« Que faire de nos colères ? » La première du cycle de rencontres pour passer de la rage à l’espoir fait le plein !

Les Ecossolies et Les Autres Possibles lancent une série de 3 rencontres avec des personnalités qui ont transformé le feu de la colère en moteur d’action collective et transformatrice. Jeudi 26 mars, c’est le collectif Cancer Colère 44 qui ouvrait le cycle pour parler de santé environnementale au Solilab.

La rencontre "Que faire de nos colères" fait salle pleine
La première rencontre "Que faire de nos colères" consacrée à la santé environnementale fait salle pleine au Solilab, jeudi 26 avril 2026.

« Une envie des Ecossolies de faire un pas de côté et d’aller chercher des sujets davantage sociétaux », commente Laura Baqué, responsable promotion et valorisation. Elle explique à Fragil que, pour cette démarche, les Ecossolies se sont associés aux Autres Possibles « qui se positionne sur les enjeux de société, de transition du territoire ».

En réfléchissant aux questions au cœur de notre société, les Ecossolies ont décidé d’interroger la colère. Ce sujet est actuellement abordé dans de nombreux domaines, politique, économique, social, etc. Et pourtant, il a tendance à être parfois étouffé ou stigmatisé : en effet, il semble plus facile de pointer celleux qui sont en colère plutôt que de regarder pourquoi iels ressentent cette colère. L’objectif du cycle qui démarre est donc de connaître les motivations de la colère et voir alors comment cette colère peut se transformer en une action de transformation collective.

Des soirées de réflexion collective

Les soirées se déroulent ainsi : « On s’appuie d’abord sur une interview. » précise Laura. « On construit un face-à-face entre un·e journaliste des Autres Possibles et notre invité·e. Cela permet d’entrer vraiment dans le parcours de la personne, dans ce qui l’a poussée à s’engager ». Pour apporter du factuel et resituer le sujet, un expert intervient ensuite pour contextualiser le sujet. Dans un second temps, la soirée devient participative : elle propose aux participant·es de travailler en petits groupes sur une des problématiques amenée par l’invité·e. L’idée est d’aller jusqu’à imaginer ensemble une action que le collectif pourrait porter demain ou qui pourrait être utilisée pour contribuer à son combat.
Et c’est ouvert à tout·e citoyen·ne qui a envie de s’intéresser au sujet.

Les Ecossolies reçoivent Noémie Spiessert (Cancer Colère 44) et Mickaël Derangeon
Marie Bertin des Autres Possibles (à gauche) interroge Noémie Spiessert de Cancer Colère 44 et Mickaël Derangeon, docteur en biologie cellulaire et physiologie, maître de conférence à l’université de Nantes, vice-président d’Atlantic’Eau. Photo © Caroline Cornu, 26 mars 2026

La colère comme levier d’émancipation et d’action

Pour cette première soirée, Marie Bertin, rédactrice en cheffe des Autres Possibles, introduit le sujet de la santé environnementale en expliquant que c’est actuellement celui qui cristallise le plus la colère des citoyens*. Le choix des invité·es se fait sur des personnes qui portent un combat très fort. Motivées par un sentiment d’injustice ou par une puissante colère, elles ont réussi à les transformer en levier d’émancipation et d’action.

Les Ecossolies reçoivent donc Noémie Spiessert, membre active de l’antenne du collectif Cancer Colère 44 et Mickaël Derangeon, docteur en biologie cellulaire et physiologie, maître de conférence à l’université de Nantes, vice-président d’Atlantic’Eau et nouvellement élu maire de Saint Mars-de-Coutais.

Ce soir-là, la thématique résonne particulièrement avec l’actualité. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de publier la veille un rapport sur la contamination de la population française au Cadmium, un métal cancérigène présent dans les sols et l’alimentation. Et cette information est reprise par un grand nombre de médias.

Pendant la soirée, une question taraude : « Pourquoi devrait-on accepter de tomber gravement malade à cause de l’air qu’on respire, de l’eau qu’on boit ou de la nourriture qu’on mange ? » Omniprésentes dans nos vies, ces problématiques et les menaces sanitaires liées se répètent. Mais comment dépasser le simple constat ?

Noémie Spiessert membre de Cancer Colère 44
Noémie Spiessert, membre du collectif Cancer Colère 44.  Photo © Caroline Cornu, 26 mars 2026

Politiser le cancer

La colère de Noémie Spiessert s’est cristallisée l’an passé lorsqu’elle a appris qu’elle avait un cancer du sein. La violence du diagnostic la percute, elle se demande pourquoi elle, pourquoi à 45 ans et aussi pourquoi les cancers touchent la population de façon croissante et de plus en plus tôt. Au même moment, la loi Duplomb est discutée à l’Assemblée Nationale, Fleur Breteau, elle-même malade du cancer, tacle les députés et les accuse d’être des « complices du cancer ». Après avoir vu cette intervention Noémie décide de rejoindre le collectif Cancer Colère fondé par Fleur Breteau. En 2025, elle va plus loin et crée l’antenne locale 44.

Et pour elle, « L’objectif de Cancer Colère, c’est vraiment de politiser le cancer », à s’en prendre à ses causes qui, aujourd’hui, sont connues : pesticides, substances chimiques, PFAS, etc. D’autant plus que, souvent, les personnes atteintes d’un cancer ont tendance à cacher leur maladie, remarque Noémie. Rejoindre Cancer Colère permet d’agir, de résister face aux législateurs et aux lobbies qui facilitent la contamination de l’environnement au service de l’industrie.

Documentées par les scientifiques, les causes des augmentations de cancers toujours mises en doute

Les dernières études montrent une forte augmentation des cancers en France : le double du nombres de femmes touchées en moins de 30 ans et 65 % d’augmentation chez les hommes. « Le cancer est désormais la première cause de décès par maladie chez les enfants en France. », rappelle Marie des Autres Possibles. Selon l’Assurance Maladie, 16 % à 24 % des cancers découlent de l’activité professionnelle. Dans l’actualité récente, elle cite le cas de cette maman fleuriste dont la fille est décédée d’une leucémie à 11 ans. En fait, en manipulant des fleurs coupées traitées aux pesticides, la mère a contaminé sa fille alors qu’elle était enceinte.
Malgré toutes les données, tous les faits chiffrés, le doute subsiste sur l’origine des cancers.

Mickaël, avec sa casquette de scientifique, confirme cet état des choses : « en fait, on a un nombre de personnes dont le métier est de fabriquer du doute ». Malgré l’expertise et les très nombreuses publications recensant les liens entre pesticides et pathologies (diabète, cancers, troubles du neuro-développement, obésité, problèmes cardiovasculaires), certains, sans honnêteté intellectuelle et souvent en lien avec les industries chimiques telles Bayer/Monsanto ou BASF essayent de semer le doute pour discréditer leurs travaux.
Aujourd’hui, la reconnaissance du lien entre molécules contenues dans les insecticides et pathologies existe. Et l’État lui-même a mis en place un fonds d’indemnité des victimes des pesticides. Ainsi un agriculteur atteint d’un cancer ou de Parkinson peut faire un dossier s’il a utilisé des pesticides : il sera indemnisé comme victime de pesticide. Même chose pour les enfants victimes, les parents peuvent se faire connaître et demander des indemnisations. Malgré cela, l’État est en train de déréguler toutes les normes environnementales.
A l’inverse, « des études montrent que quand on fait attention, si on regarde des personnes qui ne concentrent pas ces intrants chimiques, on constate qu’elles sont moins malades que les autres. »

Noémie Spiessert - Mickaël Derangeon
À côté de Noémie Spiessert, Mickaël Derangeon incite à se mobiliser et à s’organiser. Photo © Caroline Cornu, 26 mars 2026

La force du collectif peut tout changer

Mickaël Derangeon affirme que nous avons « une capacité de prendre le pouvoir et de changer les choses. ».
Il rappelle que l’élu local a un pouvoir d’action et qu’il ne faut pas l’oublier. La convergence des luttes lui semble essentielle parce qu’elle permet aux acteurs politiques locaux d’avoir un support citoyen pour s’engager dans l’action. Pour faire face à des groupes extrêmement organisés, il est nécessaire d’organiser un rapport de force non violent, démocratique et donner aussi aux élus la possibilité d’un réel changement.
Par ailleurs, Mickaël considère que les élus doivent rendre des comptes. « Les élus devraient être responsables, même pénalement, de leurs engagements et de ce qu’ils déclarent. »

À l’Assemblée nationale, complète-t-il, « les lobbies sont puissants et ils sont organisés. Et pas nous. En fait c’est ça qu’il faut réussir à faire, c’est s’organiser dans notre action ». Il préconise : « Comme eux, il faut utiliser les moyens modernes, être très actifs sur les réseaux sociaux. »
La mobilisation et l’information sont des actions à mener et ce sont elles qui l’ont conduit à cette soirée.

Même l’ordre des médecins (plutôt conservateur) réagit devant la dérégulation des normes environnementales. D’ailleurs, la formation des médecins est porteuse d’espoir pour Mickaël. Il voit de plus en plus de médecins qui commencent à se poser des questions devant l’augmentation de l’incidence du cancer qui ne s’explique pas de façon autre que par l’environnement.

Poster - Actions à mener pour Cancer Colère 44
Les participants après avoir réfléchi en petits groupes proposent des actions à mener pour Cancer Colère 44. Photo © Caroline Cornu, 26 mars 2026

Une salle pleine et des panneaux remplis d’idées

Les échanges se poursuivent en prenant les questions du public avant la partie réflexion et animation. Chacun·e est invité·e à discuter, d’abord en binômes puis en petit groupes.
Pour répondre à la question « Comment réunir autour de Cancer Colère ? », cinq panneaux vierges sont accrochés avec cinq thématiques. Ils se couvrent de post it : certains pour proposer des actions, d’autres des idées ou des contacts. Toutes les propositions seront transmises à Cancer Colère. En faisant le tour, Marie s’exclame « il y a plein de choses trop chouettes ! »

Car oui, la salle était pleine ce soir et Laura se réjouit de cet intérêt : 50 personnes se sont déplacées pour assister à la première de ce cycle. Pour l’animatrice de la soirée « C’est le signe que beaucoup de gens se retrouvent derrière cette question. Ce n’est pas si facile de nos jours de réunir 50 personnes en semaine à Nantes dans un bout d’île comme celui-là. » . Cela montre la réussite de ce premier épisode du cycle.

Panneaux : des idées pour Cancer Colère
Le plein d’idées pour Cancer Colère. Photo © Ecossolies, 26 mars 2026

Les 2 prochains volets seront programmés en juin et septembre 2026 :

  • La désinformation et la concentration des médias. Ou comment entrer en résistance face à une attaque organisée et ciblée contre l’un des piliers de la démocratie ?
  • La justice fiscale et sociale. Ou comment ne pas se résigner à s’engouffrer dans la voie unique de l’austérité et de la paupérisation ?

 


INFOS PRATIQUES

 

* Très forte mobilisation contre la loi Duplomb : la pétition dépasse deux millions de signatures de citoyen·es français·e sur le site de l’Assemblée nationale

 


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