24 février 2026

Contre-manifestation antifasciste à Nantes : une asymétrie de violences

Reportage-photo. Suite au décès de Quentin Deranque à Lyon, plusieurs organisations d'extrême-droite dont le collectif fémonationaliste Némésis ont appelé à organiser un hommage nantais le mercredi 18 février 2026, quartier Saint-Donatien. En réaction, les militant·es antifascistes se sont réuni·es pour une contre-manifestation à 19h30 quai de Versailles.

Contre-manifestation antifasciste à Nantes : une asymétrie de violences

24 Fév 2026

Reportage-photo. Suite au décès de Quentin Deranque à Lyon, plusieurs organisations d'extrême-droite dont le collectif fémonationaliste Némésis ont appelé à organiser un hommage nantais le mercredi 18 février 2026, quartier Saint-Donatien. En réaction, les militant·es antifascistes se sont réuni·es pour une contre-manifestation à 19h30 quai de Versailles.

La journée s’annonçait sous un climat tendu. Ce mercredi 18 février, à Nantes, la manifestation d’hommage à Quentin Deranque, à l’appel de plusieurs organisations d’extrême-droite, et sa contre-manifestation antifasciste se sont tenues à 1 heure de décalage et seulement à 1 kilomètre l’une de l’autre. Malgré la décision prise par la Préfecture en début d’après-midi d’interdire les rassemblements autour de l’hommage, la réunion antifasciste s’est finalement tenue sur le quai de Versailles, côté Saint-Mihiel.

Mise en garde de la rédaction : certaines images peuvent choquer un lectorat sensible au sang. 

« …De Nantes à Lyon on pleure pas les nazis » est écrit sur la banderole. Les motivations des personnes présentes sont claires et s’illustrent par les slogans lancés au début du rassemblement: « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos« , « Nantes, Nantes, Antifa » ou encore « Ici, ici, on ne pleure pas les nazis« . 18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

Après un temps d’attente, le rassemblement d’une vingtaine de militant·es à Saint-Mihiel est rejoint par un cortège d’une centaine de personnes à 20H. Ce dernier s’est formé vers les cours Saint-Pierre et a contourné l’Erdre par 50 Otages. Dès la coalition des deux groupes, un dispositif de nasse est mise en place par les CRS. 18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

Nassé entre Saint-Mihiel et 50 Otages, le cortège est immobilisé. C’est dans un climat calme que la foule déclame des slogans. Après une dizaine de minutes, le groupe sera chassé par le cordon visible sur la photo vers l’entrée du pont Saint-Mihiel. Lors du déplacement, 2 militant·es seront frappé·es respectivement au poignet et à la jambe. L’une d’elle aurait été menacé par un policer : « Toi je vais te foutre la tête par terre« . 18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

A 20H49 un ordre de dispersion est lancé par un policier côté Erdre. Pensant pouvoir sortir de la nasse, la foule se dirige vers la rue Chateaubriand. Elle se heurte au cordon qui refuse de la laisser passer. « Interdiction de sortir, la prise part à la manifestation oblige de rester jusqu’à la fin, sauf en cas de danger« , déclare un CRS.18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

En suivant le mouvement de la foule, un manifestant avance vers le cordon. Une fois arrivé, il reçoit un coup de matraque vertical directement à la tête. Saignant abondement mais conscient, il est rapidement pris en charge par un·e des deux street-médics présent·es sur place. Il sera emmené à un hôpital privé par la suite. 18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

Quelques minutes après l’évènement, le cortège plaide, mains levées, pour pouvoir partir. C’est seulement à 21H22, après 30 minutes d’attente, qu’une policière se saisit d’un mégaphone. Elle annonce d’abord la possibilité de pouvoir partir par petit groupe de 3. Un stratagème connu par la foule qui s’exclame : » Elle est bonne celle-là, on connait déjà où ca va aller« . Un manifestant précise : « c’est un moyen de faciliter les interpellations en sortie de manif« . Après 5 minutes d’immobilité deux sommations avant l’usage de la force sont lancées. Les antifascistes clament : « On sort ensemble ou on ne sort pas » ainsi que « on s’appelle tous Camille Dupont« . Face au bloc de manifestant·es et après 1H30 de nasse, les CRS concèdent et laissent partir le cortège dans la rue Chateaubriand. 18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

Dans la liesse lié à la libération, un fumigène est allumé dans la queue du cortège. Il provoquera une dernière charge de CRS qui dispersera la foule et blessera une militante au bras. « C’est la troisième fois qu’on m’attaque durant le rassemblement« , déclare t-elle en pleure sous la douleur. Elle sera pris en charge par un street-médic qui après un diagnostic lui pose une poche froide sur son bras gonflé. Le militant soigneur nous confie: « Aujourd’hui j’ai soigné 5 blessé.es par des coups de matraque. » 18/02/2026 Photo : Nathan Brunaud

Novice en journalisme mais conscient du poids de l’information dans la société, Nathan a rejoint l’équipe bénévole de rédacteur·ices du webzine Fragil en octobre. Il espère profiter de cette expérience pour découvrir la vie locale nantaise avec une plus grande ouverture mais également mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de l’information.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017