6 mars 2026

La Guerre des Émeus, une pièce infusée d’impro au Théâtre 100 Noms

Deux comédiens nantais, Florent Oulkaïd et Antoine Le Frère, présentent, jusqu’au 25 avril au Théâtre 100 noms, La Guerre des Émeus. Basée sur un événement réel, cette parodie de film de guerre est leur première pièce de théâtre : une comédie grinçante et nourrie de leur expérience de l’improvisation.

La Guerre des Émeus, une pièce infusée d’impro au Théâtre 100 Noms

06 Mar 2026

Deux comédiens nantais, Florent Oulkaïd et Antoine Le Frère, présentent, jusqu’au 25 avril au Théâtre 100 noms, La Guerre des Émeus. Basée sur un événement réel, cette parodie de film de guerre est leur première pièce de théâtre : une comédie grinçante et nourrie de leur expérience de l’improvisation.

C’est parti au départ de l’envie de faire un truc ensemble.
Après avoir évolué ensemble sur la scène impro nantaise, Florent Oulkaïd et Antoine Le Frère ont coécrit la pièce La Guerre des Émeus. Ils la jouent actuellement au Théâtre 100 Noms, sur l’Île de Nantes. Leur amour pour le théâtre d’impro se retrouve tout au long du spectacle, ainsi que leur amitié. “On s’est créé une complicité en impro, dans la manière qu’on a de se connaître l’un et l’autre en tant que comédien ou en tant qu’auteur”, souligne Florent.

Un long chemin vers le professionnalisme

Dès leur enfance, les deux complices rêvent de faire de la scène. Pour Florent, c’était évident : “J’avais vu pas mal de spectacles d’impro étant gamin et j’avais un peu ça dans un coin de ma tête, j’avais trop envie de faire ça.” En parallèle de ses études, il rejoint une troupe d’impro à l’école d’architecture de Nantes et commence à multiplier les expérimentations théâtrales. “J’en ai fait toujours plus jusqu’au moment où j’ai terminé mes études de droit. Et là, je me suis dit que je voulais faire comédien.” Il monte alors sa propre compagnie d’impro, la Compagnie des Adultes.

De son côté, après avoir tenté quelques conservatoires, Antoine évolue dans le théâtre universitaire en parallèle de ses études, multipliant les projets. En 2018, il co-fonde avec des amis la compagnie du Lait Chaud avec laquelle il se produit en région nantaise. Il est également comédien sur plusieurs spectacles improvisés portés par La Fabrique à Impros.

Le théâtre d’impro les fait se rencontrer, jouer ensemble puis travailler sur différents projets au sein de L.A. Pioche et de la compagnie Suprême Fourbi qui est la première à accueillir leur pièce La Guerre des Émeus.

Un passage vers l’écriture légitimé par l’impro

Florent a trouvé dans l’expérience de l’improvisation une légitimité pour écrire ses propres pièces : “En impro, t’es auteur, t’es comédien, t’es tout à la fois dans un instant. Perso, je me suis dit si je peux faire ça en impro, je peux écrire des pièces.
Les deux comédiens y récoltent aussi une liberté de jeu et d’écriture : La Guerre des Émeus est pour eux une occasion de “s’écrire des rôles qu’on ne nous aurait pas proposés. En fait, on va faire notre truc à nous, qui nous fait rire tous les deux”,  avoue Antoine.

Le sujet, issu d’une anecdote racontée un jour par un ami commun, est arrivé ensuite, choisi pour son potentiel absurde et esthétique. La pièce relate comment, dans les années 30, le gouvernement australien a déclaré officiellement la guerre à des émeus qui venaient massivement détruire les cultures de fermiers nouvellement installés. “Ça donnait le cadre pour faire une espèce de parodie de film de guerre.

Les thématiques sont venues assez vite et nous ont donné l’impression qu’on pouvait en plus raconter quelque chose, que c’était pas juste gratuit. Si ces personnages étaient ridicules, c’est aussi parce qu’ils racontaient quelque chose de l’être humain, de la société”, analyse Antoine.

Avec deux comédiens pour incarner de nombreux personnages, le recours aux techniques du théâtre d’impro s’est imposé : les différentes personnalités de la pièce sont identifiées par leurs tenues, mais aussi par des attitudes surjouées, tant au niveau de la gestuelle que de la voix. L’esthétique de film de guerre est poussée jusqu’à la caricature. “Je pense que le côté caricatural des personnages est quand même lié au fait qu’il faut assez vite les marquer pour que ce soit clair pour le public.” explique Florent. “Au final, un spectacle d’impro, c’est souvent ça. On fait plein de personnages, on n’a pas de costumes ou peu, on n’a pas de décors”, confirme Antoine.

En revanche, pas d’improvisation dans le jeu et le texte : “On sait pourquoi on l’a écrit comme ça, et les metteurs en scène nous ramènent toujours à notre texte aussi”, assurent les deux comédiens.

Un nouvel élan soutenu par le Théâtre 100 Noms

Si La Guerre des Émeus est jouée depuis 2021, son histoire prend un tournant l’an dernier quand, après plusieurs dates, le Théâtre 100 Noms propose de reprendre la pièce en production. “Cela nous a donné des moyens, de l’argent, des choses qu’on n’avait pas avant pour pousser plus loin le travail qu’on avait commencé à faire”, expose Florent. Pas de remise à zéro mais une évolution, avec de nouveaux décors, costumes mais aussi de nouvelles créations sonores et lumières. “C’était super parce qu’en plus, on pouvait continuer à bosser avec Elisa et Damien qui étaient nos metteurs en scène”, rappelle le comédien.

Pour la suite, Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd veulent aller à la rencontre de leur public. Ils présenteront leur pièce à Avignon cet été, puis espèrent pouvoir la jouer dans toute la France… En attendant, il reste encore plusieurs représentations prévues au Théâtre 100 Noms.

 

Pour en savoir plus :
La Guerre des Émeus au Théâtre 100 Noms les 11 et 18 mars puis les 2, 18 et 25 avril 2026.

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Adélaïde est revenue à Nantes il y a deux ans maintenant. Après 15 années passés à Bruxelles, elle est de retour dans la métropole nantaise avec l'envie de redécouvrir sa ville. Nouvelle arrivée à Fragil, c'est avec un œil neuf qu'elle rejoint la rédaction.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017