidéo, est sans détour : « À part le GIP Cafés Cultures, on a très peu d’aide. » Il s’agit d’un dispositif qui aide financièrement ces lieux à embaucher des artistes et technicien·nes pour organiser des concerts et spectacles. Chaque live doit alors trouver son public pour être viable. « Il faut vendre des bières », conclue-t-il.
Cette réalité a d’ailleurs conduit l’équipe à privilégier la scène locale. « Ils ont déjà un public qui les suit », explique le passionné de musique et de cinéma. Les tentatives de soirées avec des groupes venus d’ailleurs se sont souvent soldées par des échecs. « On s’est pris beaucoup de fours », raconte-t-il. Des expériences coûteuses, qui ont progressivement conduit le lieu à y renoncer.
Dans ce contexte, l’appui du collectif Bar-Bars, dont Jeanne est présidente, compte. « C’est rassurant, tu sais que t’es pas tout seul », souligne Benoît, évoquant le soutien juridique et politique apporté aux cafés-concerts.

Jeanne au service, lors de la « contre soirée » de DJ Tom B. Chaque vendredi, Belle de Jour donne rendez-vous aux fêtard·es pour un DJ set. Le 13 février 2026 © Amélie Fortin
Les arbitrages se jouent aussi en interne. Ouvert six jours sur sept, le lieu impose une organisation précise. Jeanne insiste sur l’équilibre recherché : « On fait en sorte que chaque salarié ait un samedi sur deux de libre. » Benoît parle d’un « casse-tête » permanent pour aménager les plannings. Quentin, lui, met en avant la méthode : « Ça passe avant tout par l’écoute », puis par l’anticipation.
À Belle de Jour, la programmation ne se résume pas à une succession de dates. Elle concrétise un projet global, avec une attention portée au public comme à l’équipe salariée. Une cohérence qui façonne autant l’ambiance du lieu que les événements qu’il accueille.
En savoir plus
Belle de Jour publie son agenda culturel chaque mois sur Instagram et son site web.