Les illustrations de Lu : « Adoucir le militantisme pour le rendre plus accessible »

Illustrateur installé à Rezé, Lu Mansot publie en juin 2026 “La BD pleine de plus petites BD”, son premier ouvrage autoédité. À travers son alter ego dessiné Potit Lu, il raconte autant ce qu’il vit que ce qui le révolte dans le monde qui l’entoure.

« J’essaie simplement d’écouter mes émotions pour que ça puisse apporter quelque chose aux autres. » À 25 ans, Lu nourrit ses bandes dessinées de ce qui le traverse au quotidien. Ses idées lui viennent « sous la douche », « en plein milieu d’une soirée » ou au gré des actualités politiques. Ainsi, l’illustrateur nantais transforme ses colères, ses enthousiasmes et ses convictions en récits colorés où l’intime côtoie les enjeux de société, avec l’espoir que chacun·e puisse y trouver un écho.

Des illustrations douces dans la forme, engagées sur le fond

Lu est diplômé du parcours bande-dessinée de l’école Pivaut à Nantes, une ville dont il est « tombé amoureux » à son arrivée en 2020, après avoir grandi en région parisienne et « vadrouillé entre Paris, Bordeaux et le Lot ». Son personnage signature est né à l’occasion d’un exercice de character design, une discipline qui consiste à concevoir l’apparence d’un personnage. « Je fais quasiment 1,80 m et je trouvais ça rigolo de m’appeler Potit alors que je suis tout sauf petit », s’amuse-t-il. Un paradoxe à l’image de son travail : aborder des sujets lourds avec une apparente légèreté.

Son double dessiné est alors devenu un porte-voix pour vulgariser des thématiques « qui peuvent être sérieuses, parfois profondes ou difficiles, tout en essayant de les rendre plus douces visuellement ». Une grande partie des illustrations publiées sur son compte Instagram et dans ses BD abordent frontalement les luttes antifascistes et les violences systémiques. Une position nourrie par ses convictions politiques. Engagé à La France Insoumise, Lu assume : « On tend vers le fascisme [et] si on n’est pas informé·e, on ne peut pas se rebeller et agir. » Selon lui, le dessin rend « le sujet plus abordable pour tout le monde ».

Cette démarche s’appuie aussi sur un univers graphique « très expressif et très vivant ». Inspiré par des autrices comme Eupholie, Mirion Malle, Lucie Bryon et par la série de BD Lou ! de Julien Neel, Lu revendique son goût pour les couleurs, les traits fins et les ambiances chaleureuses, reflet de ses premières amours pour l’acrylique et l’aquarelle.

Cette planche sur la canicule a suscité de nombreuses réactions à chaud. Lu y défend l’idée que les efforts en matière d’écologie doivent surtout être portés par les plus privilégié·es : « La responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les classes populaires. » Photo : Amélie Fortin, 19/06/2026

Partir de l’intime pour créer de l’empathie

La santé mentale occupe également une place importante dans les planches de Lu. Un sujet qu’il relie à son propre parcours : « Ça a forcément impacté ma vision de la vie, ma façon de grandir et d’évoluer. » En témoignant de ses expériences, il souhaite que « les personnes qui ne sont pas confrontées à ces problématiques puissent mieux comprendre ce que ça représente et soient davantage à l’écoute des gens qui traversent ce genre de situations ».

Chez Lu, les idées surgissent souvent d’un « état émotionnel fort ». Il cite plusieurs situations : « Si je ne vais pas bien, si je suis nostalgique, si je suis super heureux et que j’ai envie de partager quelque chose. » Et d’ajouter avec malice : « Ou même si je suis fâché contre Macron. » Cette matière intime devient alors matière à raconter et l’aide à « mettre les choses à plat dans [sa] tête ».

Cette sincérité permet aux aventures de Potit Lu de résonner auprès du public. Une publication consacrée à l’endométriose a notamment déclenché une centaine de réactions. « Beaucoup de personnes m’ont raconté leur propre expérience [et] s’entraidaient directement dans les commentaires. Je trouve ça trop beau, ça donne vraiment du sens à ce que je fais », raconte Lu avec tendresse.

« Je peux passer des dizaines d’heures sur certains projets pour finalement publier un seul post sur Instagram », explique Lu, frustré de ne pas pouvoir publier autant qu’il le souhaiterait. Photo : Amélie Fortin, 19/06/2026

Faire circuler ses idées sans perdre son propos

Aujourd’hui, plus de 8 000 personnes sont abonnées à son compte Instagram. Si Lu se félicite de cette communauté construite au fil des années, il met un point d’honneur à « ne pas tomber dans une logique où l’on crée uniquement du contenu pour provoquer des réactions ». Une visibilité qui apporte aussi son lot de responsabilités : «  Maintenant que j’ai davantage d’audience, je fais encore plus attention à ce que je raconte. Je suis particulièrement vigilant sur les sources que j’utilise et sur les informations que je partage quand je fais de la vulgarisation. »

En parallèle, Lu exerce son activité artistique tout en travaillant comme barman. Une organisation qui exige de « faire des doubles journées », laissant peu de place au repos. Si l’illustrateur rêve de collaborer avec Exemplaire Éditions, une référence de l’édition raisonnée qui repose sur le financement participatif, il avoue ne pas se sentir « encore totalement prêt ».

Pourtant, le dessinateur ne manque pas d’idées à concrétiser. Notamment une bande dessinée consacrée au mannequinat, un milieu qu’il a fréquenté plusieurs années, pour soulever « des questions liées à l’hypersexualisation des personnes très jeunes ». Un projet encore en gestation, comme celui portant sur « la place des femmes et des personnes queer dans les concerts de musiques extrêmes ». Organisateur de concerts punk, métal et hardcore chez Toumi Asso, Lu pense depuis plus d’un an à créer un zine pour étayer sa « réflexion autour du pogo, de l’occupation de l’espace et de la manière dont les hommes prennent cette place ». Un sujet qui lui « tient à cœur », mais qu’il n’a pas encore réussi à « formuler de la bonne manière ». Une difficulté qui résume assez bien la démarche de Lu : trouver les mots justes pour parler de sujets complexes, en embarquant ses lecteur·rices dans son monde doux et coloré.

À court terme, Lu partagera son travail dans différents évènements au cours de l’été 2026 :

 


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