7 février 2026

Les conférences renversantes, l’histoire de l’art « ludique et accessible »

Vendredi 30 janvier 2026, à travers une conférence "un peu décalée", Julie Legrand, historienne, établit un pont entre l'histoire de l'art et le spectacle de danse intitulé MOS. La co-créatrice du collectif Les Têtes Renversantes s'exprime devant une centaine de personnes à Stereolux, dans le cadre de la quatrième saison des conférences renversantes.

Les conférences renversantes, l’histoire de l’art « ludique et accessible »

07 Fév 2026

Vendredi 30 janvier 2026, à travers une conférence "un peu décalée", Julie Legrand, historienne, établit un pont entre l'histoire de l'art et le spectacle de danse intitulé MOS. La co-créatrice du collectif Les Têtes Renversantes s'exprime devant une centaine de personnes à Stereolux, dans le cadre de la quatrième saison des conférences renversantes.

« Une performance un peu décalée », annonce Julie Legrand en ouverture de cette nouvelle édition des conférences renversantes. Intitulée Courbe contre-courbe, la soirée s’est déroulée le 30 janvier 2026, dans le cadre du Festival Trajectoires de Stereolux.

Une centaine de personnes de tout âge sont venues assiter à cette conférence d’histoire de l’art à l’approche « kinesthésique ». Pendant une heure, l’historienne a invité l’assistance à « reproduire les mouvements que l’on voit sur les œuvres ». Un pari risqué qu’elle ne manque pas de souligner : « Dans le public, il y aura peut-être des personnes qui ne voudront pas bouger, ça peut être une catastrophe totale. »

Passer un bon moment avant tout

Julie est riche de quatre années d’expérience en tant que conférencière à Stereolux. Son travail est d’y « parler des salles de spectacles un peu autrement ». Ayant endossé par le passé des rôles d’enseignante, de formatrice, de médiatrice au musée d’art de Nantes et de conférencière en EHPAD, elle s’enthousiasme : « Ici, il y a quelque chose de performatif, on s’amuse à écrire le sujet qu’on nous donne pour le rendre fun et accessible, c’est un challenge. »

Julie Legrand avant la conférence à Stereolux. 30/01/26 crédit: Brunaud Nathan

Faire participer le public lui semble être un moyen « ludique » de rendre l’histoire de l’art « accessible ». C’est un parti pris important aux yeux de cette ancienne médiatrice dans l’accessibilité culturelle pour personne en situation de handicap.

Julie Legrand œuvrait déjà avec son collectif Les Têtes Renservantes pour mettre l’art à la portée de tous.tes. C’est cependant sous l’impulsion de la directrice de l’action culturelle de Stereolux que les trois historiennes se voient offrir plusieurs représentations. La conférencière précise : « Les dernières saisons ont porté sur les notions d’espaces dans une salle de représentation, de tournées musicales et de genres musicaux. » Elle poursuit :  « Cette année, pour la première fois, on part de la programmation de Stereolux pour créer nos conférences. »

Julie déroule le programme : « Ce soir, l’idée est de créér un lien par la notion de mouvement avec le spectacle MOS : Ioanna Paraskevopoulou et Georgios Kotsifakis [les deux interprètes] y reprennent l’histoire de la mise en son de films muets et ils dansent tout en recréant des bruitages ». La représentation du spectacle se déroule juste après la conférence d’histoire de l’art.

Un déroulement rassurant pour le public

À 19h, les spectateur.ices prennent place, désaltéré.es d’un verre de pétillant aux pommes ou de muscadet. Les doutes de l’historienne concernant le concept de sa conférence se dissipent rapidement après son introduction. Lors de son explication, une spectatrice cristallise le sentiment de la salle en s’exclamant : « Ah ouais c’est chouette ça ! »

La co-créatrice des Têtes Renversantes peut ainsi commencer sa présentation de l’histoire de la représentation du mouvement, avec 18 œuvres s’étalant de l’Antiquité à l’Époque contemporaine qui serviront de support visuels. C’est par un petit exercice qu’elle invite le public au mouvement. Devant la peinture Ignorance = Fear de Keith Haring, les spectateur.ices deviennent acteur.ices en imitant les postures des trois personnages. Au fil des différentes oeuvres, l’engagement augmente.

Julie prend néanmoins le soin de glisser quelques temps de repos : « J’ai plus de slides d’œuvres que mes collègues, car certaines servent de support pour un échange avec le public ou pour faire une petite vanne, ça apporte de la bonne ambiance. » La conférencière reste ainsi à l’écoute de ses spectateur.rices, pour ne pousser personne en dehors de sa zone de confort.

Elle prend souvent en compte l’humeur du public par diverses interactions : « Je ne peux plus parler toute seule. Ça peut en dérouter certain.es car on ne s’attend pas à ça, mais j’arrive toujours à enclencher la parole avec quelques-un.es ». La présence d’une dizaine d’habitué.es ne faisant que renforcer cette impression de proximité avec le public.

Le public s’apprêtant à danser devant Last dance, mosh pits de Dan Witz. 30/01/26 crédit: Brunaud Nathan

Julie Legrand termine la conférence par une session de danse libre, les yeux fermés, devant le tableau Last dance, mosh pits de Dan Witz. À la fin, un membre du public lui confie : « C’était super, on en redemande plus ! »

En guise d’au revoir, Julie annonce la conférence Noctambules de sa collègue Diane Gouard en mars prochain, tout en rappelant la pluralité des formats : « Si on devait intervenir toutes les trois sur le même sujet, on irait l’interpréter différemment. On a nos goûts et nos spécificités qui font qu’on traite les sujets différemment. »

Infos pratiques

Novice en journalisme mais conscient du poids de l’information dans la société, Nathan a rejoint l’équipe bénévole de rédacteur·ices du webzine Fragil en octobre. Il espère profiter de cette expérience pour découvrir la vie locale nantaise avec une plus grande ouverture mais également mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de l’information.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017