« Wow ! C’est hyper minutieux, c’est trop beau ! », s’enthousiasme une visiteuse. Une petite centaine de personnes s’est pressée au Passage Sainte-Croix le jeudi 24 septembre 2026. Des jeunes adultes aux retraité·es, les regards passent des photographies Boxing Queens de Delphine Blast, aux minuscules objets assemblés par Justin Palermo, disséminés dans tout le bâtiment. Pour son vernissage de rentrée, le lieu culturel nantais donne à voir les deux premières interprétations d’un mot qui guidera toute sa saison : réparer.

Différentes portes d’entrée vers le Passage Sainte-Croix
Derrière la réparation, se cache d’abord un constat : celui de quelque chose de cassé ou abîmé. Mais la programmatrice du lieu Raphaëlle Leterrier y voit surtout « quelque chose d’assez positif, l’espoir de se dire qu’on peut agir, chacun à notre manière, chacun à notre niveau ». Une idée suffisamment large pour traverser toute la programmation et trouver un écho particulier auprès des artistes contacté·es. Elle raconte : « À chaque fois qu’on [leur] en parle, on sent que les artistes ont des étoiles dans les yeux. »

Jusqu’en janvier, cette réparation prendra des formes multiples. Par exemple, la pièce Après la paix vient le plus dur questionnera la possibilité de continuer à vivre après des violences intrafamiliales, tandis qu’une nouvelle interprétation de Lettre au père, de Franz Kafka, explorera les blessures d’une relation filiale. Le goûter culture “Réparer les gueules cassées” s’intéressera quant à lui au visage et à sa reconstruction. Expositions, théâtre, concerts, ateliers ou rencontres : « On n’est pas tous sensibles aux mêmes choses », explique la programmatrice. D’où cette volonté de permettre à chacun·e d’entrer dans le thème à sa manière.

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Des boxeuses érigées en icônes
Dans la série de photographies Boxing Queens, la photographe parisienne Delphine Blast suit de jeunes boxeuses rencontrées à Arusha et Dar es Salaam en Tanzanie. Entraînements, compétitions et instants de vie racontent des femmes qui tentent de se faire une place dans un sport encore largement masculin.

À ces images documentaires répondent des portraits où la feuille d’or vient transformer les sportives en figures de puissance. Pour Raphaëlle Leterrier, l’exposition incarne le versant « très engagé, à la fois social et documentaire » de cette nouvelle saison. « On n’a pas envie de rester dans quelque chose de simplement esthétique », déclare-t-elle.
Le 26 septembre, le principe de ces portraits se prolonge lors d’un atelier mené par Delphine Blast. Sabah, l’une des participantes, revient sur ce qui l’a convaincue de s’inscrire : « Le fait de pouvoir se prendre en photo, d’oser se montrer et d’essayer d’exister. » Mais une fois devant l’objectif, l’exercice s’est révélé moins évident pour elle : « Quand il a fallu se prendre en photo […], j’avoue que j’ai été un peu stressée. » Alors la photographe la guide et peu à peu, Sabah sent qu’« une confiance s’installe envers Delphine, mais aussi envers [elle]-même ». Après quatre heures passées à photographier puis transformer son portrait, la tension disparaît : « Finalement, je suis joyeuse et je suis contente de repartir avec mon portrait. »

De l’engagement à l’intime
Avec Réparer l’invisible, Justin Palermo emprunte un chemin beaucoup plus intime. Au vernissage, le public se penche, s’approche et scrute ces minuscules assemblages installés dans les moindres recoins du Passage. Derrière leur aspect ludique, affleure pourtant une histoire intime douloureuse.

« Il y a quelque chose de très beau et de très touchant dans son travail », raconte Raphaëlle Leterrier. Elle décrit un artiste « extrêmement sensible, poétique, délicat », capable de percevoir ce que les autres ne voient pas. Parmi les œuvres, une petite échelle semble partir vers le ciel. Une image que la programmatrice retient particulièrement : « Malgré le fait que son histoire soit assez difficile, il nous invite à nous envoler. Et dans la situation actuelle, ça fait vraiment du bien. »

Les deux expositions temporaires commencent ainsi à montrer l’amplitude que le Passage Sainte-Croix entend donner au verbe réparer. D’ici janvier, d’autres artistes et d’autres disciplines viendront encore enrichir le mot. Avec l’ambition, résume Raphaëlle Leterrier, de faire du Passage « un endroit où faire une pause, un endroit de réflexion ».
Pour aller plus loin
- Découvrir la programmation complète du Passage Sainte-Croix
- L’exposition Boxing Queens se tient du 25 septembre au 31 octobre 2026 (en accès libre)
- L’exposition Réparer l’invisible se tient du 25 septembre au 28 novembre 2026 (en accès libre)
- Le spectacle Après la paix vient le plus dur aura lieu le 23 octobre 2026 à 18h (participation libre)
- Le spectacle Lettre au père aura lieu le 5 novembre 2026 à 20h (tarif plein : 9€ / tarif réduit : 6€)
- Le goûter culture philo “Réparer les gueules cassées” aura lieu le 6 novembre 2026 à 17h (participation libre)


