« Ce que j’ai retenu de la soirée, c’est à quel point cette mouvance est nébuleuse. » À la sortie de la Maison des syndicats, Étienne (prénom d’emprunt) repart avec davantage de questions que de certitudes. Comme lui, des Nantais·es de tous âges ont assisté à la présentation d’Extrême Danger, le livre-enquête des journalistes de StreetPress, consacré à l’extrême droite radicale. Entre habitué·es des médias indépendants, militant·es et simples curieux·ses, les échanges se sont prolongés bien après la fin de la rencontre. Un signe que, derrière l’intérêt pour le livre, beaucoup étaient surtout venu·es chercher des clés pour mieux comprendre un phénomène jugé de plus en plus difficile à décrypter.
Un public venu pour comprendre
Avant le début des échanges, une file d’attente se forme autour d’un stand de livres. Les exemplaires de l’ouvrage phare de l’événement, sous-titré Connaître et contrer l’extrême droite radicale, côtoient une vingtaine d’essais politiques et sociologiques, sélectionnés la librairie nantaise Les Bien-aimé·e·s, partenaire de l’événement.
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Plusieurs participant·es repartent déjà avec des livres sous le bras, avant de s’installer face à la scène, où prennent place les journalistes Christophe-Cécil Garnier de StreetPress et Thibault Dumas de Mediacités Nantes. Les deux journalistes répondent aux questions Clothilde Le Coz, journaliste et cofondatrice de l’Ofalp (Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse), et de Virginie, membre du collectif VISA 44 (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes), un réseau unitaire de syndicats en Loire-Atlantique.
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Dans la salle, les profils sont variés. Certain·es suivent déjà le travail des médias indépendants et espèrent en apprendre davantage. « Je suis venue pour m’informer sur le sujet, et c’est aussi pour ça que j’ai acheté le livre », explique Marine, journaliste indépendante. Stéphanie, venue sur les conseils d’un ami, partage une démarche similaire : « Je ne suis pas particulièrement armée sur ce sujet et je ne suis engagée dans aucune organisation, mais je voulais m’informer. […] Je suis venue chercher des éléments pour mieux comprendre et savoir à quoi être attentive. »

Cette attente rejoint l’objectif affiché par Christophe-Cécil Garnier. « Le but de ce genre de livre, ce n’est pas de dire “ils sont partout, ils vont gagner”. Loin de là. C’est de donner les clés aux associations quand elles rencontrent cette opposition. » Le journaliste, qui exerce depuis près de 10 ans, explique qu’il s’agit du prolongement de plusieurs années d’enquête menées par StreetPress, en s’appuyant sur le travail de l’historien et chercheur Nicolas Lebourg.
Présent tout au long de la soirée, VISA 44 souhaitait rendre ce travail accessible au plus grand nombre, dans la lignée de son combat. « Le travail antifasciste, c’est à la fois de la formation et du partage d’informations », rappelle Manu, membre du collectif. Il poursuit : « Les auteurs ont travaillé pendant des années sur ce sujet. Pour nous, il était important de contribuer à diffuser leur travail le plus largement possible. »
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Des questions qui ramènent le débat à Nantes
Pour clôturer les échanges, une dizaine de participant·es se succèdent au micro, avec des questions et des inquiétudes qui dépassent rapidement le cadre de l’ouvrage, portant sur :
- l’implantation des groupuscules dans les Pays de la Loire et la place des catholiques intégristes dans ce paysage ;
- le confusionnisme autour des mouvements sociaux, comme celui qui aurait émané de la manifestation “Bloquons tout” du 10 septembre 2025 ;
- les liens entre le Rassemblement National et Les Républicains dans les quelques mairies affiliées à ce dernier ;
- les financements de milliardaires d’extrême droite et les possibilités pour la gauche d’y faire face avec moins de moyens, avec l’exemple des mobilisations contre La Nuit du Bien Commun du 5 juin 2025.
Pour Thibault Dumas, rédacteur en chef de Mediacités Nantes, les réalités locales méritent toutefois d’être nuancées : « Derrière beaucoup de ces organisations, on retrouve finalement quelques dizaines de personnes qui passent d’un groupe à l’autre. » Il rappelle également que « les grandes institutions, les grandes villes et la région sont gouvernées successivement par le centre gauche et le centre droit. […] L’extrême droite est très peu implantée historiquement ici. » Selon lui, « la réalité du territoire, c’est aussi un mouvement antifasciste particulièrement fort », qui rend plus difficile l’implantation durable des groupuscules.

Les applaudissements mettent fin à la rencontre, mais pas aux échanges. Une file d’attente se reforme devant le stand des Bien-aimé·e·s, où les exemplaires continuent de trouver preneuse et preneur, tandis que d’autres discussions se poursuivent sur le parvis de la Maison des syndicats.
Plus qu’une simple étape de tournée, la soirée a offert aux Nantais·es un espace pour confronter une enquête nationale à leurs propres interrogations locales. Cette crainte concerne également les associations nantaises, confrontées aux dangers de l’extrême droite, comme le centre LGBTQIA+ Nosig, qui a consacré une partie de son discours d’ouverture de la Pride 2026 à ces enjeux de lutte antifascite.




