« Je faisais plein de restos et les gens me demandaient où aller manger. » C’est ainsi qu’est née en 2013 chez Émilie, amatrice de « bonne bouffe » comme elle se définit, l’idée de créer son blog de chroniques de restaurants. La jeune femme habite alors à Paris et n’est pas encore végétarienne. Son déménagement à Nantes, où elle a déjà fait ses études, et son passage au végétarisme l’incitent à créer Nantes Végétal, le seul blog recensant aujourd’hui les restaurants nantais proposant une offre végéta*ienne (végétarienne ou végétalienne).
Un blog pionnier
Avec plus de 160 adresses testées et approuvées dans la métropole nantaise, Nantes Végétal est la ressource incontournable pour quiconque cherche une option de restauration végéta*ienne dans ce périmètre. Ce qui n’était pas chose aisée il y a encore quelques années s’est aujourd’hui beaucoup démocratisé : « L’offre globale s’est élargie, il y a beaucoup plus de restaurants de différentes nationalités, ce qui amène aussi plus d’opportunités pour les végétarien·nes. Il y a aussi plein de restos traditionnels qui vont forcément avoir un plat végé le midi », constate Émilie.
Bien qu’elle ait aujourd’hui l’embarras du choix pour ses chroniques, elle reste tout de même attentive à la démarche qualité des restaurants qu’elle sélectionne. Si un restaurant ne lui plait pas, même si sa carte est 100 % végétale, elle n’en parlera tout simplement pas. « Ce qui peut limiter mes choix, c’est que j’ai démarré en 2013 avec un angle qualitatif. Et je crois que c’est aussi pour ça que plein de gens qui ne sont pas végétariens me suivent », assure-t-elle.
Avec Nantes Végétal, Émilie entend aider les végéta*ien·nes, mais aussi montrer aux omnivores que de nombreuses options existent. Son travail est d’ailleurs remarqué par les restaurateur·ices : « Ça m’est déjà arrivé que des restaurateurs me disent « Depuis que tu as fait la critique, j’ai plein de personnes qui passent et notamment des végétariens ». Il y a même un resto qui m’a dit que ça représentait quasiment 40 % de sa demande à un moment. Ce qui est énorme ! » Elle a également organisé des diners et des brunchs végétaliens, regroupant jusqu’à une quarantaine de personnes, à L’Imaginarium, à Epicureüs ou encore au Trèfle. « Ça prouve aux restaurateurs que si tu fais un repas 100 % végétalien, il y a des gens qui vont venir. A chaque fois c’était plein. »

Une influenceuse éthique et indépendante
Si sa communauté lui fait à ce point confiance, c’est parce que ses critiques sont transparentes et indépendantes. Elle ne tire aucun revenu de cette activité, à l’exception des rares fois où elle a été rémunérée pour parler d’un restaurant qu’elle avait déjà chroniqué. Elle est occasionnellement invitée par les établissements, ce qu’elle indique toujours lors de la rédaction de sa chronique car elle y est d’une part légalement obligée mais aussi que cette information est pour elle primordiale : « Il y a plein d’influenceurs qui disent « J’ai été invité mais je reste objectif. » Mais si le restaurant t’invite, tu ne vas pas être traité comme un client lambda. Si je suis rémunérée, je suis obligée de faire des concessions », explique celle qui tient à son indépendance.
Freelance dans le conseil en marketing internet pendant la semaine, Émilie consacre une grande partie de ses soirées et de ses weekends à Nantes Végétal. « Il faut d’abord que j’aille dans les restos, que je mange. Ce n’est pas ça qui prend le plus de temps », détaille-t-elle en souriant. « Ce qui prend du temps c’est écrire l’article, faire les photos, les sortir, les traiter un minimum, publier l’article, le relayer, faire le reel sur Instagram, relayer le reel, faire la mise à jour des horaires, mettre à jour la carte des restaurants sur le site, tenir tout le site à jour. » Elle estime à 4 à 5 h de travail le temps passé sur chaque établissement.

Forte de ses près de 18 000 abonné·es, elle n’hésite pas à utiliser sa visibilité sur Instagram pour défendre des causes qui lui tiennent à cœur. « C’est une responsabilité », déclare-t-elle. « On ne vit pas en dehors de la société. Si tous les influenceurs portaient des trucs qui sont plutôt chouettes, ça changerait vraiment beaucoup de choses, je pense. » En story, elle ne cache pas ses opinions politiques et relaie des informations sur la Palestine, la transphobie, les enquêtes de L214 sur les élevages ou encore celles de Mediacités sur les VSS dans le milieu de la restauration.
Malgré sa forte présence sur ce réseau social, être sujette à un algorithme ne l’enchante pas : « Pour la partie resto, tu ne peux pas t’affranchir d’Instagram, c’est impossible », regrette-t-elle. « Quand j’ai commencé le blog en 2013, je n’étais pas sur Instagram. Le blog était un endroit que je contrôlais à 100 % et je veux garder ça », revendique celle qui utilise le plus d’outils libres pour sa présence en ligne. Son blog est ainsi sous WordPress, la cagnotte pour soutenir son travail sur Liberapay et la carte interactive regroupant les restaurants chroniqués est sur GoGoCarto.
Ses prochains projets ? Redesigner son site pour lui donner d’avantage l’apparence d’un média et monter une association pour faciliter l’organisation des diners et brunchs végétaliens. « Nantes Végétal ça me fait rencontrer des gens, c’est cool. Il y a même des gens qui sont maintenant des ami·es que je rencontre par ce biais », s’enthousiasme celle qui n’est pas près d’arrêter d’explorer l’offre végéta*ienne nantaise.
Pour aller plus loin
- Le site Nantes Végétal
- Son compte Instagram




