« Structurer le club, améliorer les entraînements, trouver un terrain et, objectif numéro un, lancer ou participer à un championnat de football mixte en genres et en niveaux à Nantes. » Lorsque Faustine, Roxane et Aimé résument les ambitions de l’Étoile rouge de Chantenay (ERC), ces idées ressortent spontanément. « Et d’avoir des maillots de meilleure qualité », ajoute ironiquement Faustine, joueuse dès le début du projet.
Constituée au printemps 2025, cette équipe de football mixte et populaire n’a disputé que deux matchs à ce jour contre des homologues nantais, l’Asban FC et le FC Ouloul. Un bilan insatisfaisant pour ce groupe qui rêve de trouver d’autres équipes prêtes à adhérer à un projet commun.
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Au départ, iels sont une dizaine, avec juste l’envie de « jouer au foot et faire un club ouvert à toutes et tous, tout niveau confondu. Mais quand même dans le but de faire une vraie équipe avec des joueur·euses régulier·ères », précise Faustine. Recruté·es surtout par bouche-à-oreille, le club compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, dont 15 à 20 assidu·es. Actuellement, pas besoin d’accueillir davantage, poursuit-elle : « On fait une pause sur la promotion du club, on a besoin de se structurer avant d’accueillir plus de monde. »
Une pratique hors normes
À l’ERC, pas de coach officiel, pas de chef, pas de hiérarchie figée. Les décisions se prennent en assemblée générale. Les entraînements, deux fois par semaine, sont autogérés. Le jeudi soir à 18 h, le dimanche vers 15 h, quand la nuit ou la fatigue n’ont pas encore gagné.
Mais la réalité matérielle freine les ambitions du club. Des terrains utilisés sans réservation à la plaine de jeu de la Durantière ou au stade vélodrome du Petit-Breton, pas d’éclairage… En hiver, le créneau du jeudi devient délicat. « On fait ce qu’on peut pour maintenir le créneau, mais c’est un peu compliqué », déplore Roxane.
Dans ce cadre précaire, l’ERC tente pourtant de poser des règles : pas de tacles glissés, des contacts limités, de l’auto-arbitrage, une attention particulière aux personnes revenant de blessure.

Peu importent le froid ou la pluie, la détermination est là. Photo : Armel Bihan, le 5/12/2025
Ambition n°1 : créer un championnat mixte
Le cœur du projet, défini en AG, tient en quelques mots : « monter une équipe mixte et jouer contre d’autres équipes » à Nantes. Et peu importe le genre des joueur·euses, peu importe leur niveau. Idéalement, dans le cadre d’un championnat entre quelques équipes locales, une ligue indépendante, hors FFF.
Iels imaginent un championnat à trois ou quatre équipes pour commencer. Puis un écosystème où d’autres collectifs ou des équipes de quartier se lanceraient à leur tour. « Peut-être que si on trace la route, d’autres suivront », se prennent-iels à rêver.
Ce rêve n’est pas hors-sol : le FC Ouloul a déjà organisé en juin 2025 la Oul Cup, un tournoi informel avec d’autres équipes nantaises. Mais l’élan reste fragile.
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Les freins : du terrain au temps disponible
Le premier obstacle, c’est le manque d’échanges avec des partenaires partageant la même vision. « La compétition entraîne aussi le fait que la mixité de niveaux soit sans doute difficile à réguler », estime Aimé. Les équipes mixtes sont rares. Pour l’instant, les contacts n’en sont qu’à leur début et la communication est peu fluide. Faustine pense que la solution peut venir tout simplement du contact humain : « Il faudrait peut-être qu’on se rencontre avec des représentant·es de plusieurs équipes pour pouvoir discuter plus longuement et plus fluidement des questions de tournoi ou de championnat. Ce serait beaucoup plus simple. »
Ensuite, il y a la question du temps et de l’énergie. Monter un championnat, contacter des équipes, organiser des rencontres : iels reconnaissent avoir « tendance à avoir beaucoup d’ambitions très vite, mais pas toujours la force d’y consacrer [leurs] vies ».
Enfin, l’ERC doit affronter ses propres contradictions. En progressant, le niveau moyen augmente et on constate que certaines personnes viennent moins régulièrement. Des discussions ont eu lieu après des blessures, des entraînements trop orientés vers des oppositions, un relâchement sur l’échauffement. Résultat : iels réfléchissent aujourd’hui à structurer davantage les séances, avec des exercices techniques, progressifs, adaptés à tous les niveaux.

Avant le match contre le FC Ouloul, on rappelle les règles d’auto-arbitrage, de fairplay et de jeu sans contact. Photo : Armel Bihan, le 5/12/2025
« Pas de quotas, mais une vigilance constante »
Un autre axe de progression concerne le rapport à la mixité. L’ERC se refuse à toute logique de parité imposée. « Je veux vraiment qu’on ait un club ouvert, juste un club qui soit en mixité et qui veut vient, tout simplement », résume Roxane. « On ne veut pas qu’on nous demande de jouer parce qu’on est une meuf » et pour faire le nombre dans une équipe mixte, insiste Faustine.
Mais la réalité est là : parfois, Roxane ou une autre se retrouve seule avec des gars à l’entraînement. Cela « amène à des questionnements collectifs », souligne Faustine : « Est-ce que c’est juste une question d’emploi du temps, de galères, de blessures, ou est-ce qu’il y a un vrai problème avec un truc de masculinité ? Il faut être attentif·ves, se poser la question et ensuite on vérifie collectivement. »
L’Étoile rouge de Chantenay est finalement « le cul entre deux chaises », comme le souligne crûment Aimé : entre bande de potes et club structuré, entre loisir et championnat, entre critique de la compétition et envie viscérale de s’opposer à d’autres équipes. Moins d’un an après sa naissance, le club n’a encore ni ligue, ni éclairage, ni terrain attitré. Mais il a déjà posé des bases fortes : autogestion, inclusion, mixité réelle, attention aux corps et refus des cadres institutionnels.