Leslie Plée, autrice de BD « assoiffée de récits personnels »

Ancienne libraire, Leslie Plée est autrice de bande dessinée depuis près de 15 ans. De l’autobiographie aux fake news, ses ouvrages alternent entre sujets légers et plus engagés, dans un style minimaliste. Portrait de cette Nantaise d’adoption.

Leslie Plée, dans son atelier partagé avec d'autres auteurices de BD, dans le centre de Nantes. Photo : Florence Calvez, 06/10/2026

« C’est en étant libraire que j’ai découvert la bande dessinée », confesse Leslie Plée. Ancienne étudiante en gravure à l’école Estienne, elle pratique à l’époque le dessin « de manière vague ». C’est dans les rayons de la grande enseigne culturelle où elle travaille que celle qui est aujourd’hui Nantaise rencontre un nouveau format : le roman graphique. « C’était au début des années 2000, il y avait plein de romans graphiques qui sortaient, une nouvelle forme de BD que j’apprenais à connaître », se souvient-elle. Elle qui ne se trouvait « pas du tout talentueuse » se rend alors compte qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un style de dessin « très réaliste ou léché » pour se lancer.

Et puis le déclic se présente sous forme d’un cadeau d’anniversaire : une BD de Lisa Mandel, intitulée Libre comme un poney sauvage. « Quand j’ai lu cette forme de BD, je me suis dit : “c’est exactement ça que je veux faire, je veux être drôle, je veux raconter ma vie, je veux faire des trucs marrants, je veux faire des dessins avec ce dynamisme.” » Elle ouvre alors un blog pour raconter son quotidien de libraire soumis aux aléas d’un management « atroce ». Repérée par Pénélope Bagieu, Leslie Plée publie ses dessins en 2009 dans l’album Moi vivant, vous n’aurez jamais de pauses, ou comment j’ai cru devenir libraire. Forte de ce succès naturellement mis en avant par ses collègues libraires, elle se lance dans une carrière d’autrice de BD.

Alterner entre différents projets

Si Leslie continue pendant 10 ans dans la veine autobiographique et humoristique avec notamment Points noirs et sac à dos ou encore Depuis que j’ai un bébé, mes paupières ont déposé le bilan, ce n’est aujourd’hui pas le seul genre qu’elle pratique. « J’ai commencé par l’autobiographie mais à un moment donné ma vie n’est pas illimitée, il ne m’arrive pas des choses extraordinaires », déclare-t-elle. Parmi les projets qu’on lui propose après les succès de ses premières BD, elle accepte une collaboration avec la journaliste Doan Bui. Ensemble, elles publient en 2019 l’album C’est quoi un terroriste ? Le procès Merah et nous. Récemment, elle a travaillé avec Rebecca Manzoni, chroniqueuse musicale sur Arte, sur les séries animées Music Queens et Music Queer. «  Je trouve ça bien de ne pas être dans une seule manière de travailler. C’est beaucoup plus riche de travailler sur des sujets différents  », se réjouit-elle.

Trois des BD de Leslie Plée. Photo : Florence Calvez, 06/10/2026

Alterner entre projets solo et BD en collaboration ou travail d’illustration lui permet aussi de varier l’intensité de son travail : « C’est très long de faire de la bande dessinée, ça peut mettre 2 ans, il y a un côté marathon. Et il faut les enchainer parce qu’on n’a pas de continuité de revenus », regrette-elle.

« Parler de l’intime, ça fait beaucoup de bien à énormément de monde. »

Son tout dernier album, Les chats font des chiens, est à nouveau inspiré de sa vie personnelle : elle s’y représente sous les traits d’un chat pépère et casanier, tandis que son fils est un chien toujours en mouvement, débordant d’énergie. Une façon pour elle d’aborder un des défis que lui a fait vivre la maternité : sortir de sa zone de confort. Un travail « hyper léger, hyper fun », qui l’a « boostée pour ne pas être trop dark » avant son projet suivant. Elle travaille à présent à une BD sur son enfance, relatant sa relation avec son père « toxique », un thème qui lui demande beaucoup d’introspection.

Leslie continue ainsi de puiser son inspiration dans sa propre vie. « L’autobiographie, j’adore en lire. Je suis assoiffée de récits personnels et de récits intimes que ça soit en bandes dessinées ou en podcasts », reconnait-elle. « L’intime c’est souvent des choses qui sont taboues, c’est souvent des choses qui sont cachées, souvent des choses dont on peut avoir honte. Et en parler, ça fait beaucoup de bien à énormément de monde », poursuit celle qui utilise volontiers l’humour dans ses ouvrages pour rendre les sujets abordés moins pesants. Rendez-vous donc à la fin du marathon pour découvrir cette nouvelle BD.


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