Une épicerie solidaire au Breil pour « créer du lien »

Dans le quartier du Breil, l’épicerie solidaire Au 5 fruits et légumes a ouvert fin 2025. Portée par l’Accoord, en lien avec des associations locales comme Le Panier du Breil, le café L’Arbre de Liberté et la ressourcerie La Boîte à Récup’, elle permet aux habitant·es des environs d’accéder à des produits de la vie courante à prix réduit. Au-delà des courses, le lieu est aussi et surtout un espace de rencontre, d’entraide et d’accompagnement.

Salariés et bénévoles participent ensemble au fonctionnement du lieu. De gauche à droite : Moussa, David et Samuel. Le 14 janvier 2026 © Amélie Fortin

« Ce n’est pas simplement un Lidl pas cher, le but est de créer du lien » présente Laurent Hugot, président de l’Accoord, une association d’éducation populaire très implantée à Nantes. Entre les rayons, c’est toute une manière de faire vivre le quartier du Breil qui se devine.

Un lieu construit avec et pour les habitant·es

« L’épicerie fonctionne essentiellement grâce aux bénévoles », explique Samuel Thomas, coordinateur du lieu. Elles et ils sont une trentaine à s’impliquer, de manière plus ou moins régulière. Certain·es tiennent la caisse, d’autres accueillent, rangent ou réceptionnent les commandes.

Parmi elles et eux, des habitant·es du quartier, habitué·es de l’Accoord, mais aussi « une partie qui ne connaissait pas du tout la maison de quartier », observe David Padiolleau, directeur de celle du Breil, située à quelques mètres de l’épicerie.

L’épicerie privilégie des produits bio et locaux, en lien avec des producteurs du territoire. Le 14 janvier 2026 © Amélie Fortin

Les personnes ne sont pas seulement clientes du magasin. « On leur demande une à deux heures de bénévolat par mois », précise Samuel Thomas. « Je dis : j’ai besoin de trois personnes de 14 h à 17 h, qui est dispo ? » Les volontaires se positionnent et le planning se construit au fil des semaines.

Le lieu a été pensé dans cet esprit de vivre et faire ensemble, bien avant son ouverture. Une partie du mobilier a été fabriquée avec les habitant·es. L’organisation s’appuie sur des commissions, des ajustements et des décisions prises de façon collégiale. « Ce sont les gens qui ont décidé eux-mêmes comment ça fonctionne », souligne Laurent Hugot.

À chaque ouverture, bénévoles et usager·es se relaient pour accueillir, orienter et faire fonctionner l’épicerie. Le 14 janvier 2026 © Amélie Fortin

Une manière de faire reposer le projet sur un engagement collectif. Pour certain·es, cet engagement s’ancre dans leur quotidien. « On leur donne une tâche simple, et ça devient leur rôle », raconte David Padiolleau. Une responsabilité qui peut aider à reprendre confiance et à socialiser. Comme c’est le cas pour Moussa, bénévole dans diverses associations depuis 8 ans, pour le plaisir de « rencontrer du monde ». À l’épicerie, il se tient à l’entrée pour distribuer les tickets de passage lorsque les gens arrivent et les inviter à patienter dans la salle d’accueil. « Tout le monde me connaît dans le quartier », dit-il avec un grand sourire.

Faire ses courses en toute simplicité

Au 5 fruits et légumes, on entre une personne à la fois, pour avoir le temps de faire ses courses tranquillement. À l’intérieur, rien ne distingue l’épicerie d’un petit commerce de quartier. On circule entre les rayons, on choisit, on remplit son panier selon ses besoins.

Ce fonctionnement n’est pas anodin. « Les gens viennent comme dans un magasin. Ce n’est pas une distribution alimentaire », insiste David Padiolleau. Pour lui, l’objectif est de préserver la dignité des personnes.

Pour lutter contre la précarité menstruelle, les protections hygiéniques sont mises à disposition gratuitement. Le 14 janvier 2026 © Amélie Fortin

Les produits proposés s’inscrivent dans cette logique. Une partie est issue de dons, d’autres sont achetés via des circuits courts. « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas beaucoup d’argent qu’on doit manger des trucs de mauvaise qualité », argue Laurent Hugot.

L’enjeu dépasse alors la simple question des prix. Il s’agit aussi de proposer une expérience familière, qui ne marque pas une rupture avec les habitudes de consommation.

Quand les courses deviennent un prétexte

Très vite, les échanges dépassent le cadre des courses. On discute, on prend le temps, on reste parfois après être passé·e en caisse.

« Ce qui me plaît, c’est de discuter avec les gens », confie une bénévole qui souhaite rester anonyme. « S’ils ont des problèmes, on les rassure » poursuit-elle. Dans une pièce attenante, des temps informels se créent. Un café, une animation et une discussion s’installent.

Les après-midis jeux de société marquent des temps forts autour de l’épicerie. Le 14 janvier 2026 © Amélie Fortin

L’épicerie s’inscrit dans une dynamique plus large, avec des partenaires et des actions autour de la santé, de l’accès aux droits ou de la vie du quartier. Pour l’équipe qui gère le lieu, l’alimentation n’est qu’un point d’entrée. « L’objectif, c’est l’accompagnement global », rappelle David Padiolleau. L’épicerie, dont l’accès est conditionné aux revenus, permet de faire venir des familles en situation de précarité, puis de les orienter vers les dispositifs adaptés.

Trois mois après l’ouverture, les premiers retours sont encourageants. L’équipe souhaite progressivement accueillir davantage de personnes, tout en laissant le temps aux usages de s’installer et à l’équilibre du lieu de se construire.

Les prix sont calculés à partir du tarif du commerce, mais proposés à coût réduit pour s’adapter aux revenus des habitant·es. Le 14 janvier 2026 © Amélie Fortin

Au-delà du Breil, l’initiative s’inscrit aussi dans un mouvement plus large. « C’est un modèle encore méconnu », indique Jean-Philippe Gréaud, intervenant d’Andès, le réseau national des épiceries solidaires, de passage pour accompagner et conseiller l’équipe d’Au 5 fruits et légumes. Partout en France, ces lieux hybrides se développent, entre accès à des produits et création de lien social. Une manière de repenser les formes de solidarité, en partant du quotidien.

Reste une question en suspens : celle de la pérennité. Comme beaucoup de projets de ce type, l’épicerie dépend de financements limités dans le temps. Trouver les moyens de durer sera un enjeu central dans les mois à venir.

 

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