« On est complètement concerné par les municipales parce que les villes, ça va être nos lieux de résistance, nos lieux de vie de l’ESS », mentionne d’entrée de jeu Emilie Sarrazin, directrice des Ecossolies.
Différentes associations traitant des questions environnementales (au sens large) se sont exprimées pour Fragil au sujet de leur attentes pour les municipales. Ces associations sont très différentes, tant par leur taille, leur objet ou le type de personnes qu’elles regroupent. Elles ont pourtant une attente qui revient de manière quasi unanime : elles ont de l’expertise dans leur domaine et veulent pouvoir collaborer activement avec les services publics de la métropole nantaise.

De gauche à droite : Erell Olivo de l’Association des Riverains et Amis de la Beaujoire, Romain Allais des Boîtes à Vélo, Emilie Sarrazin des Ecossolies, Christine Margetic de La Maison des Agricultures et de l’Alimentation Durables (MAAD) et Alexis Groussin de Place au Vélo. Février 2026 Nantes.
Concertation et consultation
« Dans la gestion des plans de circulation, nous avons une expertise. Place au vélo veut être un interlocuteur consulté en amont, pour la création, et pas pour la validation une fois que le plan est fait », affirme Alexis Groussin, secrétaire de l’association citoyenne militant pour le développement des mobilités douces. Romain Allais, salarié des Boîtes à Vélo – Nantes, est lui-même régulièrement consulté par les services techniques communaux « parce que là où un vélo pro passe, tous les autres cyclistes passeront. » L’association qu’il représente regroupe des professionnel·les de la cyclo-logistique ou dont le vélo est le principal mode de déplacement professionnel.
Le manifeste de l’Association des Riverains et Amis de la Beaujoire (ARALB) concernant les enjeux environnementaux et sociaux au Champ-de-Manoeuvre révèle aussi un mécontentement face au manque d’écoute des besoins des citoyen·nes du quartier Nantes Erdre. « Finalement, on se retrouve avec des projets où les habitants ne sont pas associés tant que ça. Je veux dire : qui peut aller à une réunion de consultation à 17 ou 18h dans notre monde actuel ? », dénonce Erell Olivo, bénévole depuis 2 ans, avec un mélange de déception et de colère.

Ecologue de formation, Erell Olivo est ici à la recherche d’une salamandre tachetée. Lors des visites du Champ-de-Manœuvre organisé par l’ARALB, cette bénévole explique avec passion les rôles de chaque écosystème de l’espace vert, les caractéristiques des nombreux animaux présents sur le site ainsi que la réglementation municipale concernant la construction de structures urbaines en cohabitation avec le vivant. Photo Valérie Babin – 1er février 2026.
De leur côté, les Ecossolies se posent en véritables partenaires des municipalités sur les questions des services à la personne. « Nous on veut pas faire d’argent sur la pauvreté, la petite enfance, la vieillesse. On veut juste offrir des solutions aux difficultés des territoires », souligne la directrice de l’association qui vise à développer l’Economie Sociale et Solidaire (ESS).
Même son de cloche du côté de la MAAD, la Maison des Agricultures et de l’Alimentation Durables, qui fédère un réseau d’acteurs pour la transformation des modèles agricoles et alimentaires. Rappelant son slogan « L’oignon fait la force », Boris Bailly, vice-président, souligne la posture coopérative de l’association : « Notre idée c’est plutôt de construire un rapport de coopération avec la métropole pour que ce manifeste [ndlr : voir plus bas] puissent contribuer comme une sorte d’agenda, une sorte de feuille de route du Plan Alimentaire Territoriale. »

Le 5 février dernier, à La SAUGE, la MAAD a organisé un événement rassemblant une trentaine de personnes pour célébrer et présenter le manifeste. Les membres du CA se sont partagé le micro pour expliquer, à l’aide d’un jeu-questionnaire, les 3 axes du Manifeste pour un territoire qui nourrit et relie ! Photo Valérie Babin – 5 février 2026.
Des propositions fortes et argumentées
Proposer des plans de route ou des solutions structurées, argumentées et quantifiées, c’est justement un objectif de ces associations environnementales pendant cette campagne. Elles ne sont pas dans l’attente, au contraire : elles ont développé des messages forts à destination des candidat·es : la MAAD et l’ARALB ont rédigés un Manifeste, les Ecossolies ont prévu un kit d’actions et Place au Vélo propose un Livre Blanc. Ainsi elles espèrent que les candidat·es s’emparent de leurs enjeux et se positionnent clairement face à ces demandes.
Dans son Manifeste pour un territoire qui nourrit et relie !, la MAAD souhaite que la nouvelle équipe s’empare du Plan d’Alimentation Territorial (PAT) et invite l’ensemble de la société civile à y contribuer. Pour l’association, le PAT actuel ne prend pas assez en compte la composante agricole et les moyens de production et se focalise surtout sur la partie consommation et alimentation. Elle demande une réévaluation de ce PAT, car on est précisément à mi-parcours de ce plan à objectif 2030.
Avec le kit de plaidoyer Porter la voix de l’ESS dans les campagnes municipales, les Ecossolies permettent aux candidat·es, mais aussi à celles et ceux qui veulent les interpeller, de trouver des propositions concrètes pour promouvoir l’ESS et démontrer sa robustesse. Parmi les actions concrètes, le « plan cellules vides » vise à faciliter l’accès pour « des structures ESS ou des porteur·ses de projets de tester ou développer leur activité en centre-bourg ou centre-ville. »
Le Livre Blanc de Place au Vélo propose différentes actions à mettre en application pour arriver à une « Ville apaisée, où un enfant de 11 ans pourrait aller sans crainte seul au collège, à pied ou en vélo. » Cela passe, entre autres, par une ville limitée à 30km/h et une formation obligatoire des enfants via le brevet SRAV (Savoir Rouler À Vélo) explique Alexis Groussin.
Pour les Boîtes à Vélo, l’enjeu est que les municipalités restent dans la continuité des plans pour les vélos actuellement en cours pour ne pas que cela s’ajoute à la volte face de l’État au national. Romain mentionne aussi un gros besoin de rééquilibrage et de désengorgement des axes de circulation ainsi que du foncier : les espaces disponibles en centre ville pour que de petits centres logistiques puissent exister, notamment autour de l’ancien MIN, sont en train de disparaître sous la pression foncière. Les vélos cargos pourraient devoir aller jusqu’à Rezé Sud pour recréer des hub logistiques. D’après son expérience, la cyclo logistique est un atout dans le développement économique, par sa complémentarité avec la logistique motorisée mais aussi par le coût d’accès réduit à la profession car « un vélo cargo pro c’est quand même beaucoup moins cher qu’un camion ».
La pression foncière est aussi un sujet très important pour l’ARALB. En effet, la Zone d’aménagement concerté du Champ-de-Manoeuvre (50 hectares à l’est de l’Erdre et au sud de Carquefou) prévoyant la construction de 2000 logements et d’un Centre de Rétention Administrative (CRA) est en train de se construire sur une zone humide. Ce nouvel aménagement détruit non seulement la faune sauvage qui occupe le territoire, mais c’est également une vraie question de salubrité pour les futur·es habitant·es dont les logements sont construits sur une zone humide.

Alexis Groussin secrétaire de l’association Place au Vélo, entouré des outils de l’atelier nantais brico-vélo situé Place Viarme. Animé par des bénévoles formé·es à la mécanique de vélo, l’atelier ouvre ses portes à toute personne désireuse d’apprendre à réparer par elle-même son vélo tous les jeudis de 17h à 20h et les samedis de 14h à 18h. Photo Adélaïde Cesbron – 6 février 2026.
Des candidats plutôt difficiles à joindre
Dans l’ensemble, les différentes associations n’ont pas l’impression de recevoir autant d’attention que ça de la part des différent·es candidat·es, et de devoir aller les interpeller longuement pour avoir leur oreille. Pour Place au Vélo, le fait que les têtes de liste aient mis si longtemps à se déclarer a compliqué toute prise de contact. L’équipe en place, déjà en contact régulier avec les différents acteurs associatifs est celle qui a le plus répondue présente et s’est le plus déplacée, notamment Delphine Bonamy (déléguée Agenda 2030 – Jardins familiaux et partagés, végétalisation – Nature en ville), qui a été cité par 2 des 5 associations rencontrées.
Un peu plus d’info sur les structures interrogées
ARALB
Les Boites à Vélo
Les Ecossolies
- https://www.ecossolies.fr/
- Porter la voix de l’ESS dans les campagnes municipale
- L’article de Fragil sur l’ESS
la MAAD
Place au Vélo
- Livre Blanc
- La carte nationale de l’engagement des candidat·es au sujet du vélo
- L’article de Fragil sur la place des femmes à vélo