2 février 2026

La justice restaurative : « un besoin de reconnaissance des victimes »

La justice restaurative, un mouvement prometteur qui suggère une autre manière de rendre justice. Au collège nantais Debussy, le principal Max Tchung Ming a mis en place ce modèle. Avec Eric Verdier, créateur de la formation Sentinelles et Référents, ils écrivent, se renseignent et expérimentent les différentes manières de faire justice en prenant soin des victimes mais aussi des contrevenant.es. 

La justice restaurative : « un besoin de reconnaissance des victimes »

02 Fév 2026

La justice restaurative, un mouvement prometteur qui suggère une autre manière de rendre justice. Au collège nantais Debussy, le principal Max Tchung Ming a mis en place ce modèle. Avec Eric Verdier, créateur de la formation Sentinelles et Référents, ils écrivent, se renseignent et expérimentent les différentes manières de faire justice en prenant soin des victimes mais aussi des contrevenant.es. 

Pour Max Tchung Ming, une nouvelle vision de faire justice a émergé avec la formation Sentinelles et Référents de Eric Verdier. En découvrant les dynamiques de groupe qui créent des “boucs-émissaires” ces personnes mises au ban du groupe parce qu’elles ne sont pas dans les normes sociales, tous deux se sont dit qu’il y avait un moyen moins violent que la sanction pour traiter des violences en milieu scolaire : la justice restaurative*.

“La compréhension des phénomènes de « boucs-émissaires » nous a mené assez naturellement à la justice restaurative”.

La formation Sentinelles et Référents est issue du champ de la psychologie communautaire. Elle a d’abord été créée dans le milieu carcéral mais elle peut s’adresser à n’importe quel groupe passant du temps ensemble et susceptible d’avoir des “boucs-émissaires” : en EHPAD, dans des équipes de sport ou en milieu scolaire…

Lors d’une conférence avec l’École de la deuxième chance (E2C), Max explique que les « boucs-émissaires » sont soit “les pré-harcelés ou les pré-harceleurs”. Au collège Claude Debussy, où Max est principal depuis 2019, il explique que  “la compréhension des phénomènes de « boucs-émissaires » nous a mené assez naturellement à la justice restaurative”. Pour lui il était inconcevable de laisser ces jeunes, mis de côté par leur groupe, faire du mal ou se faire du mal.

Avec Eric, ils ont commencé a développer leurs propres techniques et méthodes et les ont transmis au plus grand nombre. L’ancien professeur de sport ajoute que 80% du personnel est formé à cette problématique : “ce qui fait qu’on est un des établissements les plus avancés de France” selon le proviseur. Ils fonctionnent via un principe d’autoformation où les adultes formés instruisent les autres avec l’aide de fiches techniques. Élèves et personnels participent tous ensemble à ces formations sur la base du volontariat.

*La justice restaurative permet un espace de dialogue ou chaque personne volontaire ayant subi une violence peut expliquer son ressenti et ses attentes à son agresseur.euse et aux témoin.tes. Elle permet de prendre soin des victimes sans mettre au ban de la société les coupables, ainsi que de développer l’empathie.

Max Tchung Ming devant le collège Claude Debussy, dont il est le principal depuis 2019. Photo de Mathilde Weber prise le 30/01/2026.

La rencontre pour réparer

Utiliser la justice restaurative, pour ce principal, se fait majoritairement par des cercles restauratifs. Durant la rencontre avec l’E2C, il explique comment se passe ce moment : un cercle est formé avec plusieurs places désignées d’avance. Deux adultes formé.es se font face, l’un.e va animer le cercle, se focaliser sur les faits. L’autre, en face va plus se concentrer sur les émotions que ressentent les participant.es.

La victime sera assise à côté du premier adulte et bien visible du deuxième. Tout.es les autres participant.es se placent où iels veulent.
Cette organisation permet à ce que l’empathie soit développée par tout.es les participant.es du cercle qui pourront se mettre plus facilement à la place de la victime plutôt qu’en isolant chaque acteur.ices. “Le cercle restauratif, c’est mettre en relation des auteur.ices de violence et des victimes » ce cercle est toujours fait à la demande des victimes. Ça peut répondre “à un besoin de reconnaissance des victimes”. Max explique aussi que dans certains cas “les victimes ont besoin de se rendre compte de l’humanité de leurs coupables”. Le fait de faire ça en groupe a un vrai intérêt selon le directeur puisque “le groupe répare” et les adultes référent.es ne sont que facilitateurs, selon ses mots.

 

Le collège Claude Debussy est dans le quartier Bellevue, un quartier en Zone d’Éducation Prioritaire. Photo de Mathilde Weber prise le 30/01/2026.

Les personnes utilisant la justice restaurative se voient régulièrement critiquées sur le fait que ça serait trop gentil “les personnes opposées à ce genre de fonctionnement pensent qu’on serait des beni-oui-oui”. Max donne l’exemple d’un élève dans son bureau : ils n’ont pas arrêté de le sanctionner, “mais les sanctions permettent de prendre soin. On n’exclut pas, on prend soin, on discute […] Prendre soin d’elles et eux c’est prendre soin de la communauté”.

Il ajoute qu’il faut trouver un équilibre entre la norme et le lien : “en fait quand on est que dans la norme, que dans la loi, c’est une violence. Mais quand on est que dans le lien c’est aussi une violence, il faut un cadre ». Max compare la sanction et la justice restaurative : la sanction va s’occuper des faits, de l’avant tandis que “la justice restaurative s’occupe de l’après” : les victimes peuvent “pardonner si elles le souhaitent” et les coupables ne sont pas mis au ban de la société non plus et cela permet leur réinsertion. Pendant la conférence et l’interview, Max a tenu à citer André Malraux qui disait “Juger c’est de toute évidence ne pas comprendre, puisque si l’on comprenait on ne pourrait pas juger”.

De plus en plus de personnes aujourd’hui se forment à la justice restaurative, peu importe leur milieu. Le film «Je verrai toujours vos visages» de Jeanne Herry a fait couler beaucoup d’encre et a mis en lumière cette autre manière de faire justice. La réinsertion des coupables et la prise en compte de la parole des victimes et un sujet important dont il faut se saisir dans tous les champs.

Pour aller plus loin :

Le livre de Max Tchung Ming et Eric Verdier :
«Violence et justice restaurative en milieu scolaire» de Max Tchung Ming et Eric Verdier, février 2021

Arrivée à Nantes pour s’engager dans la vie militante, Mathilde rejoint cette année le média associatif Fragil. En devenant bénévole, elle retrouve son goût pour l’écriture et souhaite mettre son engagement antifasciste et féministe au cœur de ses futurs articles.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017