« À la réouverture [après les confinements liés au Covid-19], on s’est rendu compte que les jeunes en général avaient disparu des salles », se souvient Nolwenn Bihan. Le TU et la direction de la culture de Nantes Université ont alors lancé le Tarif Super Offert, qui permet aux étudiant·es d’assister aux spectacles sans débourser d’argent. Le dispositif concerne aussi certaines séances des festivals Univerciné et du Festival du cinéma espagnol au Katorza. Nolwenn Bihan, directrice du TU, Caroline Grimaud, directrice du Katorza, et Emmanuelle Bousquet, vice-présidente culture de Nantes Université, en dressent le bilan. Anouk Mignot, chargée de projets culturels à l’université, et Lucas, étudiant en médecine, racontent une autre manière de pousser la porte des lieux culturels grâce aux visites curieuses.

Des étudiant·es qui se laissent séduire
Depuis 2021, le retour du public étudiant est devenu un enjeu majeur pour le TU. Il représente désormais environ 30 % du public, une proportion que « n’importe quelle institution culturelle rêverait d’avoir », affirme Emmanuelle Bousquet. Selon l’université, la moitié des bénéficiaires interrogé·es utilisent le Tarif Super Offert pour la première fois.
Entre 2021 et 2025, 12 800 billets ont été attribués au TU dans le cadre du Tarif Super Offert et 6 400 pour le cinéma, selon les chiffres communiqués par Emmanuelle Bousquet. « C’est comme si le campus du Tertre dans son ensemble était venu une fois au théâtre universitaire ou au cinéma », se réjouit-elle, avant de préciser que l’établissement a été le premier en France à mettre en place un tel dispositif.
Au Katorza, les places prises en charge par l’université sont limitées en nombre pour chaque festival, contrairement au TU. Caroline Grimaud constate néanmoins leur effet sur la composition des salles : « Je trouve que ça a contribué à rajeunir le public du Katorza. Et du coup à le mélanger. L’objectif, c’est pas d’avoir que des jeunes, c’est d’avoir tout le monde. » La fréquentation étudiante devient ainsi un moyen de diversifier les publics.

Une première visite qui suscite l’envie d’une deuxième
À 20 ans, Lucas étudie la médecine. Nantais de naissance, il vit à deux pas du Musée d’arts et raconte : « Je passe devant et à chaque fois, je me dis : “Ah oui, il faut que je le fasse !” Et en fait, je le fais pas. » Une visite curieuse organisée par Nantes Université, à laquelle il participe avec ses ami·es, lui donne enfin l’occasion de découvrir le lieu. Après coup, il retient une « visite instructive », qui « permet d’apporter un contexte nécessaire à la compréhension des œuvres » et surtout une envie « d’y retourner car on n’a évidemment pas pu tout voir en une seule fois ».
Ces visites gratuites, au nombre de 10 à 15 par an, réunissent généralement 15 à 20 participant·es. Elles associent découverte d’un lieu, de ses coulisses et d’une proposition artistique. Pour Anouk Mignot, qui les organise, l’enjeu dépasse le prix du billet : « On est vraiment dans un objectif d’accompagner les premières fois, pour que [les étudiant·es] se sentent ensuite légitimes de pousser les portes. »
Les structures accueillantes, comme Stereolux, le Lieu Unique, le théâtre Graslin Angers Nantes Opéra ou des salles de spectacle plus confidentielles, y voient aussi l’occasion de rencontrer des personnes qui n’y seraient pas venues seules. « Toutes ces salles ont un objectif de développement des publics et les publics jeunes sont les futurs spectateurs de demain », souligne Anouk Mignot.
Au TU, l’absence de dépense autorise une autre forme de découverte, celle d’un spectacle choisi au dernier moment. « Ce qu’autorise le Tarif Super Offert, c’est vraiment de venir spontanément, sans trop se poser de questions ou sans trop se dire qu’il faut rentabiliser sa place et son investissement », explique Nolwenn Bihan.

Des billets offerts, des partenaires soutenus
« C’est vraiment du collectif. C’est offert, mais pas gratuit », insiste Emmanuelle Bousquet. Les billets du Tarif Super Offert sont en effet financés par la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), payée à l’inscription par les étudiant·es qui n’en sont pas exonéré·es, à savoir 105 € pour l’année universitaire 2026-2027. Les places sont donc sans frais pour leurs bénéficiaires, mais rémunérées aux structures partenaires.
Pour l’université, ce financement sert également à soutenir des acteurs culturels liés à la vie étudiante. « Quand on démontre par A + B, à travers les places super offertes, qu’il y a un intérêt, ça conforte leurs demandes de financement », explique Emmanuelle Bousquet. Le dispositif renforce donc les liens entre l’université et les lieux culturels de la ville.
Le Tarif Super Offert permet également de faire entrer le spectacle vivant et le cinéma dans les parcours universitaires. Certaines séances sont ainsi intégrées aux formations, en lien avec les thématiques étudiées. « Sans ce Tarif Super Offert, ce serait difficile pour les enseignant·es d’organiser des sorties qui demandent aux étudiant·es de payer leur sortie », souligne Nolwenn Bihan. La prise en charge des billets permet ainsi de proposer ces sorties pédagogiques sans imposer de dépense supplémentaire aux étudiant·es.

Le maintien de cette politique culturelle reste toutefois « un choix politique de Nantes Université », rappelle Nolwenn Bihan. Emmanuelle Bousquet assure que le Tarif Super Offert n’est, pour l’heure, « pas remis en question ». Au-delà de ce dernier et des visites curieuses, la CVEC finance d’autres initiatives à Nantes Université, comme la distribution de protection menstruelles, la bibliothèque d’objets BOBUN ou encore des actions de prévention en santé. Soit autant de dispositifs destinés à améliorer le quotidien des étudiant·es.




