3 mars 2026

À Belle de Jour, une culture « comme à la maison »

Bar-resto culturel installé dans le quartier Saint-Donatien, Belle de Jour propose une programmation variée depuis son ouverture à l’automne 2019. Le lieu cherche un équilibre entre envies artistiques, valeurs sociales et contraintes économiques. Un cap que les trois dirigeant·es associé·es souhaitent poursuivre en 2026.

À Belle de Jour, une culture « comme à la maison »

03 Mar 2026

Bar-resto culturel installé dans le quartier Saint-Donatien, Belle de Jour propose une programmation variée depuis son ouverture à l’automne 2019. Le lieu cherche un équilibre entre envies artistiques, valeurs sociales et contraintes économiques. Un cap que les trois dirigeant·es associé·es souhaitent poursuivre en 2026.

« On met tout ce qui nous plaît dans la prog’. » Depuis presque 7 ans, Belle de Jour revendique une culture de quartier, ouverte et plurielle, où la programmation sert autant à créer du lien qu’à donner un espace à la création artistique. À sa tête, les trois Nantais·es d’adoption Jeanne, Benoît et Quentin fabriquent l’agenda culturel au quotidien, façonné par leurs goûts différents et des contraintes bien réelles.

Des choix esthétiques assumés

La programmation de Belle de Jour se veut d’abord « assez éclectique », annonce Benoît, à l’initiative de la création du lieu. Concerts, DJ sets, théâtre d’improvisation, stand-up, expos et autres formats se succèdent au fil des soirs. Pour structurer l’ensemble, l’équipe parle de « cases » et de « rendez-vous », des repères réguliers pour le public, qui rythment le lieu.

Jeanne Caillaudeau, Benoît Dalle et Quentin Hadj Tayeb, réunis dans le bar aménagé à l’étage de Belle de Jour. Le 27 janvier 2026 © Amélie Fortin

Ces choix se construisent à plusieurs voix. « On n’a pas tous les mêmes goûts, même entre nous trois », rappelle Benoît, en souriant. Jeanne, qui a rejoint le projet dès ses débuts, évoque un rapport intime à la culture : « Ça reste de prime abord des choix esthétiques. » Ici, pas de ligne artistique figée, ni de grille de sélection formalisée.

Sur la question de la parité et de la mixité dans le choix des artistes, Jeanne le reconnaît : « Quand un groupe nous plaît, on ne se pose pas forcément la question. » Une position assumée, mais pas figée. « On aimerait tendre là-dedans », ajoute-t-elle. Quentin, associé de l’aventure depuis 2021, complète : « On aimerait faire davantage, peut-être l’intégrer plus systématiquement. »

Depuis 2019, Belle de Jour est un lieu incontournable du quartier Saint-Donatien, à l’est du centre-ville de Nantes.

L’esthétique n’exclut pas les partis pris. Belle de Jour héberge régulièrement des événements féministes et en mixité choisie. Benoît évoque « un rendez-vous féministe tous les mois », précisant que « ça fait partie de l’ADN du lieu ».

Faire se croiser des publics

Pour Quentin, ex-ingénieur du son, l’agenda culturel a une fonction sociale : « L’ambition, c’est de se faire croiser plein de personnes différentes » qui, ailleurs, ne se croisent pas. « Même s’ils ne se connaissent pas et qu’ils ne sont pas du même monde », précise-t-il.

Cette intention a aussi une portée politique, au sens large. Quentin parle « d’un lieu qui représente la société telle qu’on aimerait qu’elle soit ». Pour y parvenir, Belle de Jour refuse de se spécialiser. Quentin souligne : « On ne s’enferme pas à être un bar à DJ set ou un bar de théâtre. »

Belle de Jour accueille chaque mois un atelier d’illustration botanique, animé par Anaïs. Le 27 janvier 2026 © Amélie Fortin

Certains événements rassemblent un public militant, d’autres des habitant·es du quartier. Jeanne, ancienne professionnelle des ressources humaines, observe que ces publics se mélangent, parfois de manière inattendue. Elle raconte aussi que le lieu accueille gratuitement des associations en début de semaine, en cohérence avec les valeurs sociales et environnementales portées par le lieu.

Pour que ces croisements se fassent dans un climat de respect, l’équipe pose des limites. Une partie du personnel a suivi une formation de sensibilisation aux discriminations, proposée par Nosig, le centre LGBTQIA+ de Nantes. « Ils ont tous des clés pour intervenir », explique Jeanne. Benoît ajoute : « On a déjà blacklisté des gars et des nanas qui avaient des remarques déplacées. »

Composer avec les réalités du secteur

Concernant la programmation de concerts, Benoît, qui a longtemps travaillé dans le monde du cinéma et de l’édition vidéo, est sans détour : « À part le GIP Cafés Cultures, on a très peu d’aide. » Il s’agit d’un dispositif qui aide financièrement ces lieux à embaucher des artistes et technicien·nes pour organiser des concerts et spectacles. Chaque live doit alors trouver son public pour être viable. « Il faut vendre des bières », conclue-t-il.

Cette réalité a d’ailleurs conduit l’équipe à privilégier la scène locale. « Ils ont déjà un public qui les suit », explique le passionné de musique et de cinéma. Les tentatives de soirées avec des groupes venus d’ailleurs se sont souvent soldées par des échecs. « On s’est pris beaucoup de fours », raconte-t-il. Des expériences coûteuses, qui ont progressivement conduit le lieu à y renoncer.

Dans ce contexte, l’appui du collectif Bar-Bars, dont Jeanne est présidente, compte. « C’est rassurant, tu sais que t’es pas tout seul », souligne Benoît, évoquant le soutien juridique et politique apporté aux cafés-concerts.

Jeanne au service, lors de la « contre soirée » de DJ Tom B. Chaque vendredi, Belle de Jour donne rendez-vous aux fêtard·es pour un DJ set. Le 13 février 2026 © Amélie Fortin

Les arbitrages se jouent aussi en interne. Ouvert six jours sur sept, le lieu impose une organisation précise. Jeanne insiste sur l’équilibre recherché : « On fait en sorte que chaque salarié ait un samedi sur deux de libre. » Benoît parle d’un « casse-tête » permanent pour aménager les plannings. Quentin, lui, met en avant la méthode : « Ça passe avant tout par l’écoute », puis par l’anticipation.

À Belle de Jour, la programmation ne se résume pas à une succession de dates. Elle concrétise un projet global, avec une attention portée au public comme à l’équipe salariée. Une cohérence qui façonne autant l’ambiance du lieu que les événements qu’il accueille.

 

En savoir plus 

Belle de Jour publie son agenda culturel chaque mois sur Instagram et son site web.

Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017