Ce jeudi 29 Octobre, premier jour du festival Les Utopiales à la Cité des Congrès de Nantes, l’archéologue spécialiste du Néolithique et des migrations Jean-Paul Demoule se présente au micro de l’animatrice et autrice Florence Porcel. Dans son livre La France éternelle, une enquête archéologique, le chercheur et professeur émérite de la Sorbonne propose de distinguer l’Histoire, « outil de compréhension du réel » du « récit national » qui efface les « défaites peu glorieuses » au profit d’une « France éternelle ». Un mythe qui nourrit encore aujourd’hui certaines idéologies politiques : « la manipulation du passé est permanente », rappelle-t-il.
Comment sortir du « présent perpétuel » ?
Elisa Thévenet, rédactrice en chef d’Usbek & Rica, évoque un « présent perpétuel » marqué par de multiples crises, entre « inégalités grandissantes et destruction des liens sociaux ». Benjamin Patinaud, créateur de la chaîne YouTube Bolchégeek, critique quant à lui le « fascisme zen », véhiculé par des élites « déconnectées des conséquences matérielles » pour qui la figure militante est « rabat-joie ».

Pour contrer ces discours, l’imaginaire devient un terrain de résistance : « quand on écrit un monde, on prend position », rappelle l’autrice Christiane Vadnais, lors de la table ronde Militantisme et futurs désirables. Écrire et publier, raconter et partager d’autres réalités, sont aussi des moyens de militer. Les autrices présentes rappellent aussi que la joie fait partie de la lutte. En témoignent les chants des manifestant·es qui résonnent dans les rues cet après-midi-là.

Devenir de « bons ancêtres » , le futur comme héritage
Pour Jean-Paul Demoule, l’« effondrement » de certaines civilisations ne signifie pas la disparition des peuples qui les composent. Il prend l’exemple des Mayas et le déclin de leurs grandes cités. Ces bouleversements ont parfois conduit à une économie villageoise. Car, comme le rappelle l’archéologue : « les sociétés surdimensionnées, au bout d’un moment, s’écroulent » au profit d’organisations plus locales.
Pour nous aider à revoir notre manière d’habiter le monde, Elisa Thévenet propose d’adopter la posture du « bon ancêtre », inspirée du philosophe Roman Krznaric. Autrement dit, penser à l’héritage que nous laisserons à celles et ceux qui viendront après nous. Une façon de replacer nos actions individuelles dans l’histoire commune.

En conclusion de son entretien avec Fragil, le samedi 31 octobre et veille de la clôture du festival, Jean-Paul Demoule se montre optimiste pour l’avenir d’Homo sapiens. Ce primate social, capable de violence et de domination, est aussi un « mammifère empathique », porté par la coopération. Le spécialiste du Néolothique rappelle ainsi que notre Histoire ne se résume pas à une succession de rapports de force. Elle témoigne aussi de notre capacité à nous réinventer en tant que société. Pas d’inquiétude donc pour Homo sapiens, qu’il décrit comme « une espèce invasive qui s’adapte à tout ».
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Pour aller plus loin :
- Site du festival Les Utopiales
- Livre La France éternelle, une enquête archéologique, Jean-Paul Demoule
- Revue FUTUR, Usbek & Rica
- Article Fragil Militantisme et futurs désirables : « On ne peut plus être juste dans l’alerte »




