24 février 2026

ACS Dervallières : « Il faut capitaliser sur notre belle aventure sportive »

Éliminée en 16e de finale de Coupe de France futsal contre une équipe de dimension nationale, l’Association culturelle et sportive des Dervallières a connu un point d'orgue sportif. En mobilisant de nombreuses personnes du quartier autour d’un match, le club a révélé sa capacité d’organisation, son ancrage social et son potentiel. Il lui faut désormais capitaliser sur cette épopée pour renforcer, dès la saison prochaine, son projet sportif et éducatif.

ACS Dervallières : « Il faut capitaliser sur notre belle aventure sportive »

24 Fév 2026

Éliminée en 16e de finale de Coupe de France futsal contre une équipe de dimension nationale, l’Association culturelle et sportive des Dervallières a connu un point d'orgue sportif. En mobilisant de nombreuses personnes du quartier autour d’un match, le club a révélé sa capacité d’organisation, son ancrage social et son potentiel. Il lui faut désormais capitaliser sur cette épopée pour renforcer, dès la saison prochaine, son projet sportif et éducatif.

« Si vous étiez là à la fin, vous aviez l’impression qu’on avait gagné », sourit Davis Moukala, bénévole à l’Association culturelle et sportive des Dervallières (ACSD). Samedi 14 février, l’équipe de futsal (ou football en salle) senior – la catégorie adulte – de ce club a affronté au Palais des sports de Beaulieu l’équipe des Artistes Futsal venue de région parisienne, dans le cadre des 16es de finale de Coupe de France. Actuel leader de la deuxième division nationale, l’adversaire du jour avait quatre niveaux d’écart avec l’équipe du quartier nantais des Dervallières, créée il y a seulement deux ans.

Dans les tribunes, près de 300 personnes, des enfants qui chantent et mettent l’ambiance, des anciens revenus prêter main forte. Sur le terrain, les joueurs de l’ACSD ont longtemps tenu mais ont finalement perdu : 4-7 au tableau d’affichage. « La logique sportive a été respectée », reconnaît M’hamed Mansar, président du club depuis 2022.

À l’issue du match, personne ne parlait d’élimination. Malgré la défaite, un sentiment de fierté prédomine : « On se rend compte qu’on est capable de mobiliser, de fédérer des personnes de divers horizons. Les gens ont adhéré, se sont présentés pour venir donner un coup de main. Tout ce qui est le corps arbitral, la fédération, les délégués, nous ont félicité. Même les adversaires. Cet événement, c’est un sans faute. » La question, désormais, dépasse largement le score : « il faut qu’on capitalise là-dessus », s’enthousiasme le président.

Une démonstration collective

« On ne pouvait pas se contenter d’un simple match de foot », confesse Davis Moukala. Il fallait créer un événement, exporter une image du quartier hors des Dervallières. Montrer que le club sait anticiper, organiser et encadrer. Le pari était risqué car l’événement a été monté en peu de temps.

Le club a réussi à fédérer plusieurs associations et partenaires pour organiser l’animation : Biswave, Fête le mur, Résilience Factory,… Au programme : DJ, speaker, tournoi de jeunes contre les équipes de Nantes Métropole Futsal et de l’Association Nantes Futsal en lever de rideau, show de double dutch de jeunes du quartier à la mi-temps.

Places à 5 euros, gratuité pour les femmes et les enfants, la billetterie a couvert les frais. Aucun incident : « pas une personne n’a négocié. Les gens ont payé avec plaisir », sourit Ahmed Ben Saïd, de l’association Fête le mur, bénévole à l’ACSD et responsable de la billetterie lors de l’événement. Des ancien·nes licencié·es sont revenus spontanément. « Les gens ne demandent qu’à donner un coup de main. Il faut juste leur dire quand », apprécie M’hmamed Mansar.

L’épopée devient un argument pour dialoguer avec partenaires et institutions. « On ne peut pas être crédibles seulement par les mots. Il faut des actes », reconnaît Davis Moukala. Dans un quartier souvent résumé à ses fragilités sociales, l’événement a produit un contre-récit : une capacité organisationnelle, une mobilisation collective, une image positive.

Les joueurs de l’ACS Dervallières (rouge) ont longtemps tenu mais ont finalement perdu : 4-7 au tableau d’affichage. Photo : ACSD 14/02/2026

Les joueurs de l’ACS Dervallières (rouge) ont longtemps tenu mais ont finalement perdu : 4-7 au tableau d’affichage. Photo : ACSD 14/02/2026

Capitaliser sportivement : consolider avant de s’agrandir

Sur le terrain, l’ACSD avance vite. La section futsal n’a que deux ans et a déjà atteint un bon niveau. Mais au club, personne ne parle d’emballement. « Monter pour monter, ça n’a pas de sens si derrière on n’a pas la structure », concède M’hamed Mansar.

Un mot revient en boucle : encadrement. « Moi tout seul, je ne peux pas tout faire », regrette le président du club. Pour encadrer l’ensemble des équipes jeunes du club, près de 90 % des éducateurs sont bénévoles. Ils paient leur essence pour accompagner les enfants en déplacement. « On essaie de rendre ce qu’on a eu quand on était plus petits. Mais ça ne peut pas reposer uniquement sur la passion », admet-il.

Capitaliser sportivement, pour l’ACSD, cela signifie donc structurer : développer les catégories jeunes en futsal, former des éducateur·ices et stabiliser une équipe d’encadrant·es. Et trancher une question sensible : faut-il recréer une équipe senior en football classique ?

Depuis quatre ans, le club s’est recentré sur les jeunes, jusqu’aux U16 (catégorie des 15-16 ans : U pour « under »). « On est presque une académie », remarque Anthony Calot, éducateur sportif bénévole. Mais les générations passent et sans débouché interne, les joueurs partent ailleurs. M’hamed Mansar nuance : « Est-ce qu’on a vocation à aller jusqu’aux seniors ? On forme bien, on en fait des citoyens, ils peuvent poursuivre leur vie sportive ailleurs », avec le sentiment d’un accompagnement accompli. L’épopée en futsal relance le débat. Elle montre l’engouement possible autour d’une équipe senior et oblige à se projeter.

M’hamed Mansar, Davis Moukala, Ahmed Ben Saïd et Anthony Calot (de gauche à droite) : tous les quatre bénévoles et papas d’enfants licencié·es au club. Photo : Armel Bihan, le 16/02/2026.

Un levier social à renforcer

Mais l’ACSD, ce n’est pas seulement une équipe surprise en Coupe de France. C’est plus de 300 licencié·es, réunissant presque autant de familles, dont près de 50 % vivent sous le seuil de pauvreté. Ahmed Ben Saïd va jusqu’à dire que « le club, ici, c’est une institution, un vecteur social fondamental ».

Lancée initialement pour répondre à des obligations visant l’obtention d’un label, la section féminine rassemble aujourd’hui près de vingt joueuses U13. Leur équipe est même, à ce jour, leadeuse de leur championnat de district. Une contrainte réglementaire qui s’est finalement transformé en succès « surprise » pour les dirigeants : « On avait besoin de cinq filles. On en a presque vingt aujourd’hui », se réjouit M’hamed Mansar. « Ce sont des passionnées », se félicite Anthony Calot : elles s’entraînent deux fois par semaine, alternant football et futsal. Mais là encore, le manque de personnel freine les ambitions. Il n’y a qu’une équipe féminine, faute d’encadrant·es. « Il vaut mieux faire petitement, mais bien », relativise le président.

En parallèle, pour la saison 2025-2026, les terrains sont partagés avec l’association Sport dans la ville qui déploie aux Dervallières le programme « Place aux filles » afin d’encourager la pratique sportive féminine.

Depuis janvier 2026, des ateliers de soutien scolaire ont aussi été lancés par l’ACSD avec l’association Résilience Factory. Une dizaine d’enfants de 10-11 ans sont pour l’instant accompagné·es individuellement par des étudiant·es. « On préfère la qualité à la quantité. On restera à quinze maximum », souligne Davis Moukala, également président de l’association Résilience Factory. Dans les locaux de l’association, à la Fabrique des Dervallières, « le lieu ne se prête pas à plus », précise-t-il.

Passer de l’urgence à la structuration

Le 16e de finale a donné au club de la visibilité. Il renforce aussi le sentiment d’appartenance. Pour les dirigeants, « l’entité Dervallières est très forte ». Dans les tribunes, les jeunes ont chanté comme des ultras pour des joueurs qu’ils ne connaissaient parfois même pas.

« Le résultat, bien sûr qu’il compte. On ne joue pas pour perdre. Mais pas à n’importe quel prix », indique M’hamed Mansar. L’événement a montré une excellente capacité de mobilisation en temps record. Mais le club ne peut pas fonctionner en permanence sur le mode du défi. Pour Ahmed Ben Saïd, « un club comme celui-là ne peut pas être tributaire uniquement du bénévolat. Il faut un socle ». Ils aimeraient davantage de financements privés comme publics. Pour eux aujourd’hui, la coupe est terminée. Et pour l’ACS Dervallières, le véritable enjeu commence maintenant : transformer un exploit ponctuel en projet durable.

34 ans et diplômé en histoire, Armel a trouvé sa voie en devenant un peu par hasard secrétaire de rédaction.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017