Des chars colorés, des bombardements et des explosions, griffonnés d’une main d’enfant. Ces dessins sont tous exposés jusqu’au 11 octobre à Cosmopolis, dans le cadre de Décryptages « Enfance(s). Grandir quelque part ». À travers plusieurs expositions, le parcours explore les différentes manières de grandir selon l’endroit où l’on vit. « Parler d’enfance dans sa légèreté, mais aussi dans sa gravité », résume sa directrice, Adèle Spieser.
Car ce ne sont pas de simples croquis et gribouillis qui sont présentés au premier étage de
l’exposition : il s’agit de dessins d’enfants vivant ou ayant vécu la guerre, choisis soigneusement par la commissaire Zérane Girardeau. Le 26 septembre, une discussion animée par la journaliste Elsa Gambin a rassemblé la commissaire, l’enseignant chercheur palestinien Ahmad Ashour et une quarantaine de Nantais·es pour mettre en perspective le travail de ces enfants.

Des intervenant·es aux parcours distincts
D’abord responsable de ressources humaines, Zérane est profondément choquée par « la médiatisation des crimes de guerre en Syrie en 2013 ». « Je n’arrivais plus à regarder, parce que les corps étaient trop frêles, et trop abîmés et donc j’ai fermé les yeux », confie-t-elle au public de Cosmopolis. C’est à la suite d’ « un coup de colère » que la commissaire de l’exposition a commencé à s’investir dans différents projets liés à ces thématiques. Son but : rendre hommage aux créations de ces enfants, et transmettre leurs récits dessinés. Elle présente par exemple le dessin qui fait l’affiche du musée. C’est celui d’Amar, 6 ans, en Syrie, « Le sang du martyr », qui semble représenter les déflagrations des bombes qui tombent au-dessus de sa tête.

Dans la salle de conférence, le chercheur Ahmad Ashour aborde d’un ton grave les destructions survenues à Gaza, qu’il a fuies il y a un an grâce au programme PAUSE (Programme d’accueil en urgence des scientifiques et artistes en exil). « C’est un programme important, il y a presque 40 chercheur·euses et artistes qui en ont bénéficié en France », explique l’enseignant. Exilé à Tours, et ancien directeur de l’Institut Tamer, une organisation palestinienne qui mène des activités culturelles et éducatives auprès des enfants, Ahmad Ashour connaît le rôle que peuvent jouer le dessin et la création dans un contexte de guerre. Il aborde avec une lueur d’espoir son travail d’animateur culturel à l’institut il y a quelques années : « Les enfants continuent à dessiner, raconter, imaginer », raconte-t-il la voix teintée d’émotions.
Une inversion du sens de transmission
« Ce sont ces enfants au début de leur vie qui nous livrent leurs heures de mémoire », avance la commissaire pendant la discussion. Pour Zérane Girardeau, ces dessins permettent au public d’accéder à des scènes de guerre qui n’ont pas nécessairement été photographiées. Certains de ces dessins sont parfois très abstraits, ou simplement gribouillés de toutes les couleurs « Il y a toujours quelque chose d’assez énigmatique dans le dessin d’un enfant, […] mais il y a des gribouillis auxquels je suis extrêmement attaché », remarque Zérane à haute voix.
La réception des Nantais à ces dessins
Marie Yvonne est membre de l’Association France Palestine Solidarité 44 (AFPS44). Elle ressort profondément marquée par l’un des dessins présentés par la commissaire : « Il m’a marqué parce que je l’ai vu avant, celui du papa avec ces deux enfants, c’est terrible de vivre avec ce trauma ». L’auteur du dessin avait été présenté plus tôt par Zérane. Il s’agit d’un adolescent libyen qui avait tenté de traverser la Méditerranée. L’adolescent était obsédé par l’image d’un père serrant ses deux bébés, lors du naufrage, et qui ne pouvait nager sans les lâcher.

Riselaine est professeur d’histoire au lycée Carcouët, et elle n’est pas venue seule : « Je suis venue avec mes élèves, on est venu à l’exposition parce qu’on a fait un travail dessus. Ça s’intègre dans le programme sur lequel on travaille au lycée, donc je trouvais passionnant de pouvoir voir la commissaire de l’exposition et assister à cette discussion ». Elle salue l’initiative portée par cette rencontre à Cosmopolis : « Je trouve ça formidable qu’il y ait des expositions sur l’enfance et qu’on donne la parole aux enfants. Je trouve qu’elle est souvent minimisée ». « C’est d’ailleurs une des questions que je voulais poser à madame Girardeau », se souvient-elle pendant notre entretien.
À l’issue de cette discussion, le public pouvait justement poser des questions individuellement aux intervenant·es, avant que les portes de Cosmopolis ne ferment pour la soirée. Pour certain·es, la rencontre aura permis de prolonger le regard porté sur ces dessins. L’exposition « Déflagrations », elle, est toujours ouverte au public jusqu’au 11 octobre, au premier étage du lieu culturel.
Pour aller plus loin
- L’exposition est en accès libre au premier étage de l’espace Cosmopolis
- La programmation complète de Décryptages « Enfance(s). Grandir quelque part » sur le site internet




