3 mars 2026

Les Dévoreuses, une bibliothèque féministe « le plus accessible possible »

Chaque dernier mercredi du mois, de 18h à 20h30, le collectif les Dévoreuses installe sa bibliothèque féministe à pol-n. Les adhérent·es peuvent y emprunter des romans, essais, romans graphiques ou encore des livres jeunesse qui ne figurent pas toujours dans les catalogues des bibliothèques municipales. L’objectif : rendre accessibles au plus grand nombre des outils intellectuels pour nourrir la lutte féministe.

Les Dévoreuses, une bibliothèque féministe « le plus accessible possible »

03 Mar 2026

Chaque dernier mercredi du mois, de 18h à 20h30, le collectif les Dévoreuses installe sa bibliothèque féministe à pol-n. Les adhérent·es peuvent y emprunter des romans, essais, romans graphiques ou encore des livres jeunesse qui ne figurent pas toujours dans les catalogues des bibliothèques municipales. L’objectif : rendre accessibles au plus grand nombre des outils intellectuels pour nourrir la lutte féministe.

L’ambiance est détendue et accueillante ce mercredi 25 février à pol-n pour la permanence mensuelle de la bibliothèque du collectif les Dévoreuses. Sur les tables, les romans féministes côtoient les essais anticapitalistes et les livres pour enfants jouxtent les recueils de poésie. Un coin goûter-apéro a été installé : « On peut se poser là autant de temps qu’on veut pour chiller, discuter, bouquiner », explique Eli, l’une des bénévoles des Dévoreuses. Ce jour-là un atelier fabrication de badges, qui occupe plusieurs enfants, a également lieu.

Les Dévoreuses proposent à l’emprunt des romans, essais, recueils de poésie féministes et militants. Photo : Florence Calvez 25/02/2026

Des outils d’autodéfense féministe intellectuelle

Née « d’ami·es qui se sont d’abord échangé un peu les livres comme ça », la bibliothèque a ensuite pris forme « dans les milieux des squats, à la ZAD, notamment », retrace Eli. Installée depuis 2018 à pol-n, rue des Olivettes, elle fait aujourd’hui partie de la Trousse à Outils, « l’asso mère des Dévoreuses », précise Coral, autre bénévole de la bibliothèque. L’objectif de l’association est double : d’un côté « la défense physique » au travers de stages d’auto-défense féministe et de l’autre, une défense « plus intellectuelle » avec les Dévoreuses, résume Eli.

Selon Coral, la raison d’être de la bibliothèque est de « diffuser des livres qui ne sont pas vraiment accessibles ailleurs, qui ne vont pas être dans les bibliothèques classiques ». Les ouvrages proviennent de dons de particulier·es, d’un partenariat avec la librairie nantaise Les Vagues ou d’achats lorsque les fonds de la bibliothèque le permettent. Ils constituent de véritables « outils de lutte contre le sexisme, la misogynie, les LGBTQIA-phobies et les normes de genre », peut-on lire sur le site du collectif.

Au fond de l’espace est également installée une table où se trouvent des brochures tirées du site infokiosques, à prix libre : « Il y a diverses thématiques. Il y a plutôt de l’anticarcéral là-bas au fond, ici ça va être tout ce qui est consentement. » détaille Eli. « Grosso modo c’est plutôt militant. De gauche, quoi ! » sourit-elle.

 

Le collectif imprime également des brochures à prix libres sur des thématiques allant du féminisme à l'antiracisme en passant par l'anticarcéralisme. Photo : Florence Calvez 25/02/2026

Le collectif imprime également des brochures à prix libres sur des thématiques allant du féminisme à l’antiracisme en passant par l’anticarcéralisme. Photo : Florence Calvez 25/02/2026

Une bibliothèque ouverte et accessible

Même si le système d’emprunt est semblable à celui d’une bibliothèque classique, la flexibilité est de mise pour que le grand public nantais profite le plus largement possible des ouvrages mis à sa disposition. « On peut emprunter jusqu’à 5, 6, 7 livres pour 2 mois. Au bout de 3-4 mois, on fait des petites relances par SMS, c’est bien que les livres tournent. » explique Eli. Que l’on soit militant·e ou non, au début d’une réflexion féministe ou plus avancé·e, la bibliothèque permet à tout le monde d’accéder à ses ouvrages, sans condition de ressources : « L’adhésion est à prix libre à partir de 0 €. » poursuit Eli. Les permanences sont également l’occasion de rencontres et discussion informelles entre adhérent·es, autour des tables de la bibliothèque.

 

Coral, Eli et Matis font partie de la dizaine de bénévoles du collectif. Photo : Florence Calvez 25/02/202

 

La dizaine de bénévoles, en autogestion, souhaite aussi aller vers un public de plus en plus large : « C’est plutôt un public d’habitué·es, d’ami·es d’ami·es », affirme Coral. « J’aimerais bien qu’il y ait du public un peu plus varié parce qu’on a quand même une belle collection jeunesse, il y a des livres en anglais aussi. » D’autant que l’endroit est ouvert et chaleureux, propice aux échanges. « C’est un endroit qui m’apporte beaucoup de joie. » confie Eli. Coral, elle, apprécie de « rencontrer des gens sympas » au sein de la bibliothèque, qui lui permet d’avoir « des réflexions politiques et féministes ». Elle la voit également comme « un premier point de réseau pour aller vers d’autres asso queer. »

Au-delà de la bibliothèque en elle-même, la permanence mensuelle des Dévoreuses « c’est aussi un espace non commerçant », revendique Eli. « Il y a je pense peu d’endroits où on peut juste venir comme ça et se poser sans avoir à consommer quoi que ce soit. Ça nous tient à cœur aussi politiquement que ça reste le plus accessible possible », conclue-t-elle.

INFOS PRATIQUES

Permanences chaque dernier mercredi du mois, de 18h à 20h30, à pol-n 11 rue des Olivettes, 44000 Nantes
Des ateliers, rencontres et arpentages sont organisés ponctuellement
Les Dévoreuses recherchent des bénévoles, si vous souhaitez rejoindre l’équipe, rendez-vous sur leur site : https://lesdevoreuses.noblogs.org/

À 38 ans, Florence, formatrice en espagnol originaire de Quimper, a rejoint Fragil. Entre ses envies d'écriture, de découvertes culturelles et de nouvelles rencontres, elle espère que cette expérience lui permettra de redécouvrir Nantes autrement.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017