« Que comptez-vous faire ? » Ce mercredi 25 février à la Manufacture des tabacs, la question est posée sans détour aux candidat·es aux municipales de 2026. Une centaine de personnes ont répondu à l’appel de l’intercollectif « Personne à la rue ! ». Rassemblant une quarantaine d’associations nantaises mobilisées contre le sans-abrisme, celui-ci a invité l’ensemble des candidat·es de la métropole nantaise – à l’exception des représentant·es du RN – à venir discuter autour de la question des personnes à la rue.
Pour l’occasion, cinq associations – le Droit au logement (DAL), la Diaconie diocésaine, la Ligue des droits de l’homme (LDH), la Maison du peuple et L’Autre Cantine – ont pris la parole pour présenter leur action et interpeller les responsables politiques. Elles avaient précédemment transmis aux candidat·es une liste de seize leviers d’action possibles à l’échelle municipale.
Six personnalités politiques ont répondu à l’appel : Agnès Bourgeais (Rezé citoyenne, une gauche unie et solidaire), William Aucant (La Nouvelle Nantes, LFI), Mounir Belhamiti (Nantes mérite mieux, ex-Renaissance), Alexandre Gauvin (Nantes ouvrière et révolutionnaire, NPA), Christophe Jouin (sur la liste de La Gauche unie pour Nantes) et Margot Mekdour (Nantes populaire). L’absence de Foulques Chombart de Lauwe, principal candidat de droite, n’a pas manqué d’être relevée par les différent·es participant·es.
Une situation jugée alarmante
Avant les interventions politiques, les associations ont dressé un état des lieux préoccupant. À Nantes, environ 3500 personnes seraient aujourd’hui sans solution d’hébergement.
Les intervenant·es évoquent des situations particulièrement difficiles : des familles contraintes de changer de lieu chaque nuit, des femmes venant d’accoucher sans solution d’hébergement, ou encore des enfants ballottés entre différents dispositifs. « La rue tue », rappellent-iels : fin décembre, deux hommes sans-abris sont morts dans la rue et un autre à l’hôpital.
Ces situations apparaissent d’autant plus incompréhensibles pour les associations qui estiment à près de 15000 le nombre de logements vacants dans la ville. Si l’hébergement d’urgence relève principalement de la compétence de l’État, l’objectif de la soirée est clair : comprendre ce que les candidat·es veulent concrètement faire face à cette situation.

Annie Richard, de la LDH, rappelle que la municipalité dispose malgré tout de moyens : « À chaque occupation illégale, la mairie cherche et trouve une solution. » Photo : Pierre Farnoud et Armel Bihan 25/02/2026
Des propositions diverses
Parole est ensuite donnée aux candidat·es pour énoncer leurs engagements. Unanimement, dans leurs interventions, iels ont critiqué l’État, à travers la Préfecture, pour l’absence de dialogue et la non-application de la loi relative à l’hébergement d’urgence.
Très critique envers les politiques actuelles, le candidat insoumis William Aucant propose notamment la réquisition temporaire de logements vacants, la mairie indemnisant les propriétaires avant de se retourner vers l’État, « comme la loi le permet ». Il souhaite également créer « un centre de santé dans chaque quartier », avec une attention particulière portée à la santé mentale.
Plus mesuré et défendant les actions précédentes de la municipalité, Mounir Belhamiti insiste plutôt sur le renforcement des dispositifs existants : construction de logements d’urgence, soutien accru aux associations et renforcement des moyens du CCAS et des équipes de maraudes.

De gauche à droite : Margot Mekdour, Christophe Jouin, Agnès Bourgeais, un bénévole de l’intercollectif, William Aucant, Mounir Belhamiti au micro, et Alexandre Gauvin. Unanimement, dans leurs interventions, les candidat·es ont critiqué l’État, à travers la Préfecture, pour l’absence de dialogue et la non-application de la loi relative à l’hébergement d’urgence. Photo : Pierre Farnoud et Armel Bihan 25/02/2026
À Rezé, la maire Agnès Bourgeais met en avant l’importance de la prévention et de l’accompagnement vers le logement, estimant que les solutions d’urgence « ne sont pas pérennes ». L’accent est mis sur les familles avec femmes et enfants. « On doit répondre à l’urgence, mais on ne peut pas tout faire », soupire-t-elle.
Christophe Jouin, adjoint municipal chargé de la santé et de la précarité, défend le bilan de la majorité actuelle et évoque plusieurs pistes pour un nouveau mandat : construction de logements, transformation de bureaux en habitations, pression sur l’encadrement des loyers ou encore doublement des places d’hébergement d’urgence.
Margot Mekdour, candidate de Nantes populaire, critique au contraire un bilan qu’elle juge insuffisant et propose notamment la création d’une agence municipale du logement, la construction de 10000 T1 à loyers modérés ainsi qu’un rapport de force plus affirmé avec l’État.
Plus radical, le candidat de la gauche révolutionnaire Alexandre Gauvin remet en cause le principe global de propriété privée du logement et défend la réquisition des logements vacants par la mobilisation sociale.
Une réquisition moins taboue
Dans un troisième temps, les Nantais·es ont pu réagir au micro en interrogeant directement les candidat·es. À travers deux séries de questions, ces échanges avec le public ont permis d’aborder plusieurs sujets : taxation des logements vacants, transformation de bureaux en logements, positionnement sur le projet de centre de rétention administrative, ou encore avenir du site du CHU de l’Hôtel-Dieu.
Le Collectif sans-papiers a notamment cherché à connaître les propositions pour que ne soient pas reproduite à Nantes la participation de la police municipale « aux rafles récentes envers les sans-papiers ».
La question de la réquisition des logements vacants a particulièrement animé le débat. Simon, du DAL44, a exprimé le souhait que tou·tes les candidat·es annoncent clairement leurs intentions sur la question. Si les candidat·es les plus à gauche, William Aucant, Alexandre Gauvin et Margot Mekdour y sont clairement favorables, Agnès Bourgeais et Mounir Belhamiti restent plus prudent·es.
Christophe Jouin a toutefois affirmé qu’« il n’y a pas de tabou » sur cette question au sein de la majorité municipale. Il considère que la situation est « de pire en pire » et que « l’État se désengage de plus en plus ». Si les politiques menées – si leur liste est élue – dans le prochain mandat ne suffisent pas, il affirme qu’iels s’autoriseront à demander l’application de la réquisition au préfet.

Comme un cri du cœur, ce bénévole associatif et ancien de la rue n’hésite pas à interpeller les candidat·es : « J’ai très honte de voir qu’il y a 15000 logements vacants à Nantes ! » Photo : Pierre Farnoud et Armel Bihan 25/02/2026
Les associations restent « sur leur faim »
À l’issue de la soirée, les associations dressent un bilan partagé. Dans l’ensemble, les échanges ont été appréciés.
Mais pour Simon, du DAL, certains discours semblent parfois « destinés à flatter les électorats ». Annick, de la Diaconie diocésaine, estime pour sa part que « les échanges ont été intéressants », même s’il a fallu « pousser un peu les candidat·es pour obtenir des propositions concrètes ».
Du côté de la LDH, Annie Richard regrette des interventions souvent composées de « poncifs », tout en soulignant une évolution notable : la réquisition des logements vacants ne semble plus être un tabou pour le Parti socialiste.
« Un chouette moment, riche de discussions, mais on reste sur notre faim », résume Samuel de L’Autre Cantine, qui regrette également l’absence du principal candidat de droite.
Finalement, pour les associations, l’enjeu sera désormais de maintenir la pression au-delà du débat électoral. Comme le rappellent Simon et Benoît du DAL, c’est surtout le poids de la mobilisation collective dans le rapport de force qui est déterminant : dès le samedi 28 février, à l’initiative du collectif Action réquisition, une nouvelle manifestation a réuni une centaine de personnes à Nantes.