Les Fêtes Interconnectées de la Bande Dessinée sont « un système de festivals alternatifs au Festival international de la BD (FIBD) d’Angoulême. Les fêtes ont germé sur la base du volontariat dans plusieurs villes », nous définit Marie-Ange Rousseau, membre de la collective Girlxcott Nantes.
Les raisons de cette démarche prennent racines dans la gestion du FIBD par la société 9e Art+.« Ça fait plusieurs années que le FIBD est problématique pour des problèmes de managements toxiques et une ligne qui s’éloigne de l’art et de la bande dessinée au profil de l’idée de faire le plus d’argent possible », éclaircit la bénévole.
Elle poursuit : « Girlxcott a été créée suite à l’affaire concernant l’agression de Chloé par un prestataire. Cette responsable de la communication a été licenciée pour faute grave après avoir porté plainte ». Le Manifeste des 285 répond directement à cette polémique en appelant au boycott et ouvre la voie à la création de la collective.
Se révolter et s’organiser
Déjà menacé de boycott depuis plusieurs années, le FIBD a finalement été annulé le 1 décembre 2025. Une occasion en or pour Girlxcott qui a pu se saisir de l’opportunité pour se réapproprier le festival.

Stand du collectif Girlxcott Nantes, de gauche à droite: Marie-Ange Rousseau, Aude Wiard, Sophie Bonadé, Justine Meignan, Agathe Arnaud et Garance Amiard 31/01/26 crédit: Nathan Brunaud
Composé exclusivement d’auteur.ices de BD, l’équipe a rapidement mis au point une charte qui met en avant leurs revendications. 4 axes émergent : l’inclusivité, l’accessibilité, l’engagement et l’horizontalité. L’idée est simple, faire une journée avec « tout ce qu’il manque au FIBD« .
L’organisation et la gestion des fêtes sont décentralisées à un niveau local, à une échelle plus humaine. « Sur Nantes ont est une dizaine d’autrices bénévoles qui ont monté cette journée », précise Marie-Ange. Elle ajoute : « ce ne sont pas forcément des gens qui ont l’habitude d’organiser des festivals. Tout s’est fait assez rapidement, c’est le charme du festival fait à la va-vite avec les moyens du bord ».
Un salon aux antipodes du FIBD
Dans le respect de la charte, les individu·es et maisons d’éditions présent·es ont été méticuleusement choisi·es : « on a fait attention de contacter des groupes et personnes qui correspondent à nos valeurs ». Au sein de l’Atelier Dulcie September étaient donc présent·es des acteur·ices locaux·ales. La librairie associative COOL PAPER ZONE, un salon de l’édition locale, des Dj sets, des ateliers de créations et des tables rondes ont rythmé la journée.

Conférence sur l’organisation des artistes-auteur·ices contre la précarité, animée par Cassandre Thiénot, Lucie Castel, SNAP CGT et Henri Landré 31/01/26 crédit: Nathan Brunaud
Durant les dernières années, le festival d’Angoulême avait essuyé plusieurs polémiques pour ses choix d’invités de marque, notamment Bastien Vivès. Ici aucun·e artiste n’a été starifié·e, l’objectif est clair « une volonté horizontale, éviter la hiérarchie, les différences de pouvoir ».
Ce choix de traiter tout·es les artistes à la même enseigne n’est pas la seule différence notable des deux festivals. L’accessibilité des fêtes interconnectées est mise en avant où « l’entrée est gratuite ». Marie-Ange commente : « contrairement au FIBD où le prix ne faisait qu’augmenter avec les années ».
De plus une attention particulière est présente pour « faire attention à tout ce qui est violence et harcèlement ». En cas de problème, « c’est à nous, les organisatrices, qu’il faut se référer ». Une responsabilité assumée qui tranche avec le festival d’Angoulême où « à notre connaissance rien n’est fait par rapport aux comportements problématiques », confie la membre de Girlxcott.
Les Fêtes Interconnectées changent de modèle financier. Se détournant des modèles privés, elles s’orientent vers un fonctionnement collectif sur la base du volontariat : « une cagnotte est à disposition pour rembourser les frais et rémunérer de manière symbolique les personnes qui ont pris part à l’organisation de ce festival ».
Témoigner d’une réalité
Un thème central émerge au cours de la journée: qu’en est-il de la place des artistes-auteur·ices dans la BD. Un sujet qui a été librement évoqué au cours des différentes tables rondes tenues dans l’arrière salle du festival.
« sans nous il n’y a pas de livres »
Un point important que la bénévole souligne : « Les auteur·ices manquent de considérations. Il y a un statut glamourisé qu’on devait briser pour parler réellement de nos conditions matérielles d’existence. On ne vit pas d’amour et d’eau fraîche malheureusement ». Elle continue : « beaucoup sont sous le RSA (revenu de solidarité active) ou l’ASS (allocation de solidarité spécifique), la majorité ne gagne pas un smic, il ne faut pas oublier que sans nous il n’y a pas de livres ».
Marie-Ange conclut au sujet des Fêtes interconnectées de la BD que« ça n’a vocation qu’à exister uniquement cette année du fait de l’annulation du festival d’Angoulême. Pour l’instant il n’y a pas d’autres champs d’action prévu, ça peut être amené à évoluer. »