L’histoire s’est écrite au bar Doses le 13 juin. Pour la première fois, 44 humoristes nantais·es sont montés sur scène, disposant chacun·e d’une minute et quinze secondes pour faire rire une foule d’une centaine de personnes.
Ce n’est pas la première fois qu’un événement de cette nature est organisé, le format d’enchainements de passages très courts lors de soirées stand-up se duplique de Montréal, à Angers. Mais la particularité de l’événement à Doses était son affiche uniquement nantaise. « On est arrivé à un stade où il y avait moyen de faire jouer 44 humoristes locaux », se réjouit Maxime Stockner, l’un des organisateurs de l’événement et programmateur du Micro Village, le nom collectif du Micro Comedy Club, Micro Ondes et Micro Barrr. « À l’inverse des autres villes où quand ils font ça, ils invitent des gens de toute la France. Ici, la différence, c’est que ce ne sont que des humoristes du coin. »
La soirée était également unique par ses contraintes horaires et son format physique : les artistes ont joué sur une scène à 360°, « une signature un peu phare du Micro », se félicite Thibaud Bailly, responsable communication de l’événement.

Quant à la courte minute offerte, « c’est un format qui se prête à rire de la situation », admet Maxime. « Ça respecte plutôt bien l’art. ». Elsa Salmon, l’une des interprètes de la soirée qui a utilisé sa minute et quinze secondes pour faire miauler le public comme des chats, complète : « C’est un exercice qui est hyper dur, mais en même temps je trouve que c’est hyper intéressant. Parce que tu te dis, okay, j’ai une minute pour convaincre, pour faire rire, et donc il faut tout de suite que les gens tu les fasses entrer dans ton univers. »
« On n’est pas sur les codes vieillots. »
Et comment décrire l’humour nantais ? « Il y a 5 ans, je t’aurais dit que c’était une tendance introspective », se souvient Maxime, qui fait du stand-up à Nantes depuis huit ans. « Et maintenant, c’est devenu un peu plus absurde. C’est assez moderne, pour le coup. On n’est pas sur les codes vieillots. »
Moderne certes, mais Maxime et Thibaud n’ont pas tardé à souligner que les 44 humoristes représentent la scène du stand-up nantais et non l’ensemble de la métropole. « C’est quand même assez compliqué avec le nombre d’humoristes qu’on peut avoir à Nantes, d’avoir un plateau aussi paritaire et diversifié », concède Thibaud, qui est également responsable de la programmation électronique chez Doses.
La programmation de la soirée a néanmoins réussi à être relativement variée, avec un équilibre presque égal entre les interprètes hommes et femmes et une présence notable d’identités minoritaires au sein des 44 humoristes. « Je trouve que ça montre qu’il y a beaucoup d’humoristes finalement à Nantes », constate de son côté Elsa.
Nora Mahour, une autre humoriste qui s’est produite ce soir-là, a été invitée à monter sur scène environ cinq minutes avant le début du spectacle. « C’était une aventure, c’était très sympa, j’ai adoré le faire », nous confie-t-elle après le spectacle. Elle avait profité de sa minute pour plaisanter sur son handicap, un chromosome manquant, et sur la façon dont elle utilisait son statut à son avantage dans des situations sociales. « Peut-être que si j’avais su que je faisais l’événement, j’aurais essayé de trouver quelque chose. Alors qu’au final, mon naturel a matché avec le public. Ça c’est cool. »

Une fête de famille
La soirée des 44 humoristes a fait office de fête de fin d’année pour le milieu comique local. L’été est généralement leur contre-saison, explique l’humoriste Thomas Fiévet. Quand il fait beau, dit-il, « ça n’intéresse plus trop les gens de s’enfermer dans une salle de spectacle. Surtout pour voir des gens qu’ils ne connaissent pas. » Même s’il y a encore quelques spectacles, la plupart des artistes locaux passent l’été à travailler sur du nouveau matériel, de nouveaux sketchs et à développer des relations, nouvelles et anciennes.
« Je suis très touchée par cette soirée », s’émeut Nora, qui présentera un spectacle solo, Complètement perdue à La Compagnie du Café-Théâtre en novembre. « Il y a que des amis autour de moi. »
« On est une grande famille », ajoute Mathieu Cochelin, un autre humoriste qui a joué, avec un grand sourire. « Une grande famille dysfonctionnelle, mais une famille quand même. »
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