À Rezé, l’Ortie rousse poursuit son pari de bar associatif

Installé depuis juin 2025 à Pont-Rousseau, l’Ortie rousse s’est rapidement imposé comme un nouveau lieu de vie dans ce quartier de Rezé, au sud de Nantes. Né de la reprise d’un ancien bar, le projet repose sur un fonctionnement participatif et une ambition claire : faire du lieu un espace convivial, culturel et accessible. Moins d’un an après l’ouverture, l’association tire un premier bilan encourageant, même si plusieurs défis restent à relever.

« L’idée était d’avoir un lieu fait par et pour les habitants », explique Colin Simonneau, coprésident de l’association des Roussipotes, qui gère le bar associatif l’Ortie rousse. « Un endroit où les associations, la culture et les habitants peuvent se retrouver. »

L’histoire du bar associatif l’Ortie rousse commence avant son ouverture. Pendant deux ans, un collectif d’habitant·es de Pont-Rousseau, à Rezé, imagine ce que pourrait devenir l’ancien Canon à Pat’, « un bar bien connu du quartier » selon Colin, et dont le propriétaire, Patrick Malassis, partait à la retraite.

Après une année de préparation, le collectif rachète le fonds de commerce et ouvre finalement en juin 2025. L’objectif : créer un café associatif pensé comme un « lieu de rencontres » ouvert et inclusif, capable d’accueillir concerts, réunions associatives ou simples moments de convivialité.

Une organisation collective et structurée

Aujourd’hui, l’Ortie rousse fonctionne grâce à une importante mobilisation bénévole. Environ une centaine de personnes sont inscrites dans l’association, dont une quarantaine participent régulièrement à la vie du bar.

« Les bénévoles peuvent s’investir de différentes manières », explique Colin Simonneau. « Certain·es tiennent le bar quelques heures – peut-être une fois tous les quinze jours ou une fois par semaine –, et d’autres participent aux commissions qui pensent et construisent le projet. »

Pour structurer ce fonctionnement collectif, l’association s’appuie sur six commissions : programmation, fournisseurs, travaux, administration, communication et fonctionnement.

Depuis octobre 2025, une salariée est venue renforcer l’organisation. Anne-Gaëlle Goubard, embauchée en CDI à 80 %, assure la coordination entre les commissions et soulage les bénévoles sur les tâches quotidiennes : suivi des stocks, organisation, ou encore accompagnement des équipes. « Je fais un peu le fil rouge entre toutes les commissions », résume-t-elle.

« On est toujours à la recherche de nouveaux bénévoles », confie Colin. À la fois pour avoir toujours des personnes en mesure de tenir le bar ou pour aider ailleurs, mais aussi pour apporter « de nouvelles dynamiques, de nouvelles idées », souligne Anne-Gaëlle. Et évidemment, « dans l’esprit du lieu », parce que « c’est toujours cool de partager et de rencontrer de nouvelles personnes », ajoute la salariée.

« On est toujours à la recherche de nouveaux bénévoles, confie Colin. Du coup, des panneaux comme ça permettent de montrer aussi ce qu'on fait et donner envie aux gens de venir. C'est visible volontairement pour que tout le monde se rende compte de l'actualité interne. » Photo : Armel Bihan, le 11/03/2026
« On est toujours à la recherche de nouveaux bénévoles, confie Colin. Du coup, des panneaux comme celui-ci permettent de montrer aussi ce qu’on fait et donner envie aux gens de venir. C’est visible volontairement pour que tout le monde se rende compte de l’actualité interne. » Photo : Armel Bihan, le 11/03/2026

Une programmation éclectique

Concerts, causeries, scènes ouvertes, vide-greniers, ateliers ou tournois de coinche : la programmation du bar se veut variée.

L’association organise environ un concert par semaine et reçoit de nombreuses propositions d’artistes. La commission programmation veille à maintenir un équilibre entre les styles et les publics. Les musicien·nes invité·es sont systématiquement rémunéré·es en cachet, précise Anne-Gaëlle. « On essaie de garder une diversité dans les genres musicaux et une mixité dans les profils d’artistes », souligne-t-elle.

En parallèle des événements, le lieu accueille aussi de nombreuses activités régulières : réunions d’associations, Amap, cours de français pour allophones, club de lecture, chorale, sessions de musique irlandaise ou roda brésilienne…

Certaines structures locales y trouvent également un espace ponctuel : des éducateur·ices spécialisé·es y organisent des activités avec des jeunes autistes, tandis que des collectifs du quartier y tiennent leurs assemblées générales, comme la Compagnie du Gase de Rezé, qui venait déjà du temps du Canon à Pat’.

Le développement du bar passera probablement par une meilleure appropriation des salles disponibles à l’étage. Celle-ci accueille pour l’instant des associations, ici un cours de français pour une personne allophone. Photo : Armel Bihan, le 11/03/2026

Un réseau d’entraide entre bars associatifs

Pour construire leur projet, les fondateur·rices de l’Ortie rousse ont largement échangé avec les membres d’autres cafés associatifs de Nantes, comme La Perle ou La Dérive.

« On s’est beaucoup inspiré d’eux. Leurs bénévoles nous ont donné leurs statuts, des documents, beaucoup de conseils », raconte Colin Simonneau. « On ne connaissait rien à la gestion d’un bar. »

« Mais il n’y a pas de volonté de faire pareil ou d’être différent, précise-t-il. C’est juste naturel, on s’est échangé des conseils. Maintenant, on est forcément différent par le lieu et par les gens qui construisent le projet. » L’Ortie rousse organise parfois des programmations communes avec La Perle, invitant des artistes à se produire dans les deux bars deux soirs de suite.

Le lieu participe également au festival Culture Bar-Bars, qui fédère les bars et cafés culturels et accompagne les établissements sur des questions pratiques ou juridiques. Les réponses du collectif ont notamment permis à l’association rezéenne de se fournir auprès de brasseries locales. En novembre 2025, l’Ortie rousse a ainsi animé trois soirées, dont la communication a été assurée en partenariat avec d’autres bars de Rezé.

Pour Anne-Gaëlle et Colin, le bar
Selon Anne-Gaëlle et Colin, l’association parvient pour l’instant à maintenir l’équilibre de fonctionnement. Photo : Armel Bihan, le 11/03/2026

Des défis à relever

Sur le plan économique, l’association parvient pour l’instant à maintenir l’équilibre de fonctionnement. « On arrive à payer nos charges, indique Anne-Gaëlle Goubard. Mais il faudrait générer un peu plus de recettes pour pouvoir rembourser les prêts sans puiser dans la trésorerie. » Un enjeu classique pour ce type de structure hybride, qui combine activité commerciale et fonctionnement associatif.

Parmi les difficultés rencontrées lors de cette première année figure aussi la relation avec certain·es riverain·es. L’enthousiasme initial autour du projet s’est rapidement accompagné d’inquiétudes liées au bruit et aux horaires. « On ne pensait pas que ce serait aussi sensible au début », reconnaît Colin. Depuis, des compromis ont été trouvés et le dialogue reste ouvert avec le voisinage.

Autres enjeux : diversifier le public et affiner la communication, notamment sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, la fréquentation du bar se situe majoritairement autour des 30-40 ans, à l’image des bénévoles. L’équipe espère attirer davantage de jeunes adultes dans les prochaines années.

Consolider et imaginer la suite

Après plusieurs mois d’activité, les membres de l’Ortie rousse estiment avoir franchi une première étape : apprendre à gérer un café associatif. La prochaine phase consistera à développer davantage le projet.

« Maintenant qu’on maîtrise le fonctionnement, on peut devenir plus créatif·ves », explique Colin Simonneau. L’association envisage notamment de mieux s’approprier les lieux, exploiter la salle à l’étage, organiser davantage de spectacles vivants ou encore proposer des événements dans la rue.

L’anniversaire du bar, cet été, pourrait d’ailleurs être l’occasion de marquer cette nouvelle étape.

Même si, selon Colin, l’investissement peut être « énergivore et chronophage », pour Anne-Gaëlle Goubard, l’essentiel reste ailleurs : « Ce qui revient souvent quand on parle du lieu, c’est convivialité, chaleur humaine et simplicité. »


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