Nantes Fashion Days : en mai, mets ce qu’il te plaît

Si en avril, on ne se découvre pas d’un fil, en mai, depuis deux ans, on célèbre les Nantes Fashion Days. A l’initiative de Maddy Ezannic, costumière à la tête de l’association les Innées-Dites, l’hôtel le Radisson Blu a abrité ce festival de la mode locale du 18 au 27 mai dernier : au programme, tables rondes, projection d’un film, concerts, ateliers, présentation de jeunes créateurs et, en apothéose, un défilé chorégraphié, le tout dans un joyau du patrimoine architectural régional, l’ancien tribunal. Zoom sur deux talents particuliers.

S’il y a une silhouette que l’on a remarquée, c’est celle proposée par Joséphine Gravis. Les modèles élégants et comfy, basiques électriques, auraient toute leur place dans nos dressings : des pulls aux manches chauve-souris, des pantalons rétro-futuristes portables par tous temps… En ce caniculaire dimanche, on aurait bien enfilé cette petite robe noire aux manches ballon, classique reconnaissable aux traits tricolores qui font la marque de fabrique de la jeune créatrice.

 

 

 

Son « it » item ? Les sweaters couples, dont le motif se complète en marchant enlacés. Unisexe, épurée, urbaine, intemporelle, sa collection a tout bon. Interviewons donc la donzelle…

Fragil : La question a été posée en table-ronde pendant le festival : la mode est-elle un art ?
Joséphine Gravis : Il y a la mode utile, nécessaire, s’habiller est un besoin. Elle est industrielle, les modèles sont reproduits à des milliers d’exemplaires. Cependant, on ne peut pas comparer cette mode à la couture ou à la haute couture, dont la démarche est totalement différente. Là, il s’agit d’un travail artisanal, réfléchi, singulier. Les limites sont repoussées et les créations, pas forcément portables, peuvent s’apparenter à de l’art. Ma démarche se situe entre les deux. Je fabrique toutes mes collections moi-même. Je n’ai pas fait d’école de mode, mais j’ai étudié aux Beaux-Arts, ce qui me donne probablement un regard différent. Je travaille actuellement en collaboration avec un artiste sur une collection de pièces uniques. Le vêtement devient un médium, comme une toile que je réalise pour l’artiste.

« Là, il s’agit d’un travail artisanal, réfléchi, singulier. Les limites sont repoussées et les créations, pas forcément portables, peuvent s’apparenter à de l’art. »

Fragil : Quel bilan dressez-vous de cette seconde édition des Nantes Fashion Days ?
Joséphine Gravis : Il est un peu tôt pour faire le bilan. C’est la première année que j’y participe et à part quelques nouveaux abonnés sur Instagram, je n’ai pas encore eu de retombées…

Fragil : Y-a-t’il quelque chose de typiquement ligérien dans votre travail ?
Joséphine Gravis : Bien qu’étant native d’Angers, je ne crois pas que mes créations soient particulièrement en lien avec les Pays-de -la-Loire…

www.josephinegravis.com

Et puis, il y a les créations d’Emery Baï, artiste d’origine béninoise dont le travail s’inspire de la faune et la flore. Ses dessins, peintures et vêtements respirent une certaine poésie et une sensualité naturelle. Là encore, l’inspiration est éclectique, à mi-chemin entre les illustrations art déco de Mucha et des réminiscences d’Afrique. Le produit fini est sexy : robes de cocktail au décolleté osé, brodé de pierreries, fluidité de papillon, imprimés wild, fleurs à foison…

René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958, © Photothèque R. Magritte / Banque d'Images, Adagp, Paris, 2016

Photos du défilé Emery Baï : robe virginale au décolleté affolant et chemise homme imprimé wild

Nous avons questionné cet homme qui aime forcément les femmes.

Fragil : Pour vous, la mode est-elle un art ?
Emery Baï : C’est un art appliqué. Lorsqu’on observe le travail d’un créateur de mode, on remarque les similitudes avec celui d’un artiste plasticien. Le corps humain est un support. A l’instar d’un artiste peintre ou d’un cinéaste, le créateur de mode exprime ses idées, les développe, fait des recherches, s’imprègne de son époque, de l’actualité et même de l’histoire. Les sources d’inspiration et techniques de réalisation sont illimitées. Pour moi, les défilés, c’est un peu le théâtre de la mode. À eux seuls, ils rassemblent jeu d’acteur, scénographie, performance. Sur un temps donné, les vêtements prennent vie et on se retrouve immergé dans une histoire.

« Le corps humain est un support. « 

Fragil: Quel bilan dressez-vous de cette deuxième édition?
Emery Baï : J’en dresse un bilan très positif puisque l’objectif était avant tout de faire découvrir et apprécier les créations. Cet objectif a été atteint grâce notamment à l’équipe des Innéesdites que je remercie infiniment pour cette expérience.

Fragil: Y-a-t’il quelque chose de ligérien dans vos créations?
Emery Baï : Pas spécifiquement, non… Si ce n’est que ma collection interprète les quatre saisons et qu’elles sont universelles donc portables ici et exportables ailleurs.

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