7 mars 2026

Quand les M.I.N.T (meufs, intersexes, non-binaires et trans) montent sur scène

Nantes, riche par sa diversité culturelle, voit son paysage évoluer avec la proposition de nouveaux bars qui ne demandent qu’à rire... Comedy club, scènes de stand-up et théâtre d’improvisation ouvrent leurs portes. Malgré de nombreux efforts révélés, une question demeure. Quelle est la place de la parité dans ces nouveaux lieux ?

Quand les M.I.N.T (meufs, intersexes, non-binaires et trans) montent sur scène

07 Mar 2026

Nantes, riche par sa diversité culturelle, voit son paysage évoluer avec la proposition de nouveaux bars qui ne demandent qu’à rire... Comedy club, scènes de stand-up et théâtre d’improvisation ouvrent leurs portes. Malgré de nombreux efforts révélés, une question demeure. Quelle est la place de la parité dans ces nouveaux lieux ?

« La question d’inclusivité était déjà omniprésente dans nos vies personnelles » déclare Johanna, la « saltimbanque » du projet Open M.I.N.T. Ce collectif queer et féministe se compose de six humoristes. L’idée de renverser les tendances avec un humour non oppressif et des scènes inclusives.

Dans les fils d’actualités, les événements affluent. Humoristes et stand-upeur.euse se présentent aux quatre coins de la ville. Iels proposent blagues et engagement. Notées sur leurs calepins, iels ont, à tour de rôle, une dizaine de minutes pour nous faire rire. Sujets politiques, luttes sociales et dérision sont représentés par le stand-up. Parmi elleux, l’Open M.I.N.T propose des plateaux en mixité choisie.

Johanna, membre de l’Open M.I.N.T

Au bar Les Impertinantes, situé sur l’Île de Nantes. Les rires foisonnent. Chaque second jeudi du mois, le collectif Open M.I.N.T teste ses blagues. Des Meufs, des Intersexes, des Non-binaires et des Trans montent sur scène. « On a envie que ce soit un endroit où les personnes se sentent en sécurité, sur scène comme dans le public. » explique Johanna, Jo ou Roby selon ses personnages scéniques. Dans le rang des spectateur.ices, Élise, femme de 27 ans: « c’est bon de pouvoir s’identifier aux blagues, d’appartenir à cette forme de sororité ».

Les soirées Open M.I.N.T aux Impertinant·es font salle comble tous les mois depuis sa création en 2024

La parité, une question d’engagement

Malgré ces initiatives, la majorité des plateaux de stand-up nantais reste dominée par des artistes masculins. Cette disparité ne relève pas d’un manque de talents, mais de mécanismes structurels profondément ancrés. Tremeur, cofondateur du bar Mystère évoque : « Il y a un vrai manque de légitimité chez les femmes, contrairement aux hommes qui en ont beaucoup trop ». En dépit d’une volonté de vouloir programmer plus de femme, il y a une réelle difficulté à valoriser la parité sur scène. « Le problème, ce n’est pas qu’il n’y a pas de femmes, c’est qu’il n’y a pas assez d’endroits où elles ont envie de monter sur scène », analyse de son côté Jo membre de l’Open M.I.N.T. Programmer des femmes sur scène n’est pas une question de quota à remplir pour les gérant.es mais bien une volonté d’intégrer l’artiste. Pour conclure, elle ajoutera : « Si tu dois taper sur des gens pour faire rire les autres, ce n’est vraiment pas ce qu’on veut » montrant une certaine réticence de la part de l’Open MINT à se produire ailleurs.  Préférant être en accord avec leurs valeurs avant tout.

Sam et Tremer, fondateurs de Mystère, bar proposant du théâtre d’improvisation à Nantes

Des questions à l’action

Nombreuses sont les structures qui évoquent le manque de parité sur scène, mais alors quelle mise en place ? Dina, visage aux deux casquettes, travaillant au Smile Comedy Club situé rue Jaurès à Nantes, est aussi humoriste là-bas. Elle expose que la majorité des résident·es sont des hommes. En effet, le bar se pose quelques questions à l’égard de cette problématique mais : « Il n’y a pas de démarche encouragée à réaliser des scènes exclusivement féminines ». À ce jour le bar ne proposerait qu’un seul plateau exclusivement féminin pour honorer la journée des droits des femmes. Les responsables du Mystère essayent quant à eux de maintenir 40% de femmes contre 60% d’hommes sur scène. L’objectif pour eux : atteindre les 50%, une parité parfaite. Le Smile et d’autres plateaux restent des scènes qui se questionnent sur leur programmation sans pour autant agir. Seul le Micro Comedy Club œuvre pour une parité en proposant des classes préparatoires en mixité choisie. L’occasion d’agrandir la proposition féminine au programmateurices nantais·es.

« Quand une femme est vulgaire, c’est un problème. Quand un mec l’est, tout le monde applaudit ».

L’imaginaire de toustes est basé sur des blagues sexistes, discriminatoires et des stéréotypes raciaux et culturels… La barmaid et stand-uppeuse Dina esquisse un sourire avant de clamer : « Quand une femme est vulgaire, c’est un problème. Quand un mec l’est, tout le monde applaudit. » Jugeant qu’il est important de déconstruire nos croyances et de cesser les blagues oppressives. L’humour n’est pas l’idée de se moquer des différences, mais bien d’élever les consciences à travers le rire. Retrouver une égalité hommes-femmes sur scène permettrait d’appuyer cette volonté de vouloir faire grandir les consciences. L’Open M.I.N.T, qui se veut inclusive et accessible, tend à inspirer les initiatives à venir.

Plateau mensuel en mixité choisie aux Impertinant.es

Info utiles :

Open M.I.N.T. sur Instagram :

En 2025, Marline s’engage aux côtés de Fragil. C'est le média nantais incontournable avec lequel elle partage ses valeurs d’ouverture, d’inclusion et de solidarité. Née à Nantes, elle porte la ville dans son cœur depuis toujours. Grâce à son rôle de rédactrice bénévole, elle espère faire entendre les voix trop souvent oubliées.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017