Nos vies au collège : « Un puissant moteur pour travailler l’estime de soi »

Pour la troisième édition de « Nos vies au collège », la photographe nantaise Adeline Praud s’associe à Stereolux dans le cadre d’une classe culturelle numérique composée de sept classes du département. Une restitution unique, ouverte au public, qui aura lieu le mardi 16 juin, avec pour thématique « Les rêves et les secrets ».

La photographe Adeline Praud, en charge du projet « Nos vies au collège » devant Stereolux. Photo : Aline Lemaire, le 09/06/2026

Lorsqu’elle évoque ses « années collège  », Adeline Praud se souvient de la violence des relations entre les élèves. Ces violences, au final, n’ont pas vraiment évolué. C’est pourquoi aujourd’hui, l’artiste accompagne cette génération — à la jonction entre l’enfance et l’adolescence, à travers Nos vies au collège, à créer des récits « sur leur réalité, les réalités dont ils sont experts à ce moment-là, parce qu’ils les vivent. »

D’abord étudiante aux Beaux-arts de Nantes, l’artiste devient coordinatrice de projets dans les milieux culturels avant d’entrer, en 2014, dans un collectif de photographes professionnel·les. En 2016, elle signe sa première intervention en tant qu’artiste pour Stereolux, une collaboration qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

La santé mentale au coeur de son projet

Après avoir supervisé des classes numériques autour de l’écologie, Adeline Praud a senti le besoin de se recentrer sur une thématique qui caractérise davantage son travail : « Produire des récits sur des tranches de vie, évidemment que ça touche à la santé mentale, notamment au collège, car c’est quand même une des étapes les plus difficiles de nos vies. » Entre hormones, rapports de domination et de genre, « Tout se met en tension à ce moment-là. »

Ainsi, depuis 2023, la Nantaise accompagne des classes dans ce projet intitulé « Nos vies au collège » : un long travail avec les élèves qui, une fois terminé, prend la forme d’un livre, reprenant témoignages et photos faites par les élèves.

Deux photographies issues du projet « Nos vies au collège » en collaboration avec Adeline Praud et Stereolux. Photo : Adeline Praud

Les rêves et les secrets

Pour cette édition 2026, la photographe a elle-même choisit le thème proposé à ses sept classes de 4e, 3 e et d’ULIS venant de collèges entre Donges, Ligné, Nantes ou encore la Chapelle-sur-Erdre. « Les rêves et les secrets » dictent ainsi leur travail. L’artiste vient une première fois leur expliquer le projet. Dans un second temps, les classes mènent les interviews auprès de leurs pairs. Enfin, la dernière étape avant la restitution — qui prendra la forme d’un photo-concert-performance, se passe cette année en studio, où les élèves ont carte blanche pour illustrer les témoignages précieusement recueillis. Durant toute cette période les collégien·nes effectuent leur rendu sur une plateforme numérique en lien avec l’artiste et les professeur·es — indispensables à la réalisations du projet.

Au delà de l’aspect plastique, Adeline Praud insiste sur l’utilité d’un tel travail : « C‘est un puissant moteur pour travailler l’estime de soi, pour élargir l’horizon de ses rêves, pour les plus jeunes. » Dans son parcours de vie, la photographe a eu besoin que des pairs la considère « capable » pour trouver sa légitimité. Ainsi, c’est sa manière à elle de rendre la pareille.

Comme elle, Maud Fernique, référente culture du collège Arthur Rimbaud de Donges, est impressionnée par l’effet de cet atelier sur ses élèves. « C’est un temps suspendu et très rare. Peut-être qu’ils ne s’étaient jamais vraiment interrogés sur leurs rêves, leurs secrets.  »

Un travail vecteur de libération de la parole

« J’ai totalement confiance en la jeunesse, elle est lucide et leurs témoignages le prouve. » En effet, à plusieurs reprises, Adeline Praud a reçu des récit bouleversants d’agressions sexuelles ou d’inceste, recueillis par les élèves via ce dispositif — qui ont été par la suite, pris en charge par le corps éducatif. « L’élève qui eu ce témoignage a directement compris que ce n’était pas okay. » Et c’est également une des raisons pour laquelle la photographe fait perdurer ce projet qui la rend si fière : « Ça donne du sens à tout ce travail, explique-t-elle avec émotion, et ça montre l’espace bienveillant qui entoure celui-ci. » Maud Fernique plussoie : « En 20 ans de carrière, aucun projet n’avait jamais permis de telles confidences. »

Une manière également pour Adeline Praud de rester au fait de la société, « dans un endroit très particulier qui est le collège. » conclut-elle.


Pour aller plus loin :

  • Restitution le mardi 16 mars à 13h30 à Stereolux
  • Site d’Adeline Praud

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