5 janvier 2026

Le rock de Burn The Dress pour « brûler les injonctions »

Burn The Dress, groupe de rock nantais composé de femmes et personnes non-binaires, est sélectionné pour la 8e édition du tremplin Scène 2 Demain de Vertou. Iels se produiront à l'espace Cour et Jardin le 10 janvier 2026, pour défendre leur proposition musicale « 100% queer, intensément féministe ».

Le rock de Burn The Dress pour « brûler les injonctions »

05 Jan 2026

Burn The Dress, groupe de rock nantais composé de femmes et personnes non-binaires, est sélectionné pour la 8e édition du tremplin Scène 2 Demain de Vertou. Iels se produiront à l'espace Cour et Jardin le 10 janvier 2026, pour défendre leur proposition musicale « 100% queer, intensément féministe ».

« On est un groupe féministe, on est là pour une raison, on ne va pas se cacher », s’accordent Pauline au chant et aux claviers, Hermel à la guitare et Méline à la batterie, à la guitare et aux chœurs. Les trois musicien·nes, accompagné·es d’une bassiste au début de leur aventure, se rencontrent en janvier 2025. Leur envie est commune : secouer le paysage du rock indé nantais avec des compositions engagées.

Scène 2 Demain, un tremplin au cœur de la scène nantaise

Le 10 janvier 2026, Burn The Dress donnera un concert au tremplin musical Scène 2 Demain. Organisé par la ville de Vertou, le dispositif accompagne des groupes émergents de la région. L’audition se déroule devant un public et un jury. À la clé pour les finalistes, l’enregistrement d’une maquette et des programmations sur la commune. Pour Méline, c’est avant tout une opportunité de se confronter à des conditions de jeu professionnelles. « Ça va nous permettre de jouer sur une vraie scène, avec des régisseur·ses », souligne-t-elle.

Hermel replace cette participation dans un contexte plus large. Iel évoque « un écosystème à Nantes qui essaie de mettre en valeur les femmes et les minorités de genre », en citant le collectif Raymonde et les stages d’improvisation musicale en mixité choisie proposés par Trempo. Burn The Dress a également déposé sa candidature pour participer au dispositif M.I.N.T En Scène.

Créer un espace pour faire du rock autrement

L’idée de Burn The Dress naît dans la tête de Pauline plusieurs années auparavant. Musicienne de métier, elle souhaite « refaire du rock, avec que des meufs ou personnes non-binaires », mais peine à concrétiser cette envie. « Quand tu postes une annonce pour trouver une personne à la guitare, tu as mille réponses de mecs. Des réponses venant d’au moins une guitariste, beaucoup moins », constate-t-elle.

Pauline rencontre Hermel dans un contexte professionnel. Également guitariste de métier, iel évolue au sein de Raymonde. Lorsque Pauline lui parle de son projet, Hermel est tout de suite emballé·e : « J’ai ressenti l’appel. » Ensemble, iels repèrent très vite l’annonce publiée par Méline. Batteuse depuis l’enfance, cette dernière est en formation de régisseuse son et cherche un groupe dans lequel s’investir.

Hermel présente Raymonde comme « un collectif de musicien·nes en mixité choisie, sans homme cisgenre », né du constat que « les mecs cis prennent 90 % de la place dans les groupes et à la technique ». Une expérience déterminante pour l’artiste : « Ça m’a donné beaucoup de confiance et de joie d’être dans ce milieu queer, avec de la sororité et de l’adelphité. On se soutient, on se célèbre ! » Une dynamique que Burn The Dress entend prolonger, en créant un espace d’affirmation féministe, aux antipodes des boys club du rock.

L’alchimie du groupe se tisse au fil des répétitions, en compagnie du mannequin de couture adopté comme mascotte. Le 4 janvier 2026 © Amélie Fortin

Si l’objectif est clair, Burn The Dress se présente également comme un projet construit. Les musicien·nes se retrouvent une fois par mois pour de longues sessions préparées en amont. Méline et Hermel envoient des propositions de maquettes, pour que chacun·e ajoute sa patte. « On s’envoie les sons, les idées, les paroles. Quand on arrive en répétition, on sait ce qu’on va bosser », explique la batteuse. Cette efficacité contribue à l’envie de s’investir durablement dans le projet. Hermel l’évoque : « Ça m’a beaucoup plu dans Burn The Dress. C’est sérieux : on a des objectifs à long terme, on n’est pas un groupe d’amateur·ices qui se réunit juste pour jouer. »

Militer dans les textes comme sur scène

L’engagement de Burn The Dress « n’est pas forcément dans les paroles », précise Pauline. Le groupe alterne morceaux engagés et chansons d’amour : « Souvent, ce sont des histoires d’amour entre meufs, donc c’est déjà politique, même si ce n’est pas de la confrontation directe. » Le titre I’m Bi revendique la bisexualité, tandis que Boxes aborde la non-binarité et l’identité de genre, avec cette idée comme manifeste : « Je ne veux pas qu’on me mette dans une case. »

Le 29 novembre 2025, lors de leur premier concert au festival Culture Bar-Bars, cette proposition trouve un écho immédiat. Pendant I’m Bi, Hermel remarque que « des gens ont capté de quoi parlait la chanson et ont commencé à chanter spontanément ». Iel se souvient d’« un échange de regards, comme pour se dire : “on se sait, merci pour ta chanson !” » Un moment marquant pour le groupe. « On voulait dès le début rentrer dedans, ne pas décevoir les gens et donner direct notre image, nos valeurs », résume Méline. Pauline monte sur scène avec une conviction forte : « Faut pas que je m’excuse d’être là. »

Le choix du nom du groupe s’inscrit dans cette même logique. Hermel relate : « On voulait un nom féministe et militant, mais pas essentialisant. » L’image qui s’impose est celle de femmes brûlant leur robe de mariée après avoir quitté une relation violente ou abusive. « Brûler la robe, c’est brûler les injonctions. » Une interprétation que Pauline tient à clarifier : « Ce n’est pas du tout brûler les femmes. C’est brûler ce qu’on projette sur nous. »

Burn The Dress sait ce qu’iel défend et assume pleinement son identité. Si le passage par le tremplin Scène 2 Demain marque une étape importante, le groupe est déjà programmé dans les mois à venir et de nouvelles chansons sont en préparation pour un futur EP.

 

Pour aller plus loin

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Prochains concerts en 2026

Curieuse, passionnée et lumineuse, Amélie a cette envie sincère de faire rayonner la culture et la solidarité nantaise.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017