Une première édition du dispositif M·I·N·T en Scène à Nantes « pour ouvrir la voie »

La première édition du dispositif M·I·N·T en Scène s’est clôturée le mardi 28 avril par une journée entièrement dédiée aux rencontres entre les 5 artistes émergentes M·I·N·T (meufs, intersexes, non binaires, trans) sélectionnées et les professionnel·les de la région. Entre concerts, speed-meeting et sensibilisation, l’expérience a été positive pour toustes.

Artistes, membres du jury et co-organisatrices du premier dispositif M·I·N·T en Scène réuni·es lors de la dernière journée. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026
Artistes, membres du jury et co-organisatrices du premier dispositif M·I·N·T en Scène réuni·es lors de la dernière journée. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026

« Le bilan est ultra positif », résume d’emblée Marion, connue du public sous le nom d’artiste Almä Mango.
Récemment installée dans la région, à Guérande, après plusieurs années passées à Bordeaux, l’artiste, qui fusionne rap et chant, porte un regard positif sur sa participation à la première résidence M·I·N·T en Scène en avril dernier.

Lire aussi

M·I·N·T en Scène : « accompagner et mettre en lumière ces talents régionaux »

La chanteuse, sélectionnée en décembre aux côtés des artistes jago, Heidi, Roukie et Double C, a particulièrement apprécié les rencontres artistiques et les échanges nourris avec les équipes du dispositif. Elle souligne l’originalité et la pertinence des ateliers de la semaine de résidence, notamment autour de la santé mentale, de la communication, du théâtre et de la danse et revient sur un moment fort : la journée professionnelle organisée le mardi 28 avril à Trempo.

Trouver ses marques dans le milieu professionnel

Pour la chanteuse, jouer devant des programmateurices et professionnel·les représentait une opportunité précieuse. « C’était mon deuxième concert à Nantes », rappelle-t-elle, ravie de pouvoir commencer à construire son réseau local. Au-delà des showcases, elle a apprécié les échanges organisés après chaque concert sous forme de « bord de scène », avec des questions préparées en amont autour de l’industrie musicale et du positionnement des artistes.

Ces rencontres ont également modifié sa manière d’aborder le démarchage professionnel. Elle explique avoir pris conscience de l’importance d’une présentation simple et directe, mais surtout de l’impact du live : « Pouvoir tout de suite déboucher sur une invitation à voir les shows en live, ça porte souvent ses fruits. »

Portée par une dynamique positive, avec sa récente sélection au Buzz Booster (dispositif national de découverte, d’accompagnement et de diffusions destiné aux artistes rap francophones), la lauréate régionale 2026 bénéficie actuellement d’un accompagnement professionnel sur mesure au sein de Trempo. Une reconnaissance supplémentaire qui « donne une confiance en soi de dingue ».

Gaël Pocher (au centre) et la chanteuse Almä Mango (à droite) ont pu échanger autour de questions préparées par les artistes lors du speed meeting. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026
Gaël Pocher (au centre) et la chanteuse Almä Mango (à droite) ont pu échanger autour de questions préparées par les artistes lors du speed meeting. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026

Côté pros, objectifs remplis pour la journée dédiée

Pour Gaël Pocher, cofondateur de la jeune structure nantaise Amzer’zo Productions, dédiée à l’accompagnement d’artistes émergent·es dans leur professionnalisation, sa présence à cette journée était naturelle. Le format lui a particulièrement plu : « On est comme dans des chaussons, on a cinq artistes qui s’enchaînent », dans des conditions propices à l’écoute et à la découverte.
Au-delà des concerts, le professionnel souligne également l’importance des temps de discussions entre acteurices du secteur. Si le format court du speed meeting de l’après-midi a pu être frustrant : « un poil court, dix minutes », ces échanges lui ont permis d’identifier parmi les artistes plusieurs projets musicaux à suivre de près et dans la durée.

La rappeuse nantaise Double C a fait danser le public lors de son showcase à Trempo. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026
La rappeuse nantaise Double C a fait danser le public lors de son showcase à Trempo. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026

À la fois membre du jury de sélection et déléguée musicale des antennes de Radio France pour le quart nord-ouest de la France, Marjorie Rousseau ressort également enthousiaste des showcases : « Tous les temps de musique et d’expression étaient très bien gérés par chacune des participantes. »
Ayant eu l’occasion de voir chaque artiste au moins une fois sur scène, avant la journée pro de M·I·N·T en Scène, Marjorie Rousseau a « été extrêmement surprise de voir à quel point chacune avait évolué dans la présentation de son set. » Le fruit d’un travail individuel fourni en résidence, selon elle, mais pas seulement : « Je pense aussi que le travail du collectif, c’est-à-dire d’être ensemble, de ne plus être dans une dynamique de comparaison, mais plutôt de cooptation et d’entraide, en a aidé certaines à dépasser certaines barrières, des formes de peur d’exposition de soi ».

Certaines productions étaient plus abouties que d’autres. « Pour Radio France, et donc de la diffusion radiophonique, il s’agit de repérer, certes du live, mais de voir aussi ce que ça donne en qualité radiophonique. »

Tout en rappelant qu’elle n’est pas programmatrice, Marjorie Rousseau avoue tout de même avoir eu un coup de cœur lors du showcase qui s’est tenu le matin même à Trempo. « Avec des artistes émergentes qui n’ont pas eu trop l’occasion de faire de la scène, il peut y avoir une déception au niveau des prestations scéniques. Là, j’ai eu une très belle surprise puisque c’était l’inverse. L’énergie du live était formidable ! »
Sans en dévoiler le nom, Marjorie assure qu’elle suivra de près l’artiste et pourrait même la suggérer pour une prochaine édition de Déjà Demain, la scène des artistes émergent·es lors de l’Hyper Weekend Festival de Radio France, si elle la considère prête. « Car le but, ce n’est pas d’être le premier à proposer, mais de proposer les artistes à temps ! »

Marjorie Rousseau (au centre à gauche) est la première à se lancer lors du cercle de parole dédié à la coopération entre acteurices et structures pour une filière plus inclusive. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026
Marjorie Rousseau (au centre à gauche) est la première à se lancer lors du cercle de parole dédié à la coopération entre acteurices et structures pour une filière plus inclusive. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026

Ne pas négliger l’intérêt des collectivités dans ses perspectives professionnelles

De son côté, César Marlier explique être d’abord venu « par curiosité personnelle », mais aussi « pour offrir ». Son objectif : faire connaître aux artistes les possibilités proposées par les collectivités publiques locales, notamment en matière de résidences artistiques.
Le chargé de la programmation culturelle et de la vie associative à la mairie de La Haie-Fouassière depuis 2 ans, insiste aussi sur le rôle du secteur public dans l’accompagnement artistique. « Le public existe aussi », rappelle-t-il, malgré un contexte budgétaire plus contraint. « Très souvent, on peut offrir des résidences aux artistes, moyennant un spectacle en échange », explique-t-il. Un système qu’il juge particulièrement intéressant pour les projets émergents, qui peuvent ainsi bénéficier d’un espace de travail et d’une expérience scénique « sans rien avoir à débourser ».

Il encourage d’ailleurs les jeunes groupes à solliciter directement les collectivités : « Il ne faut pas hésiter à y aller au culot et à demander aux communes […] pour un groupe émergent, c’est toujours ça de pris. »

Ne connaissant aucune des artistes programmées avant la journée, César Marlier dit avoir été « conquis par toutes ». Les échanges se sont rapidement prolongés au-delà des showcases : « J’ai donné ma carte à absolument toutes », raconte-t-il, proposant son aide aussi bien pour des conseils que pour d’éventuelles résidences ou programmations dans sa commune ou au sein de l’agglomération.

L'artiste jago (au centre) et César Marlier (à droite) lors du speed-meeting qui s'est tenu à la Carte Postale l'après-midi. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026
L’artiste jago (au centre) et César Marlier (à droite) lors du speed-meeting qui s’est tenu à la Carte Postale l’après-midi. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026

Soutenir une initiative en faveur d’une plus grande équité de genre dans la filiaire musicale

La journée pro s’inscrivait également dans une réflexion plus large autour de l’inclusivité des programmations culturelles. Un rappel chiffré de la situation dans l’industrie musicale a d’ailleurs été fait en préambule de la journée par Solange Maribe pour Shesaid.so France.

À La Haie-Fouassière, plusieurs événements gratuits sont organisés chaque année, notamment autour du 8 mars, journée internationale des droits des femmes. « On cherche à fond tout ce qui est inclusif », affirme César Marlier, évoquant des critères liés aussi bien au genre qu’à la diversité des profils représentés sur scène.

Selon Gaël Pocher d’Amzer’zo Productions, la question de la représentation des personnes M·I·N·T fait déjà partie des réflexions engagées au sein de sa structure. Même s’il reconnaît que la parité n’est pas encore atteinte dans leur catalogue, il affirme vouloir « se poser les questions, et se remettre en question surtout », afin de faire évoluer leurs pratiques. La journée a permis de retrouver d’autres professionnel·les, de créer du lien et de participer à une dynamique collective autour des enjeux d’inclusivité dans la musique. « C’était important de venir participer aussi à cette journée dans ce sens-là, et de jouer le jeu des professionnels qui viennent découvrir des artistes en showcase. »

Pour introduire la journée, Solange Maribe (shesaid.so France) a rappelé au parterre de professionnel·les les chiffres de l'étude CNM 2025 sur la place des artistes M·I·N·T dans les musiques actuelles en France. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026
Pour introduire la journée, Solange Maribe (shesaid.so France) a rappelé au parterre de professionnel·les les chiffres de l’Étude CNM 2025 sur la place des artistes M·I·N·T dans les musiques actuelles en France. Photo : Amandine Masson, 28/04/2026

Des retombées immédiates

Les retombées concrètes ne se sont pas fait attendre pour les artistes. Grâce à cette journée professionnelle, Almä Mango annonce avoir obtenu « trois, presque quatre dates ». Parmi elles, un concert aux Impertinant·es le 23 mai et une autre date prévue le 3 octobre à Belle de Jour, où elle partagera respectivement la scène avec deux de ses camarades de résidence : Roukie et Double C. Un contact a également été pris avec le directeur des soirées secrètes Murmures.

Pour les prochaines éditions du dispositif M·I·N·T en Scène, ses organisatrices ambitionnent de décentraliser l’événement en le faisant tourner dans les autres départements de la région. Réunir une plus grande diversité de genres musicaux, allant jusqu’au punk, métal ou hard-rock pourrait également permettre, à terme, de séduire un panel de professionnel·les plus large et renouvelé.

 


Pour aller plus loin

 


Avatar de Amandine Masson