Elsa Gambin, autrice de « La petite histoire des luttes » : « J’en avais marre d’entendre certaines personnes râler sur les mouvements sociaux »

La Nantaise Elsa Gambin, journaliste indépendante et « autrice à ses heures perdues », a publié en août dernier « La petite histoire des luttes ». Dans cet ouvrage mêlant BD et entretiens avec différent·es spécialistes du sujet, elle analyse en 12 thèmes les combats passés ou actuels pour souligner leur importance dans l’obtention de nos « conquis sociaux ».

La journaliste et autrice Elsa Gambin feuillette sa BD La petite histoire des luttes à la terrasse d'un café nantais. Photo : Florence Calvez, 31/10/2026

« Vos droits ne sont pas arrivés de nulle part, on a lutté pour. » Voilà le message que la journaliste indépendante nantaise Elsa Gambin souhaite faire passer avec son ouvrage La petite histoire des luttes, mis en images par l’illustratrice lyonnaise Fanny Vella. Cette « BD docu » comme elle la désigne elle-même tombe à point nommé en cette période d’agitation sociale.

Une BD accessible mais rigoureuse

Elle aurait pu écrire un ouvrage historique sur les luttes sociales, l’un de ses thèmes de prédilection dans sa pratique journalistique. Mais Elsa Gambin « adore la BD », c’est donc sous cette forme qu’elle a choisi de présenter son travail. « Ça rend le sujet beaucoup plus attrayant », estime-t-elle, et permet selon elle de toucher un large public puisque l’ouvrage est conçu pour des lecteur·ices à partir de 15 ans. Conquêtes sociales, luttes féministes et LGBTQIA+, écologistes ou pour les droits des étranger·es : Elsa dresse un panorama historique et thématique des combats pour les « conquis sociaux », selon la formule d’Ambroise Croizat, ministre du Travail et de la Sécurité Sociale de 1945 à 1947.

Si le format de la BD permet une approche « ludique » de sujets qui, pour Elsa, « peuvent paraitre rébarbatifs », l’autrice ne souhaitait pas pour autant tomber dans la simplification à outrance. « Je ne voulais pas enlever la complexité de la pensée des experts et des expertes qui sont dans le livre », explique-t-elle. C’est pourquoi les chapitres illustrés sont complétés par des entretiens avec des militant·es et des chercheur·euses.

L’ouvrage, préfacé par Olivier Besancenot, est paru aux éditions Leduc. Photo : Florence Calvez, 02/11/2026

Un vrai travail journalistique dont a l’habitude celle qui écrit entre autres pour Télérama, Médiapart, Ouest-France ou La Déferlante sur l’éducation, la santé mentale, le féminisme, les luttes sociales ou encore l’enfantisme : « Il a fallu fouiller, chercher, multiplier et recouper mes sources, être sûre de ce que j’avançais, être sûre que tous les faits du livre sont corrects. » Fanny Vella, la dessinatrice, a de son côté effectué des recherches pour traduire visuellement l’ambiance de certaines vignettes faisant référence à des luttes dans le passé. Pour mener à bien leur travail, elles ont pu compter sur la relecture de l’historienne Mathilde Larrère.

« Cette BD sera toujours d’actualité »

Bien que certaines luttes internationales soient citées, comme les émeutes de Stonewall à New York en 1969, La petite histoire des luttes se concentre surtout sur la France, où les mouvements sociaux sont fréquents. Ce qui n’est pas sans faire grincer des dents à certain·es. « J’en avais marre d’entendre certaines personnes râler sur les mouvements sociaux », lâche Elsa. « La majorité de nos droits, voire tous, sont issus des luttes sociales. Si les luttes sociales vous embêtent, rendez vos congés payés, rendez votre carte de sécu. »

Nantes, qu’Elsa désigne comme « capitale des luttes » dans les remerciements de l’ouvrage, tient une place importante dans cette histoire. « On est quand même la seule ville avec Saint-Nazaire à pas déclarer nos manifestations depuis la mort de l’ouvrier Jean Rigollet en 1955, tué lors d’une lutte par un CRS. C’est unique en France », rappelle-t-elle. « Et puis on a une histoire de lutte de longue date, notamment avec Notre-Dame-des-Landes qui est quand même une lutte emblématique. »

Il était important pour Elsa que la BD sorte avant l’élection présidentielle de 2027 mais elle n’avait pas prévu qu’elle paraisse au moment d’une importante mobilisation lycéenne. « J’avais hésité à écrire un chapitre sur les luttes des enfants puisque dans l’histoire, il y a énormément de fois où des enfants, parfois très jeunes ont lutté pour leurs droits, ont revendiqué des choses ou ont manifesté contre ce qui leur était imposé », explique l’ancienne éducatrice spécialisée. « Cette BD sera toujours d’actualité, elle nécessitera peut-être des rajouts si elle est réimprimée, mais en tout cas elle est vraiment ancrée dans l’actualité. »  Le mouvement actuel pourrait donc un jour apparaitre dans une nouvelle version de La petite histoire des luttes.


Pour aller plus loin

  • Rencontre avec Elsa Gambin le vendredi 27 novembre à 18h30 à la librairie La dévoreuse, à Angers (réservation conseillée)
  • Une rencontre sera organisée à Nantes à une date ultérieure, plus d’information sur le compte Instagram de l’autrice

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