29 novembre 2025

La mission de Pop’ Média depuis 5 ans : créer du lien à travers le podcast

Depuis 5 ans, l’équipe de Pop’ Média garde le cap sur ses objectifs : valoriser les voix locales et citoyennes, accompagner des publics variés dans la production de leurs podcasts et créer des prétextes pour débattre.

La mission de Pop’ Média depuis 5 ans : créer du lien à travers le podcast

29 Nov 2025

Depuis 5 ans, l’équipe de Pop’ Média garde le cap sur ses objectifs : valoriser les voix locales et citoyennes, accompagner des publics variés dans la production de leurs podcasts et créer des prétextes pour débattre.

Pascal Massiot et Loïc Chusseau travaillaient depuis plus de 20 ans dans la même radio associative avant de créer le média associatif Pop’ Média. La radio, avec son rythme effréné nécessitant de combler une fréquence 24h/24 et 7j/7, avait fini par épuiser les deux amis, qui voient dans le podcast une occasion de travailler l’outil sonore autrement. Pour Loïc, « ça permet de travailler vraiment plus sur le fond des sujets. De sortir de l’interview classique, de faire un travail sonore et d’avoir des productions de qualité ».

De ce constat, Pascal et Loïc font naître, en 2020, le média associatif avec trois objectifs : créer des podcasts d’utilité sociale, accompagner divers publics dans la création et la diffusion de podcasts et inscrire tout cela dans des actions d’Éducation aux médias. Pour Loïc, maintenant directeur de Pop’ Média, le podcast « est un outil ludique qui permet vraiment de mobiliser des publics parfois éloignés de la culture ou des médias ».

Valoriser les voix plurielles

Dès la création de Pop’ Média, les fondateurs veulent « créer du lien sur un quartier avec les habitantes, les habitants, mais aussi avec les associations et les jeunes ». Actif dans les quartiers de Malakoff, de la Bottière et de Nantes Nord, le média associatif est aussi allé à Rezé Château et à Bellevue.

Le projet appelé Paroles de quartier permet aux habitant·es d’apprendre à réaliser des interviews, de produire et de diffuser des podcasts de manière autonome. Pour Loïc, la création de podcast va au-delà du simple apprentissage technique : « Ça permet aussi de collecter une mémoire sur les quartiers, et puis, de montrer qu’il se passe des choses positives ».

« Donner une parole à des personnes qui sont souvent discriminées et, toujours, apporter du fond sur des sujets », raconte fièrement Loïc Chusseau.

Entre milieux associatif, socio-médical, scolaire et institutionnel, Pop’ Média tire sa diversité de thématiques de la diversité des gens à qui elle tend le micro. Par exemple, en ce moment, sur le site de Pop’ Média, on voit paraître un nouvel épisode du podcast L’envers de la robe, proposé par le Barreau de Nantes pour mieux comprendre les métiers juridiques ainsi que le témoignage de Vincent sur la douleur d’un membre amputé dans Bonsaï. Le directeur raconte fièrement le parti pris du média : « donner une parole à des personnes qui sont souvent discriminées et, toujours, apporter du fond sur des sujets ».

Écouter des podcasts, mais en groupe

L’équipe de Pop’ Média et ses bénévoles proposent, une fois par trimestre, des écoutes collectives d’extraits de podcasts ou de podcasts en entier. « L’idée est de sortir de l’écoute individuelle pour avoir un partage, un peu comme cinéma. Ce qu’on appelle du cinéma pour l’oreille », explique Loïc.

Encore une fois, ces écoutes collectives soutiennent la mission d’utilité sociale du média, car elles servent de base pour échanger sur un enjeu. Le co-fondateur donne l’exemple de sujets « qui crispent » comme l’habitat, la tranquillité ou l’espace public dans les quartiers populaires. Une occasion, selon le directeur, « de pouvoir interpeller et aborder des sujets avec les partenaires sur le quartier ou encore avec la ville ».

Le 3 décembre prochain, à l’occasion de son 5e anniversaire, Pop’ Média invite le public à une séance d’écoute d’extraits de 5 podcasts en présence des réalisateur·rices de ces podcasts. L’événement, qui aura lieu au Labo Diva à 18h30, vise à « découvrir Pop’ Média au travers de nos étapes clés, qui ont marqué le parcours et, pour les personnes curieuses, de voir les coulisses de la création audio », explique Jeanne Le Bourhis, chargée de communication depuis mars dernier.

Dans leur studio basé au Karting, sur l’Île de Nantes, Pop’ Média permet aux bénévoles de venir enregistrer et monter leurs podcasts. Crédit : Valérie Babin – 27/11/2025

5 ans, mais une santé financière fragile

Malgré ses 5 bougies, l’association doit faire un appel aux dons du public pour boucler son année financière. Sous forme de soutien participatif, l’objectif de la collecte est d’amasser 5 000€ d’ici la fin de l’année 2025. Après deux années difficiles financièrement, l’idée est « d’asseoir le fonctionnement de l’association » dans les années à venir, mentionne Loïc.

La santé financière de l’association « reste fragile », et ce, même si elle obtient des finances de la Ville de Nantes, de la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC), qu’elle répond à des appels à projet et qu’elle peut compter sur des mécènes. Le directeur de Pop’ Média explique que les médias associatifs collaborent avec d’autres acteurs, comme les publics scolaires, qui subissent, eux aussi, une baisse des financements publiques.

La revendication du co-fondateur de Pop’ Média va au-delà du budget de sa propre association : « Il y a une forte demande aujourd’hui [pour les ateliers d’Éducation aux médias] et il n’y a pas les moyens nécessaires pour qu’on puisse intervenir. Il y a une réelle nécessité à ce que vraiment l’Éducation aux médias soit au cœur en fait d’un projet plus large ».

Née au Québec, Montréalaise d’adoption, Valérie a traversé l’Atlantique et s’est installée à Nantes il y a quelques mois par amour. Par amour pour son copain français d’abord, mais aussi par amour pour la nature et l’offre culturelle présente à Nantes.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017